Marseille : évacuation ce matin de l'un des plus grands squats de la ville

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Près de 200 personnes sont évacuées de la cité du Petit Séminaire ce 30 novembre. Cette cité des quartiers nord est sous le coup d'un avis de péril. La plupart de ses habitants sont des migrants et des demandeurs d'asile. La mairie réclame leur relogement dans la dignité. 

Trois compagnies de CRS procèdent ce lundi matin à l'évacuation de près de 200 personnes de la cité du Petit séminaire. Plusieurs des immeubles de la cité sont en péril, et squatés par des demandeurs d'asile, pour la plupart arrivés d'Afrique de l'ouest, principalement du Nigéria.
 
Des associations et militants étaient présents également pour réclamer l'annulation des expulsions.
La veille, beaucoup parmi les occupants des immeubles en péril se montraient inquiets, "car ils n'ont plus de papiers", précisait à France3 Provence Grace Inegbeze, médiatrice de santé pour Médecins du monde, qui oeuvre dans les squats et les bidonvilles de la ville."Et ils se demandent où ils vont être dirigés après l'évacuation".

Parmi les occupants, des hommes jeunes principalement. Mais aussi des familles avec enfants.
Beaucoup d'entre eux ont déjà transité par les bâtiments vides et squatés de la cité Corot et du Parc Kaliste. Avant de trouver refuge dans les immeubles F, G, J, I du Petit Séminaire. Aux côtés des 25 dernières familles sur les 180 que comptait la cité au départ.
 

Visés par un arrêté de péril imminent

Des bâtiments vidés au fil des ans, puis remplis peu à peu par des personnes en mal de logement, des migrants pour la plupart.
Ils s'y sont installés dans des conditions extrêmement précaires, se débrouillant dangereusement avec les fils électriques pour répondre à leur nécessité.

Au point que la ville avait mis en demeure le bailleur de sécuriser les lieux.
"Nous avons installé des portes anti-intrusion, coupé l'eau, l'électricité et le gaz, confiait à La Provence Christian Gil, directeur de Habitat Marseille Provence".

Mais les gens sont entrés quand même, ont tiré des fils de façon très ingénieuse. On est débordés, c'est ingérable.
 

Christian Gil, directeur de Habitat Marseille Provence


La municipalité avait fini par porter l'affaire devant le tribunal administratif, lequel avait nommé un expert pour juger de la situation. Son rapport sur l'état d'insalubrité des immeubles a conduit la ville de Marseille à prendre un arrêté de péril imminent, le 16 novembre dernier.

L'évacuation des habitants des immeubles en péril ne succède que de quelques jours la décision ordonnée pour ce 30 novembre. 
Entretemps, l'un des bâtiments a été touché la semaine dernière par un incendie, heureusement sans gravité.

Sur les 200 personnes à déplacer, il n'en restait que quelques unes ce lundi matin, au moment de l'intervention des forces de l'ordre.
Par avance, la municipalité avait réquisitionné quatre gymnases pour accueillir les expulsés. Mais il s'agit d'une solution transitoire "afin de mettre à l’abri des populations dans le respect de la dignité de chacun" affirme-t-elle dans un communiqué.

"Elle précise également qu'elle attend "de la part de l’ensemble des acteurs le même engagement".
La ville de Marseille vise directement l'Etat et le département.

Les associations d'aide aux migrants sont inquiètes pour leur part. De plus en plus de squats s'organisent dans les cités à l'abandon de Marseille, en raison du manque de solutions d'hébergements.
"Les occupants évacués craignent d'être ensuite dirigés dans des hôtels. Ils y sont souvent entassés, les enfants ne peuvent bouger, il  est difficile de cuisiner pour eux, et ils ont peur des punaises de lits", poursuit Grace Inegbeze.

Tanina Ouadi, du programme squat et bidonvilles de Médecins du monde, confiait à 20 minutes que "les exilés sont dans une totale incertitude.  Et ils ont en face d’eux des marchands de sommeil qui sont en train de se gaver. L’Etat s’est engagé à trouver des solutions mais on a aucune idée des solutions qui existent".

Dans son nouveau rapport annuel, l’observatoire inter-associatif des expulsions collectives de lieux de vie informels a recensé 1079 expulsions du 1er novembre 2019 au 31 octobre 2020, en France métropolitaine.

Des chiffres relayés par le site de Médecins du monde.
En moyenne, 448 hommes, femmes et enfants sont ainsi expulsés, chaque jour et de manière répétée pour un certain nombre de ces personnes. Pour 84% des expulsions, la majorité des personnes n’a reçu aucune proposition de relogement, ni même de mise à l’abri ou d’hébergement.