"On a sorti le canon pour tuer une mouche" : à Lambesc, une agricultrice essaie de sauver sa mini-ferme pédagogique

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Écrit par Pauline Guigou
La petite ferme Lady Bird compte notamment 20 lapins nains angora, 150 oiseaux reproducteurs, 2 boucs nains
La petite ferme Lady Bird compte notamment 20 lapins nains angora, 150 oiseaux reproducteurs, 2 boucs nains © LadyBird

Après un dépôt de permis refusé et une injonction de démolition, une agricultrice de Lambesc, dans les Bouches-du-Rhône, se retrouve dos au mur. Sa petite ferme pédagogique pourrait bientôt fermer ses portes.

Ce devait être le projet de sa deuxième vie. Une ferme pédagogique, installée dans la petite commune de Lambesc, dans les Bouches-du-Rhône. 

C'est devenu un enfer administratif et judiciaire. Après vingt années passées comme psychologue, Carole Nicolas décide de se reconvertir dans l'agriculture. 

Une manière de marcher dans les pas de sa famille : elle possède un terrain agricole à Lambesc. C'est son arrière-grand-père qui l'avait acheté, pour en faire une cerisaie.

Un morceau de forêt, qu'elle souhaite "sanctuariser", et un terrain de 900 m2. Une opportunité pour Carole Nicolas, d'ouvrir une mini ferme pédagogique, ainsi qu'une exploitation d'entomologie : l'élevage d'insectes, et en particulier de coccinelles, dont les larves sont utilisées, en permaculture comme en agriculture conventionnelle, pour se prémunir des parasites dans les cultures. 

Mais, voilà, Carole Nicole l'avoue : "j'ai mis la charrue avant les bœufs, et aujourd'hui je suis dans l'illégalité". 

En cause, un bâtiment d'exploitation, construit dans la hâte, en paille et bois : "j'avais une petite fenêtre d'un an et demi de chômage pour me lancer. J'avais besoin de ce bâti pour démarrer l'entomologie. Les larves de coccinelles ne peuvent pas être élevées en extérieur", explique l'agricultrice. 

Problème, la demande de permis de construire n'a pas été déposée : "j'ai une phobie administrative, le dossier était tellement complexe, il manquait toujours des pièces. Il fallait avancer et je pensais qu'une régularisation était possible", confie-t-elle. 

Mais du côté de la mairie de Lambesc, on ne l'entend pas de cette oreille : le bâtiment est illégal, et la commune ordonne l'arrêt des travaux en janvier 2019. 

S'en suit alors une course administrative pour Carole. Elle dépose un dossier au CHAMP (Conseil pour l’Habitat Agricole en Méditerranée Provence). C'est un organisme consultatif départemental, auprès duquel les mairies soumettent les demandes de permis de construire en zone agricole. Puis elle dépose une demande de permis de construire en novembre 2020. 

L'avis du CHAMP est défavorable, le permis de construire est refusé en mars 2021.  Un coup dur pour Carole Nicolas, qui se voit notifier dans la foulée, une obligation de démolition du bâtiment sous trois mois. "On me donne trois mois pour démolir tout mon travail, c'est très violent", explique-t-elle. 

Un projet "non viable"

De son côté, Bernard Ramond, le maire de Lambesc, explique avoir simplement appliqué la procédure : "le CHAMP a estimé que son projet n'était pas viable. On l'a prévenue, elle a construit malgré tout", justifie-t-il. 

"C'est notre rôle de protéger nos zones agricoles et naturelles", explique-t-il. Car la pression foncière dans ce secteur est importante : "on ne peut pas construire et espérer une régularisation, il y a des lois". 

Bernard Ramond est "droit dans ses bottes", et entend protéger sa commune des exploitations éphémères, et des constructions d'habitations illégales en zone agricole. 

"Ça pollue et cela dénature les paysages. Si on laissait faire, il y aurait des mobil-homes partout", s'indigne-t-il. 

En attendant, Carole Nicolas n'a pas pu développer son exploitation d'entomologie, dont elle pensait retenir son principal revenu. Depuis, elle ouvre sa ferme aux familles, aux enfants : "je voulais créer un espace de médiation animale, et de sensibilisation au vivant". La petite ferme compte entre autres, une vingtaine de lapins nains, 150 oiseaux reproducteurs, neuf poules naines, une tortue... Une petite cour, et une petite vie déjà bien organisée. 

L'agricultrice met l'accent sur le volet pédagogique autour de l'environnement, mais compte aussi sur une petite activité commerciale en circuit court : "la vente de mes fleurs comestibles et ces ateliers me permettent à peine de survivre". 

Car l'agricultrice croule sous les dettes, plus de 100.000 euros ont été investis dans ce projet. 

Aujourd'hui, elle a été notifiée d'une verbalisation par la municipalité de Lambesc, pour "construction sans autorisation". Toutes ses demandes de recours gracieux ont été refusées par la mairie. 

Le dossier est désormais entre les mains de la justice : "on sort le canon pour tuer une mouche. Aux yeux de la justice, je ne peux qu'être coupable, je le sais. Mon bâtiment est en infraction", confie-t-elle les larmes dans la voix. 

"On m'assassine. Je suis toute seule, je voulais créer mon petit projet, ficelé comme de la dentelle, et créer du lien social". L'agricultrice sait que si la justice la condamne, elle devra démolir son bâtiment, et sera endettée à vie.

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