Marseille : préavis de grève dans les cantines pour dénoncer des mesures sanitaires "impossibles à réaliser"

Le syndicat Force ouvrière a déposé un préavis de grève dans les écoles et crèches de Marseille pour jeudi. Le reconfinement s'accompagne de règles sanitaires renforcées, que les personnels de la ville peinent à suivre en raison de locaux exigüs et d'un manque d'effectifs.
Des parents d’élèves de l’école primaire Bois-Luzy (12e arrdt Marseille) protestent contre les gréves répétées des agents municipaux affectés aux cantines scolaires et occupent la cours de l’établissement pour organiser un pique-nique avec leurs enfants
Des parents d’élèves de l’école primaire Bois-Luzy (12e arrdt Marseille) protestent contre les gréves répétées des agents municipaux affectés aux cantines scolaires et occupent la cours de l’établissement pour organiser un pique-nique avec leurs enfants © F. SPEICH/MAXPPP
"Avant le covid, nous manquions d'effectifs, mais à présent, les protocoles sanitaires compliquent encore la situation." Arabelle Lauzat, responsable Force ouvrière de la section des écoles, fulmine. Le reconfinement, décidé par le gouvernement il y a moins d'une semaine, impose de nouvelles règles sanitaires dans les écoles élémentaires et les crèches.
Il est demandé notamment plus de distanciation sociale entre les élèves, d'éviter leur brassage dans l'établissement et à la cantine, les enfants doivent rester dans le même groupe que celui de la journée. La désinfection, elle, doit être réalisée entre chaque service.

Les protocoles sont draconiens. Au vu du manque de personnel et de la configuration des locaux, ils sont difficilement applicables dans la majorité des écoles de Marseille.

Arabelle Lauzat, déléguée FO



Le syndicat a donc déposé un préavis de grève pour le jeudi 5 novembre. La déléguée FO cite une école dont la responsable de cantine enregistrait hier huit absents. Pour ce cas précis, la mairie a dépêché au plus vite autant de remplaçants pour pallier le manque d'effectif.

"Le personnel qui tourne, c'est une problématique permanente, poursuit Arabelle Lauzat. Même si une école réussit à conserver tous ses agents, ils sont appelés sans cesse à compenser le manque d'effectifs dans d'autres établissements."

"Beaucoup vont travailler la peur au ventre"


Sans compter que l'absentéïsme est fort dans ce secteur d'activité. "Cela vient de l'épuisement de nos agents [composés à 95% de femmes]. Beaucoup vont travailler la peur au ventre, et sont démotivées, déplore-t-elle. La pression est forte."

Au sein du Mouvement des parents d'élèves (MPE) 13, très actif sur Marseille, la grève des agents municipaux est "largement comprise", assure Cécile Baron, administratrice de MPE13. "Le protocole imposé par le gouvernement est matériellement impossible à réaliser, même avec la meilleure volonté du monde."

La représentante des parents évoque "des réfectoires trop étroits pour respecter la distanciation" comme dans l'école "de mes enfants". Même le respect des groupes-classes semble difficile à appliquer, selon elle, "dans des cours de récréation trop petites".

La solution de rallonger la pause méridienne d'une demi-heure, jusqu'à 14 heures, au lieu de 13h30 auparavant, comme l'a choisi la mairie pour certains établissements, paraît "insuffisante" aux yeux de Cécile Baron.

"On demande aux enfants de se dépêcher pour manger, pour favoriser le turn-over à la cantine, mais ça n'est pas évident, pointe-t-elle. Surtout en self-service, pour les plus petits."

Une situation "peu glorieuse"

La toute nouvelle municipalité a rappelé à de nombreuses reprises que la situation des écoles dont elle avait hérité, "était peu glorieuse", des mots mêmes de Pierre Huguet, l'adjoint au maire de Marseille, délégué à l'Education. Et cela concerne "autant le bâti que le fonctionnement". La ville entend renouer le dialogue avec les partenaires sociaux. Et travaille sur de futures embauches.

En attendant, elle tente de trouver des solutions d'urgence pour respecter le protocole sanitaire lié à ce reconfinement. "Pour 160 agents de surveillance inter-cantines, les contrats ont été triplés de 10 heures à 28 heures, précise Pierre Huguet. Une centaine de plus sont passés à des contrats de 40 heures."

Pour faire face au manque structurel de personnel dans les écoles, la mairie a même sollicité 90 autres agents municipaux, venus de services comme les sports, la culture, l'animation-jeunesse et même le personnel de mairies de secteur.

Une demande de 300 embauches

Des mesures prises qui ne satisfont pas le syndicat FO. "Nous ne voulons pas d'heures supplémentaires pour les contrats précaires. Nous voulons des embauches. Il en faudrait au moins 300, martèle Arabelle Lauzat. Quant aux autres agents municipaux appelés en renfort, ils ne sont pas toujours formés aux métiers de l'enfance."

Aussi, FO enjoint les agents municipaux des écoles à se joindre à la grève, lancée au niveau national, par les salariés du secteur médico-social, jeudi 5 novembre.

En attendant, pour les parents, "il faudra bien se débrouiller". Tous espèrent que des solutions soient trouvées. Car l'habituelle "débrouille entre parents" est mise à mal par le confinement.

"Je suis souvent en télétravail, et j'avais l'habitude de récupérer six ou sept enfants de la classe de ma fille lorsque les tatas faisaient grève", raconte Katia, mère d'une élève de CM1, scolarisée dans une école du 9e arrondissement de Marseille.

"Cela nous est arrivés déjà trois fois depuis la rentrée. Mais là, avec le confinement, on n'est pas censés recevoir des gens chez nous... Je ne sais pas comment on va faire...", souffle-t-elle.
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