TEMOIGNAGE. "J'ai eu peur pour ma vie et celle de mes enfants" : le calvaire de Daniel, victime de violences conjugales

Pendant près de vingt ans, Daniel* a encaissé les coups et les humiliations de la part de son ex-femme sans rien dire. Cet enseignant a choisi de témoigner auprès de France 3 pour aider d'autres victimes à s'en sortir. Une procédure judiciaire est en cours.

Daniel a subit pendant 20 ans l'emprise de son ex-compagne. Blessé physiquement et psychologiquement, il tente de se reconstruire.
Daniel a subit pendant 20 ans l'emprise de son ex-compagne. Blessé physiquement et psychologiquement, il tente de se reconstruire. © Jean Poustis /FTV

"Sur la fin, ça a été des coups presque tous les jours, plusieurs fois, des humiliations, des insultes. Quand elle a commencé à s'attaquer aux enfants, j'ai réussi à aller porter plainte." Enseignant dans le supérieur dans les Bouches-du-Rhône, Daniel* a subi la violence de sa compagne pendant vingt ans. Il fait partie de ces hommes qui représentent 28 % des victimes de violences conjugales en 2019, selon l'Insee.

Des violences qui se sont installées peu à peu dans le quotidien de ce professeur. "C'était beaucoup d'abus psychologiques, détaille-t-il. C'est monté crescendo, sur les années, comme la grenouille que l'on met dans l'eau froide et que l'on porte à ébullition." Une situation qui devient vite inextricable pour Daniel. "Après, on a des intérêts communs, financiers et avec les enfants, on se retrouve coincés", souffle-t-il.

"Je me suis enfermé dans la buandrie"

Mais tout finit par basculer en mars, lors d'une nuit terrible où Daniel a peur pour sa vie. "Je refusais de lui dire avec qui j'étais au téléphone, et elle a menacé de me tuer. Je me suis enfermé dans la buanderie. Je me suis effondré, raconte-t-il. Elle essayait de rentrer avec une clé. J'avais laissée l'autre clé sur la porte."

"Elle répétait de façon robotisé que je devais ouvrir, et comme dans un film d'horreur, elle s'est attaqué à la porte avec une machette."

Daniel, victime de violences conjugales

"Je repensais à tous les objets qu'il y avait dans la maison, la barre à mine, la hache...", énumère-t-il. Les pompiers finissent par venir le chercher. Il a passé six semaines en hôpital psychiatrique.

Voir le repotage

Le calvaire de Daniel, victime de violences conjugales

Une difficile reconstruction

Regarder les vagues et l'horizon, se projeter... Aujourd'hui, Daniel* aime venir se ressourcer au bord de la mer pour panser ses plaies encore ouvertes. "C'est la phase de reconstruction, celle qui arrive après la prise de conscience et le travail pour sortir de la situation toxique", explique Alice Lecomte, psychanalyste. L'emprise ce n'est pas de l'amour, c'est un attachement conscient ou inconscient."

"Prendre conscience et faire la différence permet un début de travail sur soi pour s'extraire de cette relation, cela peut prendre des mois, des années."

Alice Lecomte, psychanalyste

Pour se reconstruire, ce père de deux jeunes enfants est aujourd'hui suivi par un psychiatre et une psychologue. Le plus difficile, pour lui, a été de faire reconnaître son statut de victime. "Très souvent, les gens ne vous croient pas, soupire-t-il. Ils vous disent : 'Comment se fait-il que vous ne soyez pas parti ?' Je ne me suis pas rendu compte de ce qu'il se passait, comment expliquer ça…"

"Ça peut arriver à tout le monde"

Pour Alice Lecomte, "si on parle des histoires les plus difficiles lorsqu'on a à faire à des pervers narcissiques, c'est vraiment l'idée du lavage de cerveau. C'est ce que certains de mes patients disent". "Ces personnes arrivent à vous faire douter de tout, qui vous êtes, ce que vous pensez, de ce que vous vivez", précise la spécialiste.

Pour Alice Lecomte, les pervers narcissiques se distinguent par leur capacité à faire croire à leurs victimes qu'elles ne sont plus rien. "Cela les met dans une sorte de contrôle et de toute toute puissance vis-à-vis de vous, qui fait que lorsqu'on est pris au piège, on n'arrive plus à s'en défaire", détaille-t-elle.

L'ancienne compagne de Daniel a été condamnée à 2 mois de prison avec sursis pour violences physiques, par le tribunal correctionnel de Marseille, en octobre.

"Mais le pire ce n'était pas la violence physique, c'était le dénigrement, l'humiliation, les mensonges car cela détruit tout en vous."

Daniel*, victime de violences conjugales

Des violences psychologiques qui n'ont pas été retenues par le tribunal. "Visiblement les magistrats n'ont pas compris cette emprise, bien que cette définition soit rentrée dans le droit français, déplore Daniel. Ce n'est pas une question d'homme ou de femme, ça peut arriver à tout le monde."

Daniel espère aujourd'hui que son témoignage pourra aider d'autres personnes à sortir de cette spirale. Dès qu'il ira mieux, il souhaite reprendre au plus vite son travail et enseigner à nouveau. 

*Le prénom a été changé

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
témoignage société violence conjugale justice