IHU de Marseille : ce que la justice reproche à son ancien patron, le professeur Didier Raoult

Ce n'est pas la première fois que l'infectiologue marseillais se retrouve sous les feux des critiques, mais cette fois une information judiciaire est ouverte après le rapport final de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS). On vous explique ce que la justice reproche au professeur Raoult.

Férocement critiqué, conspué par ses pairs depuis le début de la crise du Covid autant qu'adulé et encensé par ses défenseurs, le professeur Didier Raoult a quitté cet été la tête de l'Institut Hospitalo-Universitaire Méditerranée Infection (IHU MI) qu'il dirigeait depuis sa création il y a dix ans à Marseille. 

Après le rapport de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), la plainte de l'ordre des Médecins, c'est l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) qui pointe des dysfonctionnements graves au sein de l'institut sous la direction de l'infectiologue, dans un rapport de 150 pages publié lundi.

Sur la base de signalements reçus en octobre 2021et mai 2022 de l'ANSM, le parquet de Marseille a ouvert lundi 5 septembre une information judiciaire pour des faits "susceptibles de constituer des délits ou des manquements graves à la réglementation en matière de santé ou de recherche".

Droit dans ses bottes, le professeur Raoult a contesté et démenti, point par point en 85 pages, toutes les accusations du rapport, jugeant que ce dernier "s'apparente plus à une mission commando qu'à une inspection au service de l'Etat français."

On vous détaille les principaux reproches formulés à l'encontre de l'infectiologue marseillais.

  • Des pratiques scientifiques et médicales inappropriées

Les critiques de l'IGAS rejoignent les arguments développés par l'ANSM en avril dernier dans sa plainte contre le professeur Didier Raout.

Elles portent sur des pratiques médicales impliquant des patients du Covid-19 ou de la tuberculose, qui se voyaient administrer des molécules n'ayant pas fait l'objet d'autorisation de mise sur le marché. Ces prescriptions comprenaient par exemple un traitement à base d'hydroxychloroquine, interdit depuis mai 2020 et dont le chercheur marseillais s'est fait le promoteur depuis le début de la pandémie. 

Le recours à ces protocoles de prescriptions médicales non validés pourraient "relever d’une qualification pénale", selon le rapport. 

  • Harcèlement et logique de soumission

Sont également reprochées à l'IHU des dérives dans le management de l'équipe dirigeante, pouvant générer harcèlement et mal-être au travail.

Le rapport confirme ainsi que des médecins de l'institut ont prescrit le traitement à base d'hydroxychloroquine, sous la pression de leur direction, de même que de l'ivermectine, autre médicament aux bénéfices anti-Covid non scientifiquement avérés.

Suspicion de pression également concernant les recherches souvent menées de manière biaisée, là encore sous pression de la direction de l'IHU.

De jeunes chercheurs auraient "édulcorer volontairement les résultats et les données ou supprimer des choses qui ne marchent pas, pour ne pas subir de pression", selon le rapport rédigé à l'issue de près de 300 entretiens de collaborateurs.

Plus globalement, c'est un fonctionnement très autoritaire qui est pointé par le rapport, avec un professeur Raoult "omniprésent", laissant "peu de place pour la contradiction" et "une logique de soumission". 

  • Dégradation de la situation financière 

Autre aspect de la gestion de l'institut, c'est la dégradation progressive de la situation financière de l'établissement qui est mentionnée. 

Le nouveau directeur de l'IHU-MI, Pr Pierre-Edouard Fournier, sera prochainement convoqué pour mettre en oeuvre "dans les meilleurs délais un plan d'actions volontariste tenant compte de l'intégralité des recommandations".

"Le respect intégral du plan d'actions et de la réglementation en vigueur fera l'objet de vérifications régulières de la part des deux ministères et conditionnera la poursuite de l'activité de l'IHU-MI et de son financement par l'État", préviennent les ministres de la Santé et de la Recherche.

En 2023, les six premiers IHU en France, dont celui de Marseille, doivent faire l'objet d'une évaluation en vue d'une éventuelle prolongation de leurs financements publics pour la période 2025-2030.
 
Le gouvernement entend remettre de l'ordre sans les IHU, alors qu'un appel d'offre est en cours pour la création de six nouveaux instituts en France.

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