VERIFICATION. Covid-19 : le Dr Fouché, réanimateur marseillais, a-t-il été mis en examen sur ordre du préfet de Paris ?

Une capture d'écran d'un article de France 3, partagé sur Facebook, annonce la mise en examen de ce soignant connu pour son opposition au confinement et au port du masque obligatoire en extérieur. Sauf qu'il s'agit d'un photo-montage et que Louis Fouché n'a pas été mis en examen.

Une nouvelle rumeur relayée dans la complosphère. Depuis quelques jours, des internautes s'indignent de la mise en examen de Louis Fouché docteur marseillais, fondateur du collectif Réinfocovid, qui dénonce activement la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement. Une rumeur issue d'une capture d'écran d'un article qui aurait été publié sur France 3 et intitulé "Covid-19 : le docteur Louis Fouché nouvelle star des antimasques et des "rassuristes" mis en examen par décision du préfet de Paris". 

On peut y lire que le praticien poursuivi pour "manipulations et non respect du serment d’Hippocrate" aurait "interdiction d’exercer" et que le préfet de Paris aurait ordonné une "expertise psychiatrique pour discours conspirationniste". Problème : il s'agit d'une fake news et France 3 vous explique pourquoi.

• Cet article n'a jamais existé sur le site de France 3

La fausse capture d'écran présente un article qui aurait été publié à la une du site de France 3, le 13 décembre. Le texte explique, avec des fautes d'orthographe, que : "Présentée à l'AMM, le docteur a été mis en examen pour manipulations et non respect du serment d'hyppocrate. Il fait également l'objet d'une interdiction d'exercer jusqu'à nouvel ordre. Le préfet a également ordonné une expertise psychiatrique pour discours conspirationniste". Sauf qu'aucun article de ce type n'a été publié sur le site de France 3, le 13 décembre.

Il s'agit d'un montage réalisé à partir d'un article qui a bien été publié le 9 décembre par France 3, mais qui se penche sur la personnalité du médecin à la suite d'une manifestation des anti-masques, le samedi 5 décembre à Marseille.

• Le préfet de Paris ne peut ordonner de mise en examen

Contrairement à ce qu'affirme ce faux article relayé sur Facebook, le préfet de Paris ne peut pas mettre une personne en examen. Il représente le gouvernement et est chargé de l'exécution des règlements et des décisions gouvernementales sur son territoire. Ce représentant de l'Etat n'a donc pas de pouvoir judiciaire pour décider une mise en examen, pas plus que pour ordonner une interdiction d'exercer concernant un médecin ou une expertise psychiatrique. 

Autre élément indiquant une manipulation de l'information, l'AMM mis en avant dans ce faux article désigne l'autorisation de mise sur le marché déposé par les laboratoires avant le lancement d'un médicament. Une instance qui ne peut intervenir dans un tel processus judiciaire.

• Il ne fait pas l'objet d'une interdiction d'exercer

L'ordre national des médecins est la juridiction disciplinaire, "chargée de sanctionner d’éventuels manquements commis par les médecins aux règles de la déontologie". L'ordre est autonome par rapport aux juridictions pénales et civiles. S'il est saisi d'une plainte, il peut rendre une condamnation envers le médecin visé. La sanction va de l'avertissement à la radiation du Tableau de l’Ordre, en passant par le blâme, l'interdiction d’exercer jusqu'à trois ans, avec ou sans sursis.

Si l'Ordre des médecins a bien lancé une procédure disciplinaire à l'encontre du professeur Didier Raoult pour plusieurs manquements à la déontologie médicale, Louis Fouché n'est, lui, pas concerné. En revanche, il s'est entretenu début novembre avec le président de la Commission médicale d'établissement de l'Assistance Publique des Hôpitaux Marseillais et le directeur général de l'AP-HM qui lui ont reproché de nier la gravité de la situation dans les hôpitaux marseillais au moment de la deuxième vague. L'AP-HM avait indiqué toutefois que l'anesthésite-réanimateur n'avait pas été "convoqué" mais qu'il s'agissait d'un échange. 

Contacté ce jeudi par téléphone, le docteur Fouché indique qu'il n'a aucune idée de qui est derrière cette fake news. "Je ne sais pas. Peut-être que c'est une façon de discréditer le contre-pouvoir des réseaux sociaux, questionne-t-il, ajoutant qu'il estime plus important "de discuter de la vaccination, des masques pour les enfants et de l'emballement totalitaire qui a cours actuellement."

Louis Fouché souligne que l'entretien qu'il a eu en novembre avec sa direction de l'AP-HM a permis d'ouvrir un dialogue, même si elle a refusé son idée de créer un comité interne de réflexion sur la crise sanitaire. Il précise qu'il ne fait l'objet d'aucune poursuite disciplinaire ou judiciaire et qu'il n'est pas inquiet. En revanche, selon le docteur Fouché, plus de 25 médecins du collectif Réinfocovid sont actuellement poursuivis "soit par l'ordre des médecins, soit par leur direction d'université ou ont été mis à pied par leur direction privée".

 

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