Coronavirus : de nombreux généralistes réclament le traitement du professeur Raoult pour soigner leurs patients

Un médecin généraliste reçoit en consultation, pendant l'épidémie de coronavirus. / © Philippe LOPEZ / AFP
Un médecin généraliste reçoit en consultation, pendant l'épidémie de coronavirus. / © Philippe LOPEZ / AFP

Le gouvernement l'a annoncé : la chloroquine, utilisée et testée par le professeur Raoult à Marseille, ne pourra être utilisée que dans les établissements de santé, à l'attention des patients gravement atteints. Mais déjà de nombreux généralistes réclament de pouvoir prescrire le traitement.

Par Ghislaine Milliet

Alors que l'épidémie de coronavirus ne cesse de s'étendre en France et que le pic est annoncé en Paca en milieu de semaine prochaine, des voix s'élèvent pour tenter de trouver des solutions face à la vague de malades qui s'annonce.

Le gouvernement a accepté d'utiliser uniquement dans les établissements de santé, un traitement à base de chloroquine (anti-paludique connu), qu'utilise déjà le professeur Raoult, directeur de l'IHU Infection Méditerranée à Marseille.

Or de nombreux médecins généralistes, confrontés au quotidien au Covid-19 réclament de pouvoir le prescrire aussi à leurs patients. 

Recours auprès du Conseil d'Etat

Pour "marquer les consciences", le Syndicat des Médecins d’Aix et de Région (SMAER) a déposé mercredi un recours auprès du Conseil d'Etat.

"Nous souhaitons que ce recours fasse l’effet d’un électrochoc pour nos dirigeants, et mène à une prise de conscience. Car nous ne sommes pas entendus. Une bonne partie des soignants prend encore d’énormes risques en pratiquant", explique le Dr Daniel Latil d'Albertas, président du SMAER.

"Nous réclamons des masques, un dépistage généralisé et l’application du traitement préconisé par le professeur Raoult aux malades du Covid-19", poursuit le médecin.

Le traitement préconisé par le directeur de l'IHU Méditerranée Infection, porte sur l'association d'un anti-viral, l'hydroxychloroquine et d'un antibiotique, l'azithromycine. 

"Ce traitement semble diminuer le portage viral (le principe de contagion) qui passe de 20 à 6 jours", poursuit le Dr Didier Latil d'Albertas. 

"Ce test est fait dans les règles de l’art. Sur 24 cas seulement, on ne peut conclure. Mais nous sommes en crise. Et nous n'avons pas le temps d'attendre les résultats d'autres études. C’est la crise qui impose ces décisions."

Des essais cliniques concernant quatre molécules dont l'hydroxychloroquine, sont en cours au niveau européen.  Mais les résultats ne seront pas prêts avant plusieurs semaines.

Lorsque les patients sont traités en établissements de santé, ils sont pour la plupart déjà dans un état grave ou avancé de la maladie. Alors que le professeur Didier Raoult préconise ce traitement au début des symptômes. 

Un appel lancé par l'ancien ministre de la santé

Philippe Douste-Blazy, l'ancien ministre de la Santé, et membre de la fondation de l'IHU de Marseille, lance lui-même un appel au président de la République et à son ministre de la santé, après avoir pris connaissance des derniers essais cliniques effectués par le professeur Raoult et son équipe.

"Le traitement proposé diminue considérablement la charge virale des patients et donc leur contagiosité(..)", explique l'ancien ministre. 

Cet appel est lancé pour que vous permettiez à tous les médecins français (...) de prescrire en leur âme et conscience ce traitement aux malades atteints de Covid-19 symptomatiques sachant que plus tôt le traitement sera donné, plus il sera efficace.


Le Dr Douste-Blazy demande aux Français d'éviter l'automédication, et préconise un électrocardiogramme, avant traitement (en prévention d'effets secondaires éventuels).

"Nous n'avons pas le temps d'attendre des effets cliniques qui seraient parfaits, mais qui arriveraient trop tard pour beaucoup trop de malades", ajoute l'ancien ministre de la santé.

"Il y a aujourd'hui urgence à agir"

Le SMAER n'est pas le seul à réclamer la généralisation de ce traitement à tous les patients atteints de Covid-19.

Au sein de la Fédération des Médecins de France (FMF), l'un des plus gros syndicats de spécialistes et généralistes, issus du public et privé en France, les praticiens ne cessent de débattre sur le sujet. 

"Nous sommes divisés sur ce thème. La moitié d'entre nous est pour ce traitement", explique le Dr Garrigou Grandchamp, responsable de la cellule juridique de la FMF.

La chloroquine entraîne des effets secondaires connus, dont le principal est d'ordre cardiaque. 

"Pour ma part, je défends la prescription par les généralistes, après avoir pratiqué un électrocardiogramme à leur patient, en guise de prévention", poursuit le médecin. "La plupart d'entre nous ont à leur cabinet un appareil EECG pour réaliser cet examen".

"Ce traitement, qui n'a pas entièrement fait ses preuves, est la seule solution à proposer en début de maladie", estime pour sa part le Dr Michel Danvin, de la FMF des Bouches-du-Rhône.

"Il n'y a pour l'instant aucune autre alternative. C'est un traitement préventif, qui n'est pas foncièrement dangereux, utilisé depuis des lustres. Il y a aujourd'hui urgence à agir. On ne peut pas rester impuissants face à cette crise."

Si demain matin je suis atteint par le coronavirus, je prendrai sans hésiter ce traitement.
 

Masques, tests et traitements en justice

Maître Nicolas Choley a plaidé le 26 mars à l'audience devant les magistrats du Conseil d'Etat. Il représente le SMAER, et quelques médecins à titre individuel.

"En l'absence de tout autre traitement efficace, le traitement préconisé par l'IHU méditerranée Infection est une évidence qui s'impose face à l'urgence de la situation", explique l'avocat. 

Lors de l’audience, le représentant de l’Etat "allait dans le même sens en ce qui concerne les masques, et même le dépistage généralisé", poursuit le juriste.

"En ce qui concerne le traitement à la chloroquine, il apparaissait qu’il pouvait y avoir une pénurie de médicaments (...) Ils ont peur que les médecins prescrivent tout le temps. Sanofi parle pourtant de millions de doses."

En ce qui concerne le manque de matériels comme les masques, et la demande d'un dépistage massif que tous souhaitent, un recours auprès du Conseil d'Etat a été déposé à la fois par le SMAER, la FMF et un syndicat d'infirmier(e)s l'Infin'idels.

Le délibéré sera rendu au plus tard le 28 mars, dans l'après-midi.
 

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