"J'avais peur de lui" : comment les femmes victimes de violences conjugales tentent de se reconstruire

Groupe SOS Solidarités accueille à Marseille des femmes persécutées par leur conjoint. L'association leur propose des hébergements mais aussi un lieu où elles peuvent parler et se sentir écoutées. 
Sara a quitté son mari il y a un mois. Son adresse doit rester confidentielle.
Sara a quitté son mari il y a un mois. Son adresse doit rester confidentielle. © Pauline Guigou / FTV
"Il était le prince charmant au début, quand je l’ai rencontré. Il l’est en-dehors de la maison, tout le monde le respecte. Mais à la maison, la situation est très différente..." Sara* a une trentaine d'années et trois enfants. Hébergée dans l'un des appartements du groupe SOS Solidarités depuis un mois, elle confie à France 3, à l'occasion, mercredi 25 novembre, de la journée de lutte contre les violences faîtes aux femmes, comment son mari l'a humiliée pendant des années. 

"Il me rabaissait tout le temps en disant que je ne suis pas une vraie femme. Je suis une 'bledarde'. Je ne sais pas parler français. Il m'insultait tout le temps et cherchait la petite bête pour me rabaisser, m'insulter, raconte la jeune femme J'avais tellement peur de lui que je disais oui, à tout (...) J'ai accepté tout."

"Qu'il reste loin de moi"

Elle vient d'Algérie et ne connaît personne ici. Son mari l'a isolée, comme c'est souvent le cas. Sara a surtout très peur de ses réactions. Des insultes mais aussi des coups. Elle refuse que ses enfants aient l'image d'un père violent et d'une mère faible.

Depuis son départ, son mari cherche à la joindre, elle ne répond pas. Avant de faire tout projet important, elle veut protéger ses enfants et penser au futur : "Qu'il reste loin de moi. Je veux rester loin de lui. Je veux continuer ma vie sans lui, dans le calme, dans la paix, dans la liberté."

Treize appartements destinés aux mères d'enfants en bas âge

A Marseille, l’association Groupe SOS Solidarités accueille des femmes comme Sara* dans des appartements meublés pour les aider à reprendre pied. "Nous venons d’accueillir une mère qui a dormi trois jours dans la rue avec son bébé de 4 mois, raconte Aurore Mico, chef de service du Groupe SOS Solidarités.
 

"Au début, elles sont sous tension, très fatiguées et même exténuées. Elles ont mis toute leur énergie dans cette fuite. Et puis elles se détendent. Elles ne se demandent plus où dormir ni comment nourrir leur enfant."

Aurore Mico, chef de service du Groupe SOS Solidarités



Il s'agit d'un accueil d’urgence, après quelques nuits souvent passées à l’hôtel. Treize appartements sont répartis dans Marseille, destinés aux mères d’un ou plusieurs enfants de moins de 3 ans et aux femmes enceintes de plus de sept mois.

Certaines ont interpellé les services sociaux, d’autres ont porté plainte. Elles pourront passer deux mois dans un appartement, quatre mois en cas de renouvellement, ce qui est presque toujours le cas. Les séjours sont financés par le conseil départemental.
 
Dans ces appartements, les femmes cohabitent et ça les rassure. Elles découvrent rapidement qu’elles ont vécu la même histoire et s’entraident. Celle qui est arrivée la première raconte aux autres comment se passe la procédure judiciaire, par exemple.

La phase terrible de la "lune de miel"

L'équipe socio-éducative du Groupe SOS Solidarités demande à chaque nouvelle arrivée si elle préfère être accompagnée ou autonome. Leur projet est déterminant, ces quelques mois sont courts pour l'atteindre. Les femmes se sentent écoutées, personne ne les juge.

Elles se sentent souvent très coupables, souligne Aurore Mico. La justice les aidera à se reconstruire. L'éviction du conjoint du logement commun est, selon la loi, possible. Mais concrètement, aucune femme n'a pu rentrer chez elle sans y retrouver son mari.  Car la terrible phase de la "lune de miel" fait son apparition.
 

"La lune de miel, c'est quand le conjoint s'excuse, promet de ne plus recommencer et fait un cadeau"

Aurore Mico, chef de service du Groupe SOS Solidarités


Certaines femmes y succombent, rentrent à la maison, puis repartent... Elles ont parfois besoin de plusieurs allers-retours pour prendre définitivement leur envol. L'association est là pour les héberger.   

Des centres destinés aux responsables de violence

Mais la prise en charge de ces femmes n'est qu'un des aspects de la lutte contre les violences qu'elles subissent. Les auteurs de violence conjugale vont bientôt être pris en charge dans de nouveaux centres. L'expérience sera menée à Nîmes du 1er décembre 2020 au 31 décembre 2021, selon le JDD

Une trentaine d'appartements sera destinée aux auteurs de violence conjugale. Assignés à résidence, ils seront suivis par des psychologues et des éducateurs spécialisés et pourront porter un bracelet "anti-rapprochement".   

Ces hommes pourront être pris en charge bien avant leur jugement, dès leur comparution immédiate, le passage devant le juge des libertés et de la détention ou le juge d'instruction. Dans ces centres, les problèmes d'addictologie, logement, soins et hébergement pourront être pris en compte. Ils sont le résultat du Grenelle contre les violences conjugales tenu il y a un an.

* Le prénom a été modifié. 
 
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