Pilules abortives : on vous explique pourquoi les tensions d'approvisionnement en misoprostol inquiètent en France

De nombreuses pharmacies ne disposent plus dans leurs rayons d'une pilule abortive. Une situation jugée inquiétante par les autorités sanitaires pour l'accès à l'avortement.

Les pénuries de médicaments se poursuivent en France. Après l'amoxicilline et le Doliprane, c'est au tour des pilules abortives, à base de misoprostol, de manquer. Cette pénurie soulève beaucoup de questions puisque 70 % des interruptions volontaires de grossesse (IVG) sont d'origine médicamenteuse. France 3 Provence-Alpes vous explique les conséquences de ce problème sanitaire.

  • C'est quoi le misoprostol ?

C'est une molécule exploitée dans certains médicaments pour l'interruption volontaire de grossesse (IVG) médicamenteuse par le laboratoire Nordic Pharma. On parle ici du Gymiso (misoprosol 200 µg) et du Misoone (misoprostol 400 µg). Ils sont prescrits et disponibles en pharmacie, à l'hôpital ou chez un médecin généraliste.

  • Y a-t-il une pénurie en Provence-Alpes-Côte d'Azur ?

Oui, mais pas seulement dans la région, confirme Stéphane Pichon, président de l'Ordre des pharmaciens. Cela concerne tout l'Hexagone. "Quand ça manque à Paris, ça manque aussi à Marseille ou encore à Lyon, puisque c'est le même fabricant", assure-t-il à France 3 Provence-Alpes.

L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) n'a pas de chiffres attestant qu'il existe une pénurie spécifique dans la région, mais elle est bel et bien nationale pour les autorités sanitaires.

Libération affirmait, il y a quelques jours, que ces pilules abortives, à base de misoprostol étaient introuvables dans la région parisienne, mais aussi à Lille "où il a été très difficile, voire impossible d’en trouver début avril". 

Cette pénurie n'est pas non plus extraordinaire pour Stéphane Pichon, elle "ne fait que rallonger la liste". C'est l'Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament (OTMeds) qui a tiré la sonnette d'alarme en premier. "Depuis des semaines, des problèmes de disponibilité du misoprostol, une molécule utilisée pour les avortements médicamenteux, sont signalés", peut-on lire dans le communiqué de presse.

  • Comment expliquer la pénurie du misoprostol 

En fin d'année 2022, l'ANSM a été informée par le laboratoire Nordic Pharma de "retards de fabrication pour sa spécialité Gymiso", a confié l'Agence à France 3 Provence-Alpes. Ce retard a entraîné, par la suite, une "perturbation de la couverture des besoins en Gymiso, estimée à hauteur de 20 %". Pour Misoone, il y a aussi eu un retard de matière première. 

Face à ces tensions, gérer les stocks disponibles est une priorité pour les autorités sanitaires. La distribution des boîtes de 1 comprimé de Misoone a, par exemple, été réservée exclusivement aux pharmacies de ville.

"Ces tensions sont en voie d’être résolues avec la distribution de plusieurs dizaines de milliers de boîtes de Gymiso la semaine dernière et de Misoone à partir de cette semaine, explique l'ANSM. De plus, afin de consolider la situation des approvisionnements, une importation de la spécialité Misoone italienne est également en cours."

  • Quels sont les risques de cette pénurie ?

Pour Stéphane Pichon, président de l'Ordre des pharmaciens, ne plus avoir de solution médicamenteuse pour l'avortement a des conséquences lourdes sur les femmes. "Cette intervention médicamenteuse est beaucoup moins agressive pour les femmes que les opérations chirurgicales", affirme-t-il.

Cette pénurie va également "fortement limiter" l'accès à l'avortement, "portant une grave atteinte aux droits sexuels et reproductifs des femmes" a alerté, mardi, le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCE), rappelant que 70 % des IVG sont médicamenteuses.

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