Logements insalubres : "Les urgences sont toujours là" deux ans après le drame de la rue d'Aubagne

Alors que la ministre chargée du Logement, Emmanuelle Wargon, effectue un déplacement de deux jours à Marseille, jeudi et vendredi, Emmanuel Patris, co-président d’Un centre-ville pour tous et membre du collectif du 5 Novembre, dresse un bilan critique de la situation à Marseille.
A gauche : le trou laissé par l'effondrement des deux immeubles. A droite : deux autres bâtiments doivent être "déconstruits"
A gauche : le trou laissé par l'effondrement des deux immeubles. A droite : deux autres bâtiments doivent être "déconstruits" © Georges Robert / Maxppp
Comment lutter contre les logements insalubres ? La ministre chargée du Logement, Emmanuelle Wargon, effectue un déplacement de deux jours à Marseille, mercredi 25 et jeudi 26 novembre pour se pencher sur cette épineuse question. Deux ans après le drame de la rue d'Aubagne, le premier comité de pilotage du projet Partenarial d’Aménagement du centre-ville de Marseille a travaillé sur le sujet en compagnie de la ministre.

Mais pour Emmanuel Patris, co-président d’Un centre-ville pour tous et membre du collectif du 5 Novembre, "les urgences sont toujours là" et les lignes ne bougent pas assez vite du côté de la Métropole en matière de lutte contre l’habitat indigne. 

France 3 : Quelles sont les avancées menées depuis deux ans par la Métropole pour lutter contre l’habitat insalubre à Marseille ?

Emmanuel Patris : Deux ans après les annonces qui ont suivi les effondrements de la rue d’Aubagne, les résultats ne sont pas là. D’une part, les opérations programmées d’amélioration de l’habitat - les subventions attribuées aux propriétaires pour réaliser des travaux sur des immeubles sous arrêtés de péril - sont en sous régime : seulement 5 immeubles sur 4 000 identifiés comme insalubres, ont bénéficié de subventions et été réhabilités. Cela représente un total de 0.1% des objectifs.  

D’autre part, les objectifs de production de logements très sociaux inscrits dans le premier projet du Programme Local de l’Habitat sont insuffisants et non-équilibrés sur le territoire. C’est pourtant un enjeu majeur dans la lutte contre l’habitat indigne. La Métropole n’a toujours pas pris la mesure des enjeux.

Le "Permis de louer", ce dispositif destiné à détecter les immeubles extrêmement dégradés, a-t-il eu un effet un an après son lancement dans le quartier de Noailles ? 

Les résultats sont trop faibles à l’échelle du quartier de Noailles. De plus, le "Permis de louer" génère de nouvelles pratiques déviantes : absences de baux, développement de la location saisonnière… Pour éviter ces effets pervers, il faut accompagner la signature des baux et légiférer sur ces locations saisonnières, surtout dans les quartiers où ces problématiques se répètent, comme par exemple à la Belle de Mai en particulier vers le quartier de Saint-Mauront où il y a énormément d’immeubles frappés d’un arrêté de péril.

La situation peut-elle s'améliorer à Marseille face aux logements insalubres ?

Les urgences sont toujours là. Il y a une continuité dans le rythme des arrêts de périls. Nous avons appris, mardi, que la cité du Petit Séminaire, près de Frais Vallon, devra être évacuée la semaine prochaine. Près de 200 personnes y vivent.

La réalité aujourd’hui, c’est que deux ans après le drame de la rue d’Aubagne, 400 personnes sont toujours hébergées à l’hôtel et plus de 1 000 personnes vivent dans un logement temporaire et n’ont pu regagner leur quartier d’origine. Il existe encore 30 000 logements vacants à Marseille avec des solutions pour débloquer mais du côté de la Métropole, on ne veut pas aborder la question de la réquisition.
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