Témoignages. "Ni majeurs, ni mineurs" : à l'abri dans un squat, de jeunes migrants non accompagnés en pleine errance administrative

Publié le Écrit par Pauline Guigou et Annie Vergnenegre

A Marseille, le nombre des migrants mineurs isolés est estimé à une centaine. Soixante-dix ans après l'appel de l'Abbé Pierre, un squat accueille les jeunes en attente d'une reconnaissance de leur minorité.

Dans un squat à Marseille vivent 14 jeunes migrants. L'exil, la traversée, la peur, chaque histoire est singulière, mais un point les relie. Leur errance administrative. Jérôme et Joël sont Guinéens. Ils sont arrivés à Marseille il y a dix mois. Depuis, ils sont en attente d'une reconnaissance de leur minorité. Sans logement. C'est la débrouille. Alors que l'appel de l'Abbé Pierre en faveur des sans-abris fête jeudi 1er février ses 70 ans, l'organisation internationale Human Rights Watch a alerté le 30 janvier sur le traitement des migrants mineurs non accompagnés à Marseille. Qui se retrouvent souvent à la rue.

Une attente qui s'éternise

"On a passé l'évaluation, ils nous ont dit 'vous n'êtes pas mineurs, appelez le 115', on a appelé, mais on nous dit 'y a pas de place, y a pas de place'", raconte un des jeunes migrants, qui garde l'anonymat. "Quand tu es accepté par le département, là, tu peux vivre ici sans problème, même au cas où la police t'attrape, tu es en sécurité, explique l'autre jeune homme.

Pour l'instant je n'ai pas de papiers, je n'ai pas de preuve, on peut m'embarquer.

Joël, migrant mineur isolé

France 3 Provence-Alpes

Une demande de minorité sur deux refusée

La reconnaissance de la minorité, c'est "LA" condition pour obtenir la protection de l'aide sociale à l'enfance. Hébergement, couverture santé, éducation, tout en découle. Selon l'ONG Human Right Watch, un demandeur sur deux se voit refuser sa minorité à Marseille. Après plusieurs mois de recours, 75% des jeunes finissent par être reconnus mineurs.

"En étant en recours, ils sont considérés ni majeurs, ni mineurs, donc ils sont dans le flou juridique, souligne Delphine, ils n'ont pas la protection de l'enfance, mais ils n'ont pas non plus les droits des migrants adultes qui arrivent à Marseille".

À l'abri dans des squats du collectif 113 

Joël et Jérôme ont vécu dans la rue pendant deux mois, avant d'être épaulés par le collectif 113 et mis à l'abri dans ce squat. C'est un immeuble vide, appartenant à une collectivité.
"Quand on a commencé à ouvrir des squats, notre idée, c'était surtout, on ne les cache pas", explique Hélène, militante du collectif 113. "Le but, c'est de les accueillir dignement, mais de faire en sorte que nos squats ferment et que les institutions reprennent derrière, on ne veut pas rester en fait."  "Ils sont jeunes, ils ont besoin d'accompagnement, de voir un médecin, d'avoir des éducateurs sérieux et réguliers, nous, on ne peut que compenser", ajoute-t-elle. 

Malgré un avenir incertain, Joël, Jérôme et leurs amis font des pronostics. Car ce soir-là, c'étaient les huitièmes de finales de la Coupe d'Afrique des Nations.

>> 70 ans après l’appel de l’Abbé Pierre, France 3 vous propose une édition spéciale "Hiver solidaire" à partir de 18h55. Un dispositif exceptionnel qui commence dans Ici 12/13 sur France3 Provence-Alpes en direct du Hameau de l’Armée du salut à Marseille.  

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