Mort d’un policier à Marseille : 9e suicide en 24 jours, le mal-être d’une profession

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Le policier marseillais qui s'est donné la mort dans la nuit de dimanche à lundi avec son arme de service est le 9e à endeuiller la police nationale depuis le début de l'année.

Lille, Strasbourg, Marseille... aux quatre coins de France, neuf policiers ont mis fin à leur jour en ce début d'année. 

Le suicide d'un brigadier de 22 ans en poste à la Division Nord de Marseille intervient quelques jours à peine après que le  directeur général de la police Frédéric Veaux a rencontré les syndicats puis les associations la semaine dernière. 

"C'est un suicide tous les trois jours et c'est très inquiétant", réagit Bruno Bartocetti du syndicat SGP Police.

Mal-être et manque de reconnaissance

Comme beaucoup d'autres, le policier de la BST Nord s'est suicidé avec son arme, pour autant les motifs sont souvent personnels. 

"Même si on parle bien souvent de problèmes personnels ou familiaux, on sait bien que tout est lié dans le cadre d'un suicide, note le délégué marseillais,  et il faut se donner les moyens d'identifier les difficultés qu'on peut rencontrer dans le travail".

Selon lui,  "ce phénomène est très inquiétant" et il faut "en faire une priorité".

L'âge du policier marseillais interroge tout particulièrement.

"C'est un métier très difficile, souligne Franck Falzon du SGP Police, est-ce qu'on est près à 22 ans à rentrer dans les difficultés de ce métier ?".

Est-ce qu'on est assez armé dans les formations à l'école de police c'est toute la question?

Franck Falzon Unité SGP Police Marseille Centre

"Il y a une pression énorme sur nos épaules que l'on soit policier de terrain ou enquêteur, confirme Bruno Bartocetti, c'est très compliqué dans notre société aujourd'hui".  

Pour lui la pression hiérarchique n'est pas seule en cause, mais elle vient bien souvent s'ajouter aux difficultés que rencontre le policier en détresse. "Et pour peu que ce policier ait des problèmes personnels, il lui est difficile d'y faire face".

En 2021, 35 policiers se sont donné la mort. Dans un cas sur deux, ils se sont servis de leur arme de service. 

Des lignes d'écoute

Pourtant, il n’ y a jamais eu autant de dispositifs en place pour la prévention du suicide dans la police que ces 10 dernières années. Stop suicide, PEPS, 3114,  numéros verts accessibles 24h/24, 7 jours/7...

En 2019, l e ministère de l’Intérieur a mis en place une ligne dédiée à leur écoute avec des psychologues au 0805 230 405.

Une autre ligne d'écoute est également disponible pour les fonctionnaires victimes d’agressions ou de menaces au 0800 95 00 17.

Mais la crainte d'impacter sa carrière empêche encore trop souvent de parler de son mal-être.   "L'esprit de corps est très fort, mais on a du mal à parler de sa vie perso, car un policier se doit toujours d’être fort. ", confie l'un d'eux.