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Conseil municipal de Marseille : le logement indigne au cœur des débats

Un dernier conseil municipal largement consacré au drame de la rue d'Aubagne / © Elodie Pépin
Un dernier conseil municipal largement consacré au drame de la rue d'Aubagne / © Elodie Pépin

C’était le premier conseil municipal après l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne, qui a fait 8 morts le 5 novembre dernier. Un conseil très attendu, qui a réuni jeudi 20 décembre, plusieurs centaines de manifestants devant la mairie de Marseille.

Par Ludovic Moreau, PG, avec AFP

235 dossiers examinés et votés jeudi pour ce conseil municipal très attendu, mais le débat s’est surtout centré autour du logement indigne. Après une minute de silence pour les 8 victimes des effondrements de la rue d’Aubagne, l’hémicycle a débattu pendant 3 heures et demi sur la gestion de cette crise.

« Les victimes me hanteront toujours »

« J'ai entendu les douleurs, les colères et les critiques, et j'ai fait face dans la tempête » a déclaré en préambule Jean-Claude Gaudin, ajoutant que les victimes le « hanteront toujours ».

Le maire de Marseille a également souligné les efforts de la ville, dans l’accompagnement des sinistrés (1600 à ce jour) : « 7000 repas » gratuits distribués, et une fête de fin d’année offerte à 200 personnes lundi. Martine Vassal, présidente de la Métropole Aix-Marseille Provence a quant à elle vanté le plan de rénovation de l’habitat indigne : « le drame de la rue d’Aubagne sera le point de départ d’une nouvelle politique de l’habitat ».

De son côté l’opposition n’a eu de cesse d’établir le réquisitoire de la Mairie de Marseille. A l’image de Benoît Payan : « Non, les habitants de la rue d’Aubagne ne sont pas morts de la pluie, du hasard ou du destin, mais de l’abandon, du cynisme et du mépris ».

 


Rue d’Aubagne : une catastrophe naturelle ?

Le maire de Marseille a également déclaré lors de ce conseil municipal, son intention de demander à l’Etat la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle pour ce drame du 5 novembre. Le jour même, Jean-Claude Gaudin avait attribué l’effondrement des immeubles 63 et 65 de la rue d’Aubagne, aux fortes pluies.

300 manifestants sous les fenêtres de la mairie


Une déclaration qui n’a pas manqué de faire réagir les 300 manifestants présents devant l’hôtel de ville. Associations, militants, enseignants mais aussi familles de victimes, depuis 8h jeudi matin, ils étaient nombreux à s’être rassemblés devant un hôtel de ville quadrillé par les forces de l'ordre. 

 



Lynda Larbi a perdu son cousin dans l’effondrement. Elle s’indigne contre le Maire de Marseille, qui aurait refusé de la recevoir.
Aux côté des familles de victimes, l’association Emmaüs. Elle milite pour la réquisition des logements vides de la rue de la République.

A ce jour, 1600 personnes à Marseille sont toujours évacuées de leur logement, jugé insalubre. Les trois quarts d’entre elles sont toujours hébergés à l’hôtel.   

Retrouvez les principales de informations de ce conseil municipal du 20 décembre heure par heure: 


12H00 : trois heures de débat sur le drame de la rue d'Aubagne

Après trois heures de débat sur le drame de la rue d'Aubagne, Jean-Claude Gaudin a clos le chapitre :

Nous devons tout faire pour qu’un drame comme celui-ci ne se reproduise. L’indescriptible nous hante toujours


11H00 : un conseil consacré au logement indigne

L'ordre du jour de ce dernier conseil municipal a été modifié pour laisser une large place au drame de la rue d'Aubagne. Après une minute de silence en hommage aux huit victimes de l'effondrement des deux immeubles, plusieurs conseillers de l'opposition se sont exprimés.

Jean-Marc Coppola (PCF) parle de "mépris" de la part de la mairie. Il évoque Marseille, une ville en colère, une ville qui souffre :

Elle (Marseille) exige la vérité sur les causes de cette tragédie... Elle veut le droit à un logement digne

Le conseiller communiste s'attaque aussi directement au maire :

La fracture est pire depuis 23 ans... Il y a deux catégories de citoyens selon vous, ceux qui ont votre attention et ceux qui sont indésirables


Marie-Arlette Carlotti (PS) s'est adressée aux élus de la majorité et demande un retour de l'Etat de droit à Marseille :

Les marchands de sommeil peuvent continuer à faire leur loi dans notre ville, à faire du fric. Il y a même des élus de votre majorité monsieur le maire


Stéphane Ravier (RN) a dirigé son attaque sur deux anciens proches du maire de Marseille, Renaud Muselier, actuel président de la région et Martine Vassal, actuelle présidente du département et de la métropole puis ajoute :

Quand on m’a dit que des immeubles s’étaient effondrés dans le centre-ville, j’ai demandé dans quel pays ? Je ne pouvais pas croire que cela se passait à Marseille


Pour Samia Ghali (PS), ce conseil municipal arrive trop tard et accuse le maire :

Vous avez joué de toutes les ficelles en déplaçant ce conseil, en diluant la colère des Marseillais dans celle des gilets jaunes. Vous êtes capables d’accélérer de ralentir ou d’arrêter le temps

Le maire de Marseille a d'abord indiqué qu'il avait entendu les colères et les critiques et a confié la responsabilité de répondre à l'opposition à Julien Ruas, adjoint au maire en charge du bataillon des marins pompiers et de la prévention et gestion des risques urbains et à Arlette Fructus, adjointe au maire de Marseille en charge du Logement, de la politique de la Ville et rénovation urbaine.

