Covid-19 : quelles sont les raisons qui justifient la forte défiance vaccinale en région Paca ?

Une étude de la fondation Jean-Jaurès apporte des clés de compréhension sociologique pour expliquer le manque d'adhésion à la campagne vaccinale dans le sud de la France. Avec une défiance qui pourrait s'expliquer par un vote RN marqué en région Paca, et une forte mobilisation des gilets jaunes.

20.000 manifestants dans une ville de 175.000 habitants : la protestation anti pass-sanitaire du samedi 7 août à Toulon (Var) a surpris par son ampleur, et comme la semaine précédente, les habitants de Provence-Alpes-Côte d'Azur étaient les plus mobilisés dans l'ensemble de la France métropolitaine. 

Au-delà de cette mesure que les manifestants jugent discriminatoire et liberticide, en particulier depuis l'extension du pass sanitaire le 9 août, toute une frange de ce mouvement de contestation s'oppose aussi à la politique vaccinale menée par le gouvernement contre le Covid-19.  

Il est vrai qu'en Paca, le retard de couverture vaccinale sur d'autres régions est important : le taux de vaccination s'élève à 64% quand il dépasse les 66% au niveau national et les 71% dans des régions comme la Bretagne ou la Normandie. Hors Corse et Outre-mer, la région Paca se classe dernière étant donné sa proportion de primo-vaccinés.

Le politologue et directeur du département Opinion de l'IFOP, Jérôme Fourquet, et le géographe-cartographe Sylvain Manternach se sont donc penchés sur les réticences face à la vaccination dans le sud de la France avec une étude publiée lundi 9 août sur le site de la fondation Jean-Jaurès.

Un clivage nord/sud marqué

Les deux chercheurs se sont appuyé sur une carte établie par un géographe de la santé, Emmanuel Vigneron, à partir de données fournies par l'Assurance maladie. Elle se base sur le calcul d'un indice comparatif de vaccination (ICV), qui mesure l'écart entre le niveau de vaccination dans chaque intercommunalité et une moyenne nationale. 

Une fois les facteurs d'âge écartés, viennent tout d'abord des clivages prévisibles entre les quartiers populaires et des arrondissements plus bourgeois, et des écarts entre villes et campagnes du fait de l'accès aux soins.

Mais dans un second temps, la modélisation confirme l'existence d'une fracture, qui suit une ligne de démarcation allant des Alpes jusqu'aux Pyrénées. Et au sein du sud-est lui-même, Jérôme Fourquet et Sylvain Manternach notent des contrastes prononcés entre le littoral méditerranéen et les départements ruraux situés dans l'arrière-pays méridional. 

Avec ces données en main, les experts de la fondation Jean-Jaurès tentent donc d'apporter certains éléments de compréhension basés sur des opinions politiques ou encore des différences de mode de vie.

Vote RN sur le littoral méditerranéen

Sur la côte allant de Perpignan jusqu'à Nice, on trouve ainsi des "plaines densément urbanisées où le vote frontiste est très élevé", estiment les chercheurs, manifestant une opposition radicale au gouvernement et à sa politique.

Il est vrai que le vote RN est élevé sur un territoire que les auteurs qualifient de "terre frontiste par excellence", avec plusieurs bastions comme Fréjus ou Béziers, et un vote important en faveur du candidat Thierry Mariani au premier tour des élections régionales 2021 en PACA. 

Les deux experts soulignent alors que l'électorat du RN fait moins confiance à la vaccination que le reste de la population : c'est ce qu'explique un sondage IFOP publié en juillet 2021, qui relève que 38% des électeurs du RN ne sont pas vaccinés contre 26% dans le reste de population adulte.

Jérôme Fourquet, membre de l'Observatoire des radicalités politiques, insiste aussi sur le fait que cette défiance vaccinale dans le sud "constitue une nouvelle illustration des différences de culture politique régionale existant au sein de l’électorat lepéniste". Avec comme raison, selon lui, que l'électorat frontiste dans le sud est a une inclinaison plus "antifiscale et volontiers poujadiste [une forme de populisme, ndlr]" que celui du nord de la France.

Gilets jaunes et "néo-ruraux"

À l'inverse, ce vote a peu de choses à voir avec des populations à la "sensibilité écolo-alternative imprégnant les collines et les montagnes de l'arrière-pays méditerranéen", comme la Drôme ou le sud des Alpes, qui se retrouvent pourtant dans le refus de la vaccination contre le Covid-19.

Le trait d'union, selon la fondation Jean-Jaurès, relève d'une hostilité au système et d'une forme de défiance vis-à-vis de l'autorité et des institutions, malgré des divergences idéologiques profondes.

Les habitants de ces territoires seraient plutôt des néo-ruraux ou des membres d'une classe moyenne aux convictions écologistes ancrées, suivant un mode de vie en rupture avec la société de consommation. Chez eux, le recours aux médecines alternatives est aussi plus développé que dans le reste de la métropole. 

Autre hypothèse, enfin : la carte analysée par Jérôme Fourquet et Sylvain Manternach montre que le rejet de la vaccination concorde aussi avec des zones de forte mobilisation des gilets jaunes, comme dans le Vaucluse où certains groupes ont été particulièrement actifs dès 2018. 

"D’après les données de l’Ifop, seules 49% des personnes se définissant comme "gilets jaunes" ont reçu une première injection, cette proportion grimpant à 83% parmi la population ne soutenant pas les gilets jaunes", ajoutent-ils. Les raisons sont à peu près les mêmes qu'évoquées précédemment, avec une défiance envers les institutions politiques, les grandes entreprises, ou encore les laboratoires pharmaceutiques. 

L'influence de certaines figures médicales controversées dans le sud de la France n'est pas non plus à négliger. En Paca et à Marseille, par exemple, le médecin-réanimateur et fondateur du site anti-restrictions sanitaires ReInfocovid, Louis Fouché, bénéficie d'une audience plus large que dans le reste du pays malgré la tenue de propos complotistes.

À noter que ce même Louis Fouché est notamment soutenu par le Pr Didier Raoult, dont la notoriété a explosé depuis le début de la crise sanitaire. Un personnage apprécié en région Paca, qui a largement contribué à renforcer la fracture entre Marseille et Paris par ses prises de position lors de l'épidémie.