Législatives 2022 : Manuel Bompard, le parachuté Nupes dans la 4e circonscription de Mélenchon à Marseille

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À Marseille, Manuel Bompard hérite de la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône : sans doute un boulevard électoral pour le candidat Insoumis, mais aussi un défi politique et humain, dans ces quartiers parmi les plus pauvres d'Europe.

Veste bleue, jeans/tee-shirt, Manuel Bompard entre timidement distribuer des tracts dans les commerces du quartier de Belsunce, à deux pas de la gare Saint-Charles : "ça va, vous allez bien ?"

"C'est gagné d'avance", lui lance un bénévole d'une association qui dispense gratuitement des cours de français. "Il n'y a jamais d'élection gagnée par avance", rectifie l'actuel député européen auprès de journalistes.

Jean-Luc Mélenchon a fait ici 54,4% au premier tour de la présidentielle. Mais Manuel Bompard, docteur en mathématiques de 36 ans, parachuté dans cet ancien bastion communiste, sait bien que son "principal adversaire est l'abstention, la résignation, le fait que ça sert à rien d'aller voter".

"Figures parmi les plus éminentes de la nouvelle génération", selon le leader Insoumis, il a été son directeur de campagne aux deux dernières présidentielles et l'un des artisans de l'accord de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes).

Habitué des coulisses, il a visiblement plus de mal à engager la conversation avec les Marseillais. A ses côtés, des militants à la gouaille bien locale font le service après-vente, comme Patrick : "Vous avez voté pour papa, maintenant faut voter pour le fiston".

"Il y a des voix acquises, mais aussi beaucoup de déçus de la politique. Alors pour les convaincre, je leur parle concrètement de notre proposition d'une retraite à 60 ans, des injustices, de l'avenir de leurs enfants", explique Hocine Nansri, ex-militant socialiste converti aux Insoumis.

Dans cette circonscription qui longe le port maritime en passant par le Panier et remonte jusqu'à Saint-Mauront, près de 43% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté selon l'Insee, contre 14,5% dans le reste de la France.

Et l'effondrement meurtrier de deux immeubles à Noailles en 2018 a mis une lumière crue sur le scandale du logement insalubre dans la 2e ville de France.

"Ni Mélenchon ni dégun"

"Ni Mélenchon ni dégun" (personne, ndlr), crie un jeune assis sur une chaise pliante dans la rue au passage de la délégation. "Je vote mais ça sert à rien, ils sont tous pleins de tchatche", embraye un autre habitant, Abdelkader, qui ne souhaite pas donner son nom et a voté Mélenchon à la présidentielle.

L'abstention pourrait atteindre un nouveau record dimanche, et particulièrement ici, où elle avait frôlé les 58% au premier tour de 2017 (contre 51,3% au niveau national). Ce qui pourrait compromettre toute chance au candidat Insoumis de gagner dès le premier tour.

A quelques rues de là, Najat Akodad, avocate de 38 ans qui a grandi à Montbéliard (Doubs) dans une famille d'origine marocaine de huit enfants, laboure le terrain pour la majorité présidentielle.

"On cherche un HLM, toujours on cherche et on n'a pas de réponse", lui confie une première passante. "Je travaille depuis 21 ans, je demande un changement de logement social et je n'obtiens rien. Mes APL ont baissé", énumère une autre, avant de fondre en larmes. "Vous êtes émue, je comprends", lui répond la candidate, qui l'invite à s'assoir à une terrasse.

Promesse d'une loi sur l'habitat insalubre

Face à des statistiques effarantes à Marseille, avec 40.000 demandeurs de logements sociaux et autant de taudis, Manuel Bompard estime que les "réponses sont nationales" et promet de porter une loi sur le sujet de l'habitat insalubre s'il est élu.

Najat Akodad vante elle le plan impulsé par Emmanuel Macron, "Marseille en grand", qui comprend un volet logement : "Je sais que ça va être difficile, mais l'électorat voudra quelqu'un de proche", veut-elle croire.

La LR Solange Biaggi joue elle la carte de la "Marseillaise sur ce terrain depuis dix ans" et raille son concurrent Insoumis, "un parachuté de plus qui va faire trois petits tours et puis s'en va".

Pendant ce temps, Manuel Bompard continue son acculturation, à la rencontre d'un groupe de supporters de l'OM. Lui qui est né dans la Loire, à deux pas de Saint-Etienne.

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