Dispositif feux de forêt : les leçons à retenir des “méga-feux” en Australie

L'expérience des pompiers australiens pourrait améliorer le dispositif de lutte contre les feux de forêt en France / © SAEED KHAN / AFP
L'expérience des pompiers australiens pourrait améliorer le dispositif de lutte contre les feux de forêt en France / © SAEED KHAN / AFP

L'Australie subit de gigantesques incendies depuis plusieurs semaines. Une délégation de sapeurs-pompiers français,dont a fait partie le patron du Sdis des Bouches-du-Rhône, revient d'une mission d'expertise. Pour le colonel Grégory Allione des leçons sont à retenir.

Par Ludovic Moreau

"La première des leçons, c'est "l'humilité", face à l'ampleur des incendies dans ce pays", explique le colonel Grégory Allione, directeur du Service départemental d'incendie et de secours des Bouches-du-Rhône (SDIS13) et président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers.

"Humilité et respect pour tous ces habitants et ces pompiers qui luttent depuis plusieurs semaines contre des feux gigantesques", ajoute-t-il. Quatre sapeurs-pompiers ont trouvé la mort dans ces incendies appelés aussi "méga-feux".

Dans ce pays, le feu fait partie de l'écosystème et permet la régénération de la végétation, "les Australiens ont une connaissance ancestrale du feu, mais là, il faut changer de stratégie", constate le colonel Allione.

Depuis septembre, plus de 100.000 km2 sont partis en fumée dans tout le pays, soit davantage que la superficie du Portugal. Vingt-neuf personnes ont péri, plus de 2.000 maisons ont été détruites et un milliard d'animaux pourraient avoir été tués. 
Un milliard d'animaux sont mort dans les incendies selon l'université de Sydney. / © SAEED KHAN / AFP
Un milliard d'animaux sont mort dans les incendies selon l'université de Sydney. / © SAEED KHAN / AFP

Une sécheresse exceptionnelle

L’Australie vient de connaître l’année la plus sèche de son histoire depuis le début des mesures en 1900, 278 mm d'eau en 2019 soit -40% par rapport à une année moyenne.

"Haute température, faible humidité, vent modéré et intensité lumineuse forte, provoquent une très forte augmentation de l’évapotranspiration avec à la clé un dessèchement complet de l’écosystème", explique Grégory Allione.

"Le foyer de l’incendie provoque un pyrocumulonimbis créant un microclimat lui permettant de s’autoalimenter", ajoute-t-il pour expliquer ces phénomènes hors normes.

Selon le colonel Allione, c'est l'homme qui est à l'origine de ces incendies. Non-pas qu'il soit plus pyromane dans ce pays, au contraire, mais à cause du réchauffement climatique.

"Ce réchauffement fragilise l'écosystème et réduit le seuil de déclenchement d'un événement majeur", affirme le directeur du SDIS13.

Lutte contre les feux de forêt en France

La France met en œuvre depuis plus de 30 ans une stratégie de prévention et de lutte qui consiste à traiter les feux dès leur naissance afin d’éviter tout développement catastrophique.

Dans ce cadre, une analyse des conditions météorologiques est réalisée par une cellule spécialisée de Météo France. Elle permet de disposer d’indicateurs précis relatifs à la sensibilité au feu de la végétation (hygrométrie, réserve en eau du sol, températures, combustible disponible) et aux paramètres de développement d’éventuels incendies (indice de probabilité de survenue de départs de feu, vitesse de propagation de l’incendie …).

En fonction de l'estimation des risques d'incendie, le dispositif de prévention s'échelonne, de l'information aux autorités publiques (mairies, accès aux massifs), au pré-positionnement de moyens opérationnels comme les groupes d’intervention pompiers sur le terrain au plus près des risques. Lorsque le risque est majeur, le guet aérien armé (GAAR) est également mis en place, en particulier avec les avions "dash" et "tracker".

Dans les Bouches-du-Rhône, 500 sapeurs-pompiers sont opérationnels toute l'année. Lorsque la saison estivale arrive et que le risque d'incendie augmente, 550 pompiers supplémentaires venus d'autres départements, renforcent le dispositif.

"Avec le réchauffement climatique, nous aussi allons devoir changer de stratégie", constate le colonel Grégory Allione, "traditionnellement, chaque année, les pompiers du nord descendaient dans le sud pour lutter contre les incendie et vous avez vu cette année (2019), il y a eu des feux de forêt dans toute la France, y compris dans le nord". 
Dans les Bouches-du-Rhône, 500 pompiers sont opérationnels toute l'année pour lutter contre les feux de forêt. L'été, 550 pompiers supplémentaires renforcent le dispositif / © Serge Gueroult / MaxPPP
Dans les Bouches-du-Rhône, 500 pompiers sont opérationnels toute l'année pour lutter contre les feux de forêt. L'été, 550 pompiers supplémentaires renforcent le dispositif / © Serge Gueroult / MaxPPP

Lutte contre les feux de forêt en Europe

Dans le contexte de feux catastrophiques touchant des Etats-membres de l’Union européenne, comme en 2019 en Espagne, en 2018 en Suède et en Grèce, mais aussi d’autres états, la Commission européenne, lorsqu’elle est sollicitée, peut activer le mécanisme européen de protection civile (EUCPM).

Ce mécanisme consiste à envoyer des équipes d'intervention formatées et pré-identifiées. Cette activation est susceptible de concerner tout sinistre majeur touchant un pays (séismes, incendies de forêts, inondations, catastrophes industrielles, pollutions …).

C’est dans ce cadre qu’une quinzaine de sapeurs-pompiers des Bouches-du-Rhône sont intervenus en juillet 2018 pour lutter contre d’immenses incendies en Suède ou plus récemment en décembre lors d’un séisme ayant frappé l’Albanie.

Retour d'expérience d'Australie

Certes, l'Australie n'est pas la France, ni l'Europe, la végétation est différente, la densité de population n'est pas la même, mais l'expérience des pompiers australiens pourrait améliorer le dispositif feux de forêt en France et en Europe, notamment au niveau du commandement et de la prise de décision.

"Chez nous, on fonctionne en silo", explique Grégory Allione, c'est-à-dire que les équipes de terrain font remonter l'information à leurs hiérarchies, puis transit vers d'autres autorités, avant de redescendre sur le terrain.

"En Australie, tout est réuni au même endroit, les pompiers peuvent faire couper des routes, lorsqu'ils engagent une action, ils savent immédiatement combien ça coûte", plaisante le chef du SDIS13 pour montrer leur efficacité.

"C'est peut-être anecdotique, mais chez nous, nous utilisons la technique du contre-feu en dernier ressort. Chez eux, c'est une technique de base pour lutter contre les incendies", poursuit-il.

"Les conséquences du réchauffement climatique ne seront pas pour nos enfants", ajoute-t-il, "elles sont déjà là, en Australie, mais aussi en France. Il faut revoir nos stratégies de lutte contre les incendies et rendre encore plus efficace la coopération avec les autres pays", conclut Grégory Allione.
 

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