Procès Guérini à Marseille : les écoutes qui accablent "Monsieur Frère"

Alexandre Guérini, le frère du sénateur des Bouches-du-Rhône comparaît lui aussi devant le tribunal correctionnel de Marseille depuis lundi dans cette affaire de corruption présumée. Ses écoutes téléphoniques ont été diffusées au deuxième jour d'audience.

Alexandre Guérini, "Monsieur Frère", à son arrivée au tribunal correctionnel de Marseille.
Alexandre Guérini, "Monsieur Frère", à son arrivée au tribunal correctionnel de Marseille. © Jean-François Giorgetti/FTV

Les écoutes téléphoniques d'Alexandre Guérini on été diffusées à l'audience ce mardi. "Monsieur Frère" harcèle et commande, mêlant gouaille marseillaise et menaces à peine voilées quand il s'adresse à un haut fonctionnaire territorial en charge de marchés publics.

"Je ne voulais pas l'avoir contre moi. Il pouvait être nuisible pour ma situation personnelle, il était capable de me faire du mal à moi et à ma famille", a témoigné Michel Karabadjakian, ancien directeur général adjoint du service propreté de la communauté urbaine Marseille Provence Métropole (MPM).

La rencontre entre les deux hommes est intervenue au lendemain de la défaite de Jean-Noël Guérini face à Jean-Claude Gaudin aux municipales de 2008 et après l'élection surprise d'un de ses proches, le socialiste Eugène Caselli, à la tête de la communauté urbaine MPM.

 "Je travaillais pour la ville de Marseille lorsque j'ai été contacté par un proche d'Alexandre Guérini, Eric Pascal, qui m'a proposé de le rencontrer", raconte Michel Karabadjakian. 

Le frère du "puissant" Jean-Noël

 Alexandre Guérini se présente à lui comme le frère du puissant "Jean-Noël", cette habitude lui vaudra le surnom de "Monsieur Frère". Il lui fait miroiter un poste à responsabilité à la MPM.  

Entré en fonction en septembre 2008, Karabadjakian gravit vite les échelons jusqu'à diriger cinq mois plus tard 4.000 personnes dans huit directions, dont celles des déchets.

Or, la métropole doit justement renouveler en 2009 le marché du tri des déchets pour les quatre prochaines années. Deux candidats sont en lice: Sita Sud et un regroupement d'entreprises autour de Bronzo, dans lequel apparaît Queyras Environnement, la société d'Eric Pascal, l'ami d'Alexandre Guérini.

La justice reproche au cadet des Guérini de n'avoir eu de cesse d'exiger et d'obtenir de Michel Karabadjakian des informations et des documents sur les procédures de marché public en cours sur les déchets pour favoriser la société d'Eric Pascal.

Sous la pression permanente d'Alexandre Guérini

Coups de fil réguliers, propos insistants, petits déjeuners ritualisés: "J'étais sous la pression permanente d'Alexandre Guérini pour ne pas attribuer le marché à Sita. J'étais isolé, terrorisé, sous influence. Je ne pouvais pas dire non",
a affirmé à la barre Michel Karabadjakian, évoquant notamment sa peur physique d'être "frappé". 

C'est ainsi que, selon les juges, Alexandre Guérini obtient la saisie d'un avocat pour faire déclarer sans suite une procédure attribuée à Sita Sud, le retrait d'un marché public (MAPA) qu'il juge inopportun pour lui et Eric Pascal et la mise en place d'un simple "avenant" conforme à leurs voeux.

Et lorsque Karabadjakian ne répond pas à ses attentes ou que son directeur des déchets ose contredire ses plans, Alexandre Guérini enrage, tonne et menace. 

"J'ai vu son document (qui rééquilibrait la procédure de mise en concurrence), c'est n'importe quoi. Il commence à me gonfler ce mec (...) Je lui ai trouvé un remplaçant. Je vais contacter mon frère qui est aux Etats-Unis, Eugène (Caselli) recevra l'ordre de procéder à son remplacement, tout sera sous contrôle", dit-il à Karabadjakian dans une écoute diffusée à l'audience.

Interrogé par la présidente Céline Ballérini, Alexandre Guérini concède des "mensonges proférés sous le coup de la colère, une attitude inexcusable".

"Est-ce que je me suis occupé d'affaires qui ne me regardent pas? Je dis oui. Est-ce que j'en ai tiré profit? Je dis non", se défend-il, arguant pour se justifier d'un combat pour "la propreté de Marseille".

Le procès se poursuit jusqu'au 9 avril.
 

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