Un fleuve devient vert fluo : on vous explique le phénomène bactériologique toxique derrière ce mystère

Le fleuve côtier l'Arc a changé de couleur, de marron, sa couleur habituelle, il est devenu vert clair, presque fluorescent. Sa texture aussi a changé. Une transformation qui inquiète à Trets dans les Bouches-du-Rhône.

La couleur du fleuve l'Arc attire l'œil et la curiosité depuis vendredi 16 février et la découverte de sa transformation par les pêcheurs de Trets, dans les Bouches-du-Rhône. La nouvelle a été annoncée sur le site de la commune. Le cours d'eau a changé de couleur et d'aspect. De marron à vert foncé habituellement, le fleuve est devenu vert clair, presque fluorescent. À la surface, une couche visqueuse s'est formée. Les riverains, les pêcheurs et la municipalité sont inquiets.

France 3 Provence-Alpes décrypte le phénomène. 

L'inquiétude des autorités

Dès la découverte, les pêcheurs de Trets ont alerté la municipalité. George Luvera le premier adjoint de la commune s'est rendu sur place. L'office français de la biodiversité et la garderie fédérale de la pêche du 13 sont également venus constater ce phénomène. Les pompiers, la police municipale et la gendarmerie ont également été mobilisés et des prélèvements ont été effectués indique le site d'actualité de Trets.

Un périmètre a été défini. La zone impactée par cette sorte d'algue verdâtre à la surface de l'eau démarre dans la commune. L'Arc prend sa source au Mont Aurélien dans le Var sur la commune de Pourcieux et parcours 85 km avant de se jeter dans l'étang de Berre. Une enquête a été ouverte par l'Office Français de la Biodiversité pour déterminer la cause de cette pollution.

Les cyanobactéries, un phénomène connu

Dans la Marseillaise,  Stéphanie Fayolle, hydrobiologiste algologue et maître de conférences à Aix Marseille université, qui a analysé un prélèvement, indique qu'il pourrait s’agir d’une "cyanobactérie du genre planktothrix". 

Avec le réchauffement climatique, ce phénomène de prolifération de bactérie est connu. Les cyanobactéries se nourrissent pour se développer de phosphore et d’azote, qui sont produits par l’agriculture intensive lorsque les intrants sont en surdose. Mais il n’y a pas que l’agriculture qui apporte ces nutriments qui viennent gonfler les bactéries. Les boues de station de traitement des eaux usées en contiennent, comme les rejets domestiques. 

Les cyanobactéries sont des micro-organismes présents sur terre depuis deux à trois milliards d'années. Présentes dans le monde entier, dans les plantes, dans l'eau mais aussi dans le sable, elles façonnent notre planète. Elles se développent dans les milieux terrestres et aquatiques, dans les eaux douces comme dans les eaux salées. Lorsque les conditions environnementales (température, nutriments ) leur sont favorables, elles peuvent proliférer de manière massive et rapide, parfois en quelques jours seulement. On parle alors d’efflorescence. Dans certains cas, ces proliférations entraînent un changement de couleur de l’eau (rouge, vert, etc.), une odeur nauséabonde et/ou l’accumulation de cyanobactéries à la surface de l’eau.

Parmi celles-ci, il y a le "planktothrix". Planktothrix est un genre dominant parmi les cyanobactéries, formant des efflorescences toxinogènes dans les eaux douces des zones tempérées.

Gastro-entérites, vertiges... Des risques pour la santé 

Selon Stéphanie Fayolle, cette bactérie s’avère être "éventuellement toxique pour l’homme" et les animaux Par précaution, la mairie de Trets a interdit l'usage de l’eau de l’Arc sur son territoire jusqu’au 25 février. En juillet 2023, un chien est mort dans le Vaucluse intoxiqué par des cyanobactéries. Un mois plus tard, les plans d'eau de la région Île-de-France avaient été interdits au public en raison de la prolifération de cyanobactéries

Les réactions sur l'homme après une exposition avec des cyanobactéries sont des possibles gastro-entérites, démangeaisons, rougeurs, conjonctivites, vertiges, altérations des sensations. Il est conseillé de prendre une douche et consulter son médecin.

Il est aussi conseillé de limiter au maximum la consommation de poissons en provenance de milieux régulièrement concernés par des proliférations de cyanobactéries.