Marseille : voici la lettre de menace de démission des médecins chefs de service

Une affichette dans les couloirs de l'hôpital de La Timone à Marseille / © Mariella Coste / FTV
Une affichette dans les couloirs de l'hôpital de La Timone à Marseille / © Mariella Coste / FTV

Près de 1.200 médecins hospitaliers, dont une soixantaine chefs de service des Hôpitaux de Marseille, ont menacé mardi de "démissionner collectivement" de leur fonctions administratives si la ministre de la Santé Agnès Buzyn n'engage pas de "négociations" sur le budget et les salaires de l'hôpital. 

Par Mariella Coste (avec AFP)

"L’hôpital doit être réformé, mais il n’y a pas de grande réforme possible sans moyen", écrivent les signataires d'une lettre publiée en ligne lundi par Libération.

Ces médecins hospitaliers, dont quelque 600 chefs de service, en ont assez du manque de moyens dans les hôpitaux publics et veulent marquer les esprits : s'ils ne sont pas entendus, ils vont présenter leur démission administrative. En clair, ils coupent les ponts avec l'administration, mais ils continueront à soigner.

A Marseille ils sont une soixantaine à faire partie du collectif inter-hôpitaux sans étiquette politique ni syndicale qui mène l'action. Lors d'une conférence de presse tenue mardi 14 janvier à Paris, ils rendent publique la liste des signataires et cette lettre adressée à la Ministre de la Santé Agnès Buzyn.

La lettre

"Madame la Ministre,

Nous signataires, chefs de service, responsables d’unité fonctionnelle, présidents et élus de CME et de CMEl, responsables de pôles, ou de départements médico-universitaires, tenons à vous faire part de notre profonde déception face à l’insuffisance du plan d’urgence annoncée le 20 novembre . C’est trop peu, trop partiel, trop étalé dans le temps. Nous sommes conscients qu’on ne corrige pas les insuffisances ou les erreurs du passé en deux ans mais il y a urgence. La dégradation des conditions de travail des professionnels est telle qu’elle remet en cause la qualité des soins et menace la sécurité des patients.

Il faut un plan avec un volet national et un volet régional. Le  financement de ce plan doit être calculé en fonction des objectifs de santé. Le démantèlement en cours de l’hôpital public coûtera beaucoup plus cher à la société que l’investissement massif qui doit être réalisé.

Le plan régional confié aux ARS devrait porter notamment sur la coordination entre l’hôpital et la médecine extra hospitalière pour répondre aux besoins de santé dans les territoires , sur l’évaluation des embauches de personnels nécessaires et sur la réduction des disparités de revenus entre les professionnels libéraux et hospitaliers à qualification et activité comparables.

Selon nous, le volet national de ce plan devrait comprendre trois  mesures essentielles :
  1. une revalorisation significative des salaires, en plus des diverses  primes annoncées.
  2. un ONDAM 2020 n’imposant  pas de nouvelles économies aux hôpitaux. Pour ce faire, il manque 600 millions, en plus des 200 millions prévus par le nouveau plan hôpital du gouvernement (en effet sur les 300 millions annoncés, 100 millions sont attribués aux EPHAD qui en ont bien besoin).
  3. une révision profonde du mode de financement afin de permettre d’appliquer la règle du juste soin pour le patient au moindre coût pour la collectivité, d’inciter à la pertinence des prescriptions et des actes, au lieu de rechercher à développer les activités rentables pour l’établissement, de donner un sens à une cogestion effective médico-administrative disposant d’une réelle autonomie grâce  à une rénovation de la gouvernance impliquant médecins et gestionnaires, personnels et usagers.
Madame la Ministre, vous avez connu l’excellence  des hôpitaux publics  pour la médecine de pointe et pour la recherche. Vous connaissez leur caractère irremplaçable pour la prise en charge de tous les  patients quels que soient leurs maladies et leur statut social, vous ne méconnaissez  pas leurs insuffisances en matière de qualité de vie au travail, de reconnaissance et de soutien aux équipes de soins. Notre système de santé comme notre recherche décroche dans les classements internationaux. L’hôpital doit être réformé, mais il n’y a pas de grande réforme possible sans moyen.

C’est pour vous alerter solennellement que nous avons pris en toute responsabilité, la décision inédite et difficile de démissionner collectivement de nos fonctions ou mandats si des négociations ne sont pas engagées. Croyez, madame la Ministre, à nos sentiments très respectueux et à notre dévouement au service public hospitalier."

Première réponse du ministère

Interrogée sur cette démarche lundi sur France Info, Agnès Buzyn s'est à nouveau dite consciente du "découragement des soignants" qui "est ancien" et a rappelé les mesures déjà annoncées pour permettre notamment "aux hôpitaux qui en ont besoin de rouvrir des lits ou d'embaucher du personnel".
 
La promesse d'une reprise d'un tiers de la dette hospitalière, soit 10 milliards d'euros, sur trois ans, sera amorcée "au deuxième semestre" de l'année 2020, a-t-elle annoncé. De quoi dégager, selon elle, "entre 800 millions et 1 milliard d'euros par an de trésorerie" pour les établissements.

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