PORTRAIT. "Je crois vraiment qu'un film peut changer la vie de quelqu'un" , William Benedetto, directeur de l'Alhambra à Marseille

L’Alhambra est le seul cinéma situé au cœur du 16e arrondissement de Marseille, dans les quartiers nord. Un cinéma art et essai, ouvert à tous et surtout aux scolaires. A sa tête, William Benedetto, un passioné de grand écran et profondément humaniste.

À la tête du seul cinéma de quartier dans le nord de la cité phocéenne, il y a William Benedetto. Âgé de 53 ans, ce dynamique directeur a pour ambition de faire de son cinéma " un phare dans ces territoires des quartiers nord". Et il y travaille dur avec une programmation pointue mais "non élitiste" comme il aime le rappeler. Son souhait justement, "ouvrir les portes de son cinéma au plus grand nombre, pour donner le goût des salles obscures à tous"

25 ans d'histoire avec ce cinéma emblématique de la ville

Ce lieu est plus qu'un cinéma. "C'est un lieu de vie, d'échanges avec de nombreuses animations". C'est une institution dans la ville et encore plus ici dans les quartiers Nord.

William Benedetto est à la tête de l'emblématique cinéma depuis dix ans et y travaille depuis vingt ans.

"Notre cinéma fait partie de son territoire et joue un rôle social et culturel, en journée avec l'accueil de plus de 8 000 scolaires par an, et le soir comme cinéma de quartier", détaille son directeur.

Pour ce passionné, il n' y a pas que le cinéma qui compte. "C'est un lieu de divertissement, de diversités culturelles, de rencontres, d'animation de vie sociale, d'ouverture sur le monde".

Estampillé Art et Essai, l'Alhambra est loin d'être élitiste. Au contraire, la volonté de son directeur, "est d'attirer tous les publics, même et surtout ceux qui n'ont pas l'habitude de fréquenter les salles obscures". Voilà, le décor est posé. 

Celui qui y occupe le premier rôle, espère créer des connexions aussi fortes que la sienne, même avec les plus petits. C’est un rituel que le directeur entend instaurer. Celui d’une séance collective vécue comme un spectacle que les enfants viendraient apprécier régulièrement.

"Ils auront eu plein d'expériences, de rencontre avec des films plutôt art et essai,puisque c'est l'idée de proposer des films que l’on choisit, qui sont adaptés mais qui défendent quelque chose de l'art et essai. C’est-à-dire la diversité".

Créer des vocations

Avec les séances de scolaires, notamment les maternelles, ce sont leurs premiers films, et leurs premières réactions face au grand écran. Le cinéma n'hésite pas à affréter des bus pour permettre la venue des classes dans les salles obscures.

William Benedetto ne s'arrête pas là, il ouvre aussi d'autres espaces dans l'enceinte du cinéma à des apprentis cinéastes. Derrière ces portes des collégiens sont initiés aux métiers du 7e art.

" Il y a de nombreuses actions à l'Alhambra pour justement que les jeunes puissent découvrir les coulisses du cinéma, la fabrication d'un film", détaille Ulrike Bohnish, Réalisatrice et intervenante audiovisuelle à l'Alhambra.

"J’ai envie de rentrer dans le cinéma, en tant qu'acteur ou caméraman, mais tous les métiers du cinéma peuvent me plaire", explique un jeune homme passionné en train de s'initier.

Chaque année, environ 8 000 élèves sont éduqués, formés, acclimatés à ce cinéma d’auteurs.

" Je crois profondément en la puissance du cinéma, encore aujourd'hui dans ce monde où nous sommes noyés par les images, je crois vraiment qu'un film peut changer la vie de quelqu'un", s'entousiasme l'infatigable William Benedetto.

Créer une utopie éphémère le temps d'une projection

Une porte ouverte vers une culture que William Benedetto imagine inclusive.

"Pour moi les plus belles séances que j'ai vécu dans cette salle, en plus d'avoir des salles pleines sur certaines avant-premières, c'est quand vous avez dans l'audience une vraie diversité, des jeunes, des vieux, des classes populaires, des classes moyennes, des habitués, des gens pour qui c'est la séance de cinéma de l'année, ou la deuxième. Pour moi ce sont des moments, où l'on concrétise une espèce d'utopie éphémère le temps d'une séance de cinéma.

Une utopie, une fiction que William Benedetto s'efforce de rendre réelles avec des projections ouvertes à tous.

L'Alhambra en impose aussi par sa fréquentation. Avec une seule salle, ce cinéma de quartier, excentré attire pas moins de 60.000 spectateurs par an. C'est l'équivalent du stade Vélodrome un soir de match.