Julien Ruas est revenu sur les arrêté de péril :

Sur le 65 de la rue d'Aubagne, il y avait eu des arrêtés de péril et les signalements avait été pris sur deux appartements. On peut prendre un arrêté de péril sur une corniche, un appartement, un escalier. Dès lors que les travaux sont effectués, les occupants réintègrent leur logement. Dans ce contexte, nous avons évacué de manière préventive un grand nombre de bâtiments


Arlette Fructus a été en première ligne depuis le drame de la rue d'Aubagne :

J'ai été attaquée, diffamée et lâchée par des faux amis politiques

Elle a rappelé que le 63 de la rue d'Aubagne appartenait à 13 Habitat, dont elle est présidente, depuis avril 2017 :

On n’a pas le droit de mourir à Marseille à cause de l'indignité de son logement. On n'a pas le droit d'accuser quand on ne connaît pas la réalité. Le 63 était muré et aucun habitant n'était dans cet immeuble

 
Environ 1500 personnes ont manifesté ce matin devant la mairie de Marseille / © Ali Martiniky
Environ 1500 personnes ont manifesté ce matin devant la mairie de Marseille / © Ali Martiniky


8H00 : manifestation devant la mairie

Environ 1500 personnes, collectifs et syndicats se sont rassemblées ce matin devant la mairie. "Le collectif du 5 novembre", "un Centre-ville pour tous", "L'Assemblée de la Plaine", "Le collectif Marseille en commun", "Le collectif Marseille contre les PPP", et les agents territoriaux ont bien l'intention de se faire entendre. Ils attendent des réponses à leurs revendications et des décisions du conseil municipal.

Aux abords de l'espace Bargemon, un important dispositif de sécurité a été mis en place pour empêcher les manifestants d'approcher de la salle du conseil.
 
Plusieurs collectifs, associations et syndicats attendent beaucoup des décisions du conseil municipal ce matin / © Ali Martiniky
Plusieurs collectifs, associations et syndicats attendent beaucoup des décisions du conseil municipal ce matin / © Ali Martiniky

D'abord prévu le 10 décembre, le dernier conseil municipal a finalement été reporté à ce matin, pour des raisons de sécurité. Depuis le 5 novembre et le drame de la rue d'Aubagne, le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin doit essuyer les foudres des habitants du quartier de Noailles. Plusieurs collectifs attendent un vrai débat sur le logement indigne à Marseille et demandent la réquisition de logements vacants, 34.000 logements vacants seraient disponibles selon les associations.

La rénovation de la place Jean Jaurès a semé la colère des habitants du quartier de la Plaine qui dénoncent un chantier réalisé "sans concertation avec les riverains" et demandent l'arrêt du chantier et le démontage du mur "de la honte".

Le partenariat public privé pour financer les constructions et les rénovations des écoles n'est pas à l'ordre du jour ce matin, il le sera le 25 février prochain, mais le collectif qui s'y oppose entend maintenir la pression et manifester aujourd'hui.

Le temps de travail des agents territoriaux est à l'ordre du jour du conseil municipal. Depuis 15 jours les agents ont privé les enfants de cantine, les crèches aussi sont en grève depuis lundi. Ce matin les syndicats FO et FSU ont appelé à manifester sous les fenêtres du maire, au-delà de la réforme sur le temps de travail, ils réclament des embauches, notamment dans les écoles et les crèches.


Reportage : Ali Martiniky et Xavier Schuffenecker
 


235 dossiers examinés et votés

Après une minute de silence en hommage aux victimes de l'effondrement des immeubles de la rue d'Aubagne, la centaine de conseillers municipaux va examiner et voter 235 dossiers ce matin.

Parmi ces dossiers, bien sûr plusieurs textes autour de l'habitat indigne et notamment le rapport 201, sur les mesures d'urgences d'aides aux sinistrés, dont le rapporteur sera Jean-Claude Gaudin lui-même. Les dossiers autour de la réforme du temps de travail des agents municipaux seront aussi votés.

D'autres dossiers, peut-être moins prioritaire seront abordés, comme le dossier l'Arena du Parc Chanot, l'aménagement liés aux épreuves de voile des jeux Olympiques 2024 ou encore la délégation de service public de la gestion de la fourrière municipale.

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