Du Maroc à Naples, Antibes et Bormes-les-Mimosas l'incroyable périple d'une jeune baleine grise perdue en Méditerranée

Le baleineau a longé le littoral azuréen ces derniers jours. Perdu à des milliers de kilomètres de son habitat naturel et amaigri, il préoccupe les scientifiques... Et agite les réseaux sociaux !

Le baleineau photographié vendredi 30 avril en soirée au large du Cap-Bénat.
Le baleineau photographié vendredi 30 avril en soirée au large du Cap-Bénat. © Alexandre Gannier

Sa dernière apparition remonte à ce vendredi 30 avril devant le port de Bormes-les-Mimosas dans le Var. Un baleineau de près de 7 mètres, évoluant dans quelques mètres d'eau. Un spectacle rarissime, fascinant mais aussi inquiétant. 

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Car la baleine grise est une espèce qui évolue normalement dans l'océan Pacifique Nord, et n'est pas présente en Méditerranée. Aucun spécimen n'y avait été observé depuis dix ans, et à l'époque déjà, il s'agissait d'un spécimen égaré.

"Cet individu a été d’abord observé au large de Barcelone puis le long de côtes italiennes sans avoir pu faire l’objet d’un prélèvement par des experts habilités pour connaître sont origine exactes", précise Eric Hansen, de l’Office français de la Biodiversité (OFB).

Or il y a un enjeu important à identifier génétiquement cette baleine rarissime, qui pourrait provenir de deux groupes distincