Marseille : épuisés par la crise Covid, les infirmiers en réanimation se mettent en grève

Toujours sur le qui-vive, un infirmier en réanimation surveille ses malades à la loupe, manipule des produits très dangereux et du matériel de pointe. Il ne touche pas de prime. Alors il la demande. Témoignage à l'hôpital de la Timone à Marseille.

Le service de réa, une cohésion particulière
Le service de réa, une cohésion particulière © DansNotreMonde

"Nous sommes capables de faire certains diagnostics. Nous sommes auprès du patient 24 heures sur 24. On prévient le médecin, qui nous écoute, on doit vérifier ses prescriptions, notre avis a du poids," décrit Aurélie Brésulier, infirmière au service de réanimation polyvalente de l’hôpital de la Timone, à Marseille.

En réanimation, elle est exposée à des risques importants. Pourtant, elle est considérée et payée comme une "infirmière générale". "Dans certains établissements privés, les infirmiers comme moi touchent jusqu'à 350 euros brut en plus (...) Il faut bien fidéliser le personnel," précise l'infirmière.

Le 11 mai sera la journée de mobilisation du personnel de réanimation : infirmiers et aides-soignants. Un mouvement national auquel ne pourra pas vraiment participer Aurélie Brésulier, réquisitionnée par l’hôpital.

"En cas de gros choc, on se protège les uns les autres"

Elle exerce son métier depuis 8 ans et travaille de 6h40 à 19h15. "Nos patients sont souvent polytraumatisés, parfois toxicomanes ou atteints de troubles psychiatriques. Nous sommes régulièrement couverts de sang et donc exposés aux virus, nous subissons l’agressivité des familles," raconte Aurélie Brésulier.

Trouver une veine
Trouver une veine © DansNotreMonde

"La charge émotionnelle est forte. On s’identifie parfois. On nous répond qu'il y a un psy dans le service mais en cas de gros choc, on se protège les uns les autres. On reste entre nous, on dédramatise, en essayant de se changer les idées. Mais on a tous une dizaine d’histoires qui nous restent en tête."

Ils ont été applaudis, aujourd’hui, ils espèrent être soutenus

Dans un service de réanimation, tout semble calme mais les alarmes sonnent en continue. "On apprend à reconnaître les différents bips. Certains ne supportent pas ce bruit permanent. Il y a l’alarme des paramètres vitaux, là tout le monde se lève en même temps. Le son devient obsédant. Ces alarmes, on en a tous rêvé, après le service, on les entend encore, j’en ai fait des cauchemars ».

Les moments de bonheur en réanimation, c’est quand un malade s’en sort. "Et surtout, quand il revient nous voir, ça c’est bien plus efficace qu’une séance chez le psy," dit l'infirmière en riant. 

En route vers le scan
En route vers le scan © DansNotreMonde

Les "services de réa", comme on les appelle sont entrés dans la lumière avec la Covid. Empaquetés dans des combinaisons comme des cosmonautes, pendant le premier confinement, les soignants ne pouvaient pas sortir pendant 6 heures, même pour aller aux toilettes. Ils ont été filmés en train de retourner des patients dans le coma. Ils ont été applaudis, aujourd’hui, ils espèrent être soutenus.

Un mouvement national

Le 11 mai, les infirmiers et aides-soignants de réanimation manifesteront dans tout le pays. 120 villes sont déjà mobilisées.

D’autres infirmiers ont une formation supplémentaire et sont considérés comme spécialisés. Ils sont mieux payés, ce sont les infirmiers anesthésistes, de bloc opératoire et de puériculture. Les infirmiers de dialyse et ceux qui travaillent en Ehpad touchent une prime. Le 17 mai, les infirmiers anesthésistes se mettront, à leur tour, en grève.

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