Covid-19 : Fermeture des cantines, la piste à l'étude qui inquiète parents et enseignants

C'est l'une des mesures évoquées pour freiner la circulation du virus, au coeur des préoccupations du conseil de défense sanitaire réuni ce mercredi. Le taux de positivité des moins de 20 ans a été relevé à la hausse. 

La fermeture des cantines pour limiter la transmission de l'épidémie dans les restaurants scolaires ?
La fermeture des cantines pour limiter la transmission de l'épidémie dans les restaurants scolaires ? © Alexandre Marchi / MAXPPP

Difficile de trouver des défenseurs de la fermeture envisagée des cantines et restaurants scolaires.

La mesure, très controversée, a pourtant refait son apparition avec l'évocation de pistes alternatives à un nouveau reconfinement.

Les plus jeunes observés de près

"Si les cas avaient flambé dans les écoles peut-être, mais là, ça ne s'appuie sur rien !", gronde Aurèle, commerçante dans les Bouches-du-Rhône, et mère de trois enfants de un, neuf et treize ans.

Dans un contexte de crainte de circulation accrue du virus, en lien avec la propagation des variants britanniques et sud-africains du SARS-Covid-19 sur le territoire français, les plus jeunes sont observés de près par les autorités de santé.

Les derniers chiffres publiés attestent en effet d'une augmentation importante du taux de positivité chez les moins de 20 ans sur les quinze derniers jours.

Une hausse liée aux fêtes de Noël ?

"Oui ça monte peut-être depuis Noël avec les mouvements au sein des familles. Mais ça n'est pas lié à l'école : il y a eu quelques cas positifs, mais jamais de cluster depuis la rentrée", argumente Aurèle.

Certes, les restaurants et bars sont restés fermés, car considérés comme des lieux privilégiés de circulation du virus. Ce moment du repas, sans masque, à rire, parler, bref à postillonner joyeusement voire à proposer à son voisin de finir son assiette, c'est l'un des cauchemars des autorités de santé.

À la cantine, des protocoles stricts ont été édictés. On doit veiller par exemple à maintenir les enfants au sein des mêmes groupes à table.

Le ministère de l'Éducation nationale a édité en novembre des fiches repères visant à limiter les risques.

Cantine et Covid-19 : Extrait de la fiche-repère thématique éditée en novembre 2020 par le Ministère de l'Education Nationale
Cantine et Covid-19 : Extrait de la fiche-repère thématique éditée en novembre 2020 par le Ministère de l'Education Nationale © Ministère de l'Education Nationale

Julia, directrice d'une école maternelle à Aix-en-Provence, estime qu'une meilleure organisation pourrait être envisagée : "On essaye de maintenir la distance d'un mètre entre les groupes", observe l'enseignante.

"Mais j'ai vu des cantinières sans masque. Et le self est maintenu, donc les enfants touchent les mêmes couverts. Même s’ils se lavent les mains huit fois par jour, ils sont petits et sans masque, et toute l'école passe par là".

Plus d'encadrement dans les cantines

La solution ? "Donner plus de moyens, c'est-à-dire embaucher du personnel pour le service à table et aussi donner plus de temps à consacrer au respect des protocoles d'hygiène et des mesures barrières", précise Julia.

La fermeture des cantines serait d'après la directrice d'école, est une mauvaise solution : "Quand il n'y a pas de cantine, certains parents qui travaillent déscolarisent leurs enfants pour les laisser chez les grands-parents", précise Julia.

Et pour les autres, sans alternative ? "Un pique-nique dans la cour c'est possible aux beaux jours. On l'a fait en juin, quinze jours. Mais en plein hiver, impossible. Et déjeuner dans les classes demanderait une organisation encore plus contraignante, impossible à mettre en oeuvre concrètement", estime Julia.

Eviter de creuser des inégalités

Privilégier un renforcement des moyens, c'est aussi l'avis du SNUIPP, syndicat enseignant du premier degré. 

"Le déjeuner à la cantine est le seul vrai repas de la journée pour certains enfants issus de familles défavorisées", indique Alain Tournay, secrétaire départemental du SNUIPP dans le Var.

D'après lui, une fermeture creuserait les inégalités, pénalisant les enfants les moins bien lotis. "Comme quand on ferme l'école, fermer la cantine rajoute de la précarité chez ceux qui en souffrent déjà", analyse l'enseignant.

"Il va certainement falloir réduire encore le brassage des élèves à l'intérieur des établissements, mettre du personnel pour organiser tout ça", précise Alain Tournay.

Aurèle, la maman commerçante déjà impactée par les dernières restrictions, prévient : fermer les cantines, impossible.

"Comment on gère ? On laisse nos enfants avec un sandwich, à moins 5 degrés ? Je dois déjà fermer à 18h avec le couvre-feu ! Et je fais des journées continues pour travailler en respectant le décret. Impossible de récupérer les enfants".

"Trop c'est trop. Ne touchez pas à la cantine", conclut-elle.

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