Marseille : après le suicide d'une détenue aux Baumettes, focus sur le dispositif préventif dans les prisons

Aux Baumettes 2 / © Photo Boris Horvat/AFP
Aux Baumettes 2 / © Photo Boris Horvat/AFP

Le récent suicide d'une détenue à la prison des Baumettes rappelle combien la détention peut être un passage éprouvant pour certains individus. Codétenus formés, "cellule lisse" en cas de crise, les services pénitentiaires se doivent d'assurer un dispositif préventif pour éviter les suicides.

Par Ghislaine Milliet

Samedi dernier, une détenue de 38 ans a été découverte morte, pendue avec un drap, dans sa cellule du centre pénitentiaire des Baumettes à Marseille. Une mort par suicide... comme les 131 autres dénombrés dans les centres pénitentiaires français en 2018.

Pour éviter le passage à l'acte, tout un dispositif de prévention a été mis en place dans les prisons, depuis plusieurs années, explique la Direction de l'Administration Pénitentiaire (DAP).

Un quartier pour les nouveaux arrivants

D'abord, les détenus sont conduits à leur arrivée dans le "quartier arrivants", où ils resteront pendant huit jours.

Durant cette période, ils sont en observation, et passent une visite médicale permettant de faire le point sur leur état psychologique. 

Une vigilance particulière est accordée aux détenus en début de peine. Plus que les autres, ils sont sujets à ce que l'on nomme "le choc carcéral".

"Plusieurs moments tels que l’arrivée en détention sont identifiés comme particulièrement fragilisants et présentent un risque élevé de passage à l'acte suicidaire", précise la DAP.

"Une attention particulière est également portée aux personnes placées au quartier disciplinaire, au quartier d’isolement et aux personnes sortantes."

Des codétenus de soutien formés

Pour aider les plus fragiles, des codétenus peuvent venir en soutien psychologique, soit sur avis de l'établissement pénitentiaire, soit par volontariat, poursuit la DAP. 

Ils sont formés par la Croix-Rouge, et interviennent comme soutien psychologique à leur collègue de chambrée. Leur présence solidaire évite l'isolement et minimise les risques de passage à l'acte.
 
La Croix-Rouge française leur dispense un diplôme de secourisme ainsi qu’une formation à l’écoute. Elle organise avec eux des entretiens hebdomadaires ou bimensuels en groupe.

"Ces codétenus de soutien" (CDS) se mettent à disposition des autres pour pouvoir échanger en cas de situation personnelle difficile d’un autre détenu. Ils ont un rôle de "soutien et de sauvetage". 
Dans une cellule des Baumettes 2 à Marseille / © Photo Boris Horvat/AFP
Dans une cellule des Baumettes 2 à Marseille / © Photo Boris Horvat/AFP
Toutefois, précise la Direction de l'Administration Pénitentiaire, "il ne s’agit pas de confier aux personnes détenues une mission et une responsabilité qui ne leur appartiennent pas, en les retirant aux personnels pénitentiaires et aux personnels sanitaires, acteurs principaux de la prévention du suicide".

"L’objectif est plutôt de permettre à l'ensemble de la communauté carcérale, mais aussi aux familles et proches des personnes détenues et aux personnes détenues elles-mêmes, de trouver une place dans le dispositif de prévention du suicide".


Dans notre région Paca et en Corse, le groupe des codétenus de soutien est particulièrement dynamique.

Auprès des détenus en détresse suicidaire, le lien avec les proches est favorisé, ainsi qu'avec les organes sociaux : les numéros sont gratuits, restent confidentiels, et ne sont ni enregistrés ni écoutés. Exemples :  drogues info service, Croix-Rouge Ecoute Détenus ou le service d’informations juridiques. )

Une "cellule lisse" en cas de crise

En cas de crise suicidaire aigüe, plusieurs mesures de protection sont prévues.

Pour éviter le passage à l'acte, le détenu est placé en "cellule de protection d'urgence", pour une durée maximale de 24 heures, le temps d'une prise en charge hospitalière.

Elle s'adresse aux personnes "dont l’état apparaît incompatible avec le placement ou le maintien en cellule ordinaire, en raison d’un risque de passage à l’acte suicidaire imminent ou lors d’une crise suicidaire aigüe", précise la DAP.

La cellule est "lisse", c'est-à-dire qu'elle ne présente "aucun point d’accroche pouvant être utilisé pour une tentative de pendaison".

La télévision est protégée par une bulle de plexiglas, les meubles ont des bords arrondis et sont scellés au sol. 

Dans les morts par suicides en milieu carcéral, 95% concernent des pendaisons. Il existe 154 cellules de protection d'urgence réparties dans 107 établissements pénitentiaires. 

Pour les cellules non équipées spécifiquement, des mesures de protection d’urgence sont prises. Avec la dotation de couvertures indéchirables et de vêtements déchirables et jetables, précise la DAP. 
Illustration - Décembre 2016, dans les couloirs de la prison des Baumettes 2, à Marseille (Bouches-du-Rhône). / © BERTRAND LANGLOIS / AFP
Illustration - Décembre 2016, dans les couloirs de la prison des Baumettes 2, à Marseille (Bouches-du-Rhône). / © BERTRAND LANGLOIS / AFP


Des personnels pas assez formés

Le personnel pénitentiaire est aussi spécifiquement formé aux risques de suicide en prison. "Une formation initiale est désormais suivie par tous les surveillants, avec mise en situation concrète de simulation", précise la DAP.

Cette formation est toutefois loin de faire l'unanimité des syndicats. Le syndicat SLP FO pénitentiaire estime pour sa part que "la formation n'est pas adaptée. Une formation de quelques heures avec visionnage de vidéos ne correspond pas à ce que l'on attend", explique Jessy Zagari, délégué régional FO Pénitentiaire. 

"Il est difficile de détecter la détresse des suicidaires. Une formation directement auprès des professionnels de santé serait préférable", poursuit le délégué.

Une attitude troublante, un courrier, l'avertissement d'un autre détenu permettent aux surveillants d'alerter leur hiérarchie sur un individu proche du passage à l'acte. Des rondes supplémentaires sont alors organisées pour augmenter la surveillance.

Selon les chiffres de la DAP, 81% des suicides ont eu lieu dans les maisons d'arrêt ou les quartiers maison d'arrêt en 2018. Les peines ou les reliquats de ces détenus n'excèdent pas deux ans.

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