PORTRAIT. Nadine, sage-femme depuis 42 ans à Marseille, 2.500 euros en fin de carrière et "un stress phénoménal"

Les sages-femmes manifestent, ce mercredi 5 mai, devant le siège de l'Agence régionale de santé (ARS) à Marseille, à l'occasion de la journée internationale de la sage-femme. Elles réclament un salaire à la hauteur de leurs compétences.

Illustration. Journée nationale de grève des sages femmes.
Illustration. Journée nationale de grève des sages femmes. © Bruno LEVESQUE / MaxPPP

Elle prend le temps de nous répondre, Nadine, parce que ça lui tient à coeur, la galère des sages-femmes. Elle connaît : 42 ans qu'elle exerce. 

"Je suis à deux mois de la retraite, clame-t-elle d'emblée. J'ai 64 ans !"  Quand on fait encore un métier comme celui-là à cet âge-là, on ne va pas reculer devant une petite manifestation.

Nadine est ce mercredi 5 mai devant le siège de l'Agence régionale de santé (ARS) à Marseille, avec ses copines sages-femmes de la clinique Bouchard, qu'elle est allée chercher au passage à la maternité.

Ensemble, elles crient d'une même voix qu'elles méritent d'être payées plus. 

Revalorisation salariale

Nadine gagne 2.500 euros net : l'aboutissement d'une carrière de sage-femme libérale et dans le privé. Elle réclame 3.000 euros. 

"C'est peu ou prou le même salaire qu'un infirmier urgentiste, compare-t-elle, amère. Lui n'a pas comme nous la responsabilité de vie ou de mort d'un bébé. Nous n'avons aucune prime d'urgence, alors que nous traitons des urgences obstrétricales."

Pour en arriver là, Nadine a été diplômée, Bac +3. Aujourd'hui, ses consoeurs sont à Bac +5. Sans gagner plus.

Alors Nadine a pris soin d'écrire sur une pancarte qu'elle brandira lors de la manifestation : "Responsabilité 100%, reconnaissance 0%".

Des mois de colère

Cet appel national à manifester est le second volet d'un mouvement initié en début d'année 2021. Le 26 janvier déjà, les sages-femmes étaient dans la rue, pour les mêmes raisons : plus de salaire, plus d'effectifs. 

"Je suis en salle d'accouchement pendant douze heures d'affilée, je cours dans tous les sens, regrette Nadia. Je contrôle les rythmes cardiaques des bébés qui posent souci, il y a un stress phénoménal."

Pensait-elle en arriver là, à l'époque où, jeune étudiante à la Conception à Marseille, elle observait dans son entourage universitaire de nombreuses femmes (souvent étrangères) se faire malmener, pour parler poliment ?

"Un cauchemar, se souvient-elle. C'est pour ça que j'ai choisi la voie du privé."

Sage-femme, et femme avant tout 

Nadine a embrassé la carrière "pour les bébés" (elle en fera trois) ; pas pour le métier, dont elle ignorait tout. Pour les bébés mais aussi, elle le comprendra vite, pour les femmes. 

"J'ai été témoin de maltraitances, de la part de médecins. J'ai aussi vu des femmes être forcées d'avorter parce que leur mari les y obligeait."

Aujourd'hui, Nadine veut parler, elle ne veut plus se taire, elle qui fait partie d'une "profession de religieuses" : trop bonnes, trop... 

"On se doit d'être parfaites, de protéger tout le monde, explique-t-elle. On fait des nuits, on fait des jours, on est très peu syndiquées ; moi-même, je ne le suis pas."

C'est un métier du don de soi exacerbé. Sans contrepartie. Et puis nous sommes des femmes, nous avons en plus de tout ça nos vies de femmes, avec nos propres enfants.

Nadine

Aujourd'hui, Nadine s'apprête à toucher 660 euros de retraite au titre de sa cotisation à la caisse des sages-femmes libérales. 

Elle ne verra pas le monde changer avant son départ en retraite, dans quelques semaines, elle en est consciente. Mais elle espère qu'un jour, les maternités françaises fonctionneront comme au Canada : "une femme, une sage-femme".

Quand elle nous raconte les veillées de douze heures, à gérer simultanément trois femmes en plein travail, sans compter les consultations et la paperasse, on mesure le chemin qu'il reste à parcourir. 

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