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Marseille : manque de moyens, violences quotidiennes, le témoignage éprouvant des infirmières des urgences de la Timone

Manque d'effectif, manque de moyen, violences verbales et physiques, le personnel soignant des urgences est à bout / © LAUNETTE Florian
Manque d'effectif, manque de moyen, violences verbales et physiques, le personnel soignant des urgences est à bout / © LAUNETTE Florian

Depuis la mi-mars, les services d'urgences des hôpitaux français sont en grève illimitée. A Marseille, des infirmières des urgences du CHU de la Timone ont accepté de témoigner de leurs souffrances quotidiennes. Découvrez la réalité, derrière les hublots de la porte des urgences.

Par Ludovic Moreau

C'est un mouvement inédit en France. Depuis la mi-mars, les personnels soignants des services d'urgences des hôpitaux sont en grève illimitée. Ils dénoncent leurs conditions de travail, le manque d'effectif et de moyens. Les syndicats demandent un statut spécifique des urgentistes, assorti d'une prime... de risque.

A Marseille, des infirmières ont accepté de témoigner de leurs conditions de travail au quotidien, à condition de rester anonyme. Elles affirment subir des pressions et ont peur de représailles. Nous les appellerons Annie, Sophie et Virginie.

A l'Hôpital de La Timone, 300 malades sont pris en charge, chaque jour, au service des urgences.

C'est nous qui sommes toujours en première ligne et qui recevons les patients,

indique Annie, infirmière depuis plusieurs années aux urgences de La Timone. Depuis qu'elle est arrivée dans le service, elle constate que les conditions de travail se dégradent de plus en plus.

Manque de personnel, "il n'y a pas que les malades qui ne sont pas remplacés"

De façon unanime, les trois infirmières reconnaissent que leur plus grande difficulté, c'est de pallier au manque de personnel.

Dans le service, le taux d'absentéisme pour raisons médicales est important. "On comprend que les collègues sont à bout et tombent malades, mais le problème, c'est qu'elles ne sont pas remplacées et qu'on doit se répartir leur travail" explique Sophie...Elle ajoute qu'il n'y a pas que les malades qui ne sont pas remplacés.

Lorsqu'une infirmière quitte l'hôpital avec 500 heures supplémentaires, elle n'est pas remplacée pendant la durée équivalente à ses heures supplémentaires... ça peut durer plusieurs mois.

Virginie précise qu'en ce moment, elles sont 13 infirmières au lieu de 16 et 10 aides-soignantes au lieu de 13. Elle se rappelle un épisode difficile l'été dernier. "Avec les touristes, nous avons eu une forte augmentation de l'activité et pourtant, pendant cette période, nous étions 11 infirmières au lieu de 15 et 5 aides-soignantes au lieu de 10. Trop, c'est trop, il faut du personnel pour travailler normalement, c'est aussi une sécurité pour les malades".

Le manque de personnel impacte aussi la vie de famille : "Ils changent les plannings sans arrêt, ils nous demandent de remplacer des aides-soignantes et quand on implore un jour de repos, ils refusent, au motif qu'ils ne savent pas si on pourra être remplacée", s'insurge Annie.
Illustration au service d'urgences de l'Hôpital Nord de Marseille / © Georges Robert
Illustration au service d'urgences de l'Hôpital Nord de Marseille / © Georges Robert

Manque de moyen, "des brancards qui ont plus de 20 ans"

Le bâtiment qui accueille le service des urgences de La Timone est récent et pourtant : "il y a des fuites d'eau, il n'y a pas de climatisation, il y a quelques jours il faisait 35° dans le service. C'est infernal de travailler dans ces conditions, il n'y a même pas une fontaine à eau et  de local pour stocker une bouteille d'eau" explique Sophie, en colère.

Au sujet du matériel, Annie ne veut citer qu'un seul exemple parmi tant d'autres :

Vous savez que nous avons des brancards qui ont plus de 20 ans, les roues sont dégonflées et sont devenus hors-norme.

"Les aides-soignantes poussent ces brancards pendant 12 heures et se tuent le dos..." En comparaison, elle précise que dans certains hôpitaux, les brancards sont motorisés.

Sophie explique qu'il y a tellement peu de matériels qu'"on est parfois obligé de le fabriquer ou plutôt de bricoler pour proposer une solution". En traumatologie, "il n'y a plus d'attelle, plus de béquille, on n'a plus de draps ni de couverture et cet hiver, c'était parfois difficile, on est quand même le 2e ou le 3e CHU de France..."

Violences quotidiennes, "on se fait insulter, cracher dessus"

L'infirmière est la première personne que le malade rencontre en arrivant aux urgences. C'est aussi la première personne à subir l'agressivité des patients et des accompagnants. Elles rappellent qu'aux urgences les patients sont pris en charge par ordre de gravité et non par ordre d'arrivée.

A Marseille, plus qu'ailleurs, les violences, surtout verbales, sont quotidiennes,

indiquent-elles : "on se fait insulter, cracher dessus... Lorsqu'il s'agit des malades d'Alzheimer par exemple, ce n'est pas grave, on comprend, mais pour les autres, non, c'est inadmissible".

Virginie ajoute qu'il y a une différence entre les infirmiers hommes et femmes : "les violences verbales envers les infirmières sont presque toujours à caractère sexuel. On est parfois exténué à cause des insultes".

Virginie avoue qui lui arrive d'avoir peur de se rendre au travail. Après plus de 7 ans passés aux urgences, elle a décidé de changer de service, principalement en raison des insultes qu'elle subit tous les jours.
Illustration salle d'attente du service d'urgences de l'Hôpital Nord de Marseille / © salle d'attente du service d'urgences de l'Hôpital Nord de Marseille
Illustration salle d'attente du service d'urgences de l'Hôpital Nord de Marseille / © salle d'attente du service d'urgences de l'Hôpital Nord de Marseille

Temps d'attente trop long, "ces malades encombrent les urgence"

Pour expliquer le temps d'attente aux urgences, souvent très long, elles estiment que beaucoup de pathologies ne méritent pas d'être traitées dans ce service et devraient être prises en charge par la médecine de ville. En revanche, ces malades encombrent les urgences.

Autre constat, beaucoup de patients considèrent qu'ils sont pris en charge, seulement lorsqu'ils ont été vus par le médecin.

"6 heures d'attente, ce n'est pas vrai, on a les compétences pour faire une première prise en charge, estimer la gravité et pratiquer les premiers soins... Lorsque le médecin demande des examens complémentaires, type scanner, forcément c'est très long", résume Sophie.

Jeudi, les trois infirmières répondront à l'appel de l'intersyndicale, pour participer à la journée nationale de mobilisation. Elles seront en grève et pourtant, elles seront au travail, elles ont déjà reçu leur lettre de réquisition.

"On ne va pas abandonner nos patients, contrairement aux agents de la SNCF, qui peuvent bloquer les trains, on ne peut pas mettre en danger la vie des malades. C'est peut-être pour cette raison que nos actions ont peu de résultats", conclut Virginie.

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