"Une journaliste placée en garde à vue durant deux jours pour avoir fait son métier, c'est inédit " : l'affaire Ariane Lavrilleux inquiète la profession

La journaliste Ariane Lavrilleux est sortie libre de sa longue garde à vue mercredi soir. Alors que plusieurs rassemblements de soutien ont eu lieu en France, le gouvernement est resté mutique. La profession s'indigne d'une atteinte inédite à la liberté de la presse et au secret des sources en France.

"Après 39 heures de garde à vue, notre journaliste Ariane Lavrilleux a retrouvé la liberté. (...) L'État français traque nos sources", peut-on lire ce jeudi à la une du site d’investigation Disclose.

La journaliste Ariane Lavrilleux, coautrice d'une enquête en 2021 autour d'une opération de renseignement française en Égypte, a été visée par une perquisition et placée en garde à vue mardi 19 septembre. Des rassemblements de soutien à l'appel des collectifs Prenons La Une, Presse-Papiers et de Reporters sans frontières ont été organisés partout en France pour dénoncer une atteinte à la liberté de la presse et au secret des sources.

Une première en France

Ariane Lavrilleux a annoncé sa remise en liberté mercredi soir : "Je suis libre, merci beaucoup pour votre soutien" a-t-elle écrit sur X (ex-Twitter) en trois langues, un message accompagné d'une photo, le poing levé devant un drapeau égyptien.

La journaliste qui collabore également à l'émission Complément d'enquête sur France 2, se voit reproché d’avoir compromis le secret de défense nationale et la sécurité du pays. Selon le rédacteur en chef de l'émission Hugo Plagnard, qui s'exprime sur franceinfo, "ce n'est pas la première fois que des journalistes français sont auditionnés par des agents de la DGSI, mais à ma connaissance, il n'est jamais arrivé, ce qui est arrivé à Ariane Lavrilleux, de voir son domicile perquisitionné pendant de longues heures, des policiers qui arrivent avec un magistrat à 6 heures du matin."

Le collectif Presse-Papiers est sur la même ligne : "Une journaliste placée en garde à vue durant deux jours pour avoir fait son métier, c'est inédit." 

En mai 2019, deux journalistes de Disclose Geoffrey Livolsi et Mathias Destal avaient été entendus dans les locaux de la Direction générale de la sécurité intérieure après la publication d'une note classée "confidentiel défense" dans leur enquête sur l'utilisation d'armes françaises au Yémen.

Quelques jours plus tard, Ariane Chemin, la journaliste du Monde était entendue dans le cadre d'une enquête pour "révélation de l'identité d'un membre des forces spéciales" dans un article sur l'affaire Benalla.

En juin 2022, c'est au tour d'Alex Jordanov, journaliste et auteur d'un livre sur le renseignement intérieur, d'être mis en examen notamment pour divulgation du secret défense.

"Une montée en puissance de la répression des journalistes"

"C'est de l'intimidation", selon la journaliste indépendante marseillaise Nina Hubinet, qui a collaboré avec Ariane Lavrilleux dans une autre enquête. "J'étais avec Ariane à sa sortie de garde à vue, elle m'a confié que c'était dur de voir dix personnes débarquer chez soi au petit matin, fouiller sa vie, son ordinateur, son téléphone portable".

Pas de quoi décourager sa consœur, qu'elle dépeint comme "plus déterminée que jamais à rendre publiques des informations certes classées confidentielles, mais qui relèvent de l'intérêt général". 

"Pendant deux jours, j'ai eu l'impression de revivre ce que j'ai connu sous une dictature !"

Nina Hubinet, journaliste indépendante

Membre du collectif Presse-papiers, Nina Hubinet dit ressentir un durcissement en France de "la répression envers journalistes qui travaillent sur des affaires d'État". Après avoir travaillé cinq ans en Égypte, elle se souvient avoir couvert plusieurs manifestations pour faire libérer des journalistes auteurs d'articles compromettants pour le pouvoir en place. Et ose la comparaison avec ce qui se passe en France.

Un sentiment conforté par une lettre ouverte publiée jeudi, une quarantaine de sociétés de journalistes (SDJ) qui dénoncent d'une même voix une "situation gravissime" dans "un contexte de multiplication" des procédures visant la presse.

Silence gouvernemental

Le gouvernement est lui resté muré dans son silence suite à cette arrestation. Interpellé en conférence mercredi, son porte-parole, Olivier Véran, a éludé les questions d'une journaliste de Mediapart, réaffirmant que la France restait le pays des droits de l'homme.

De son côté, "la ministre de la Culture défend toujours la liberté de la presse mais ne commente jamais une procédure judiciaire en cours", a indiqué son cabinet à l'AFP.

"La situation de la journaliste Ariane Lavrilleux montre qu'il faut aujourd'hui ouvrir un chantier sur la loi en vigueur", a assuré sur X (ex-Twitter) Christophe Deloire, le délégué général des Etats généraux de l'information promis par l'Elyséeet qui s'ouvriront le 3 octobre. 

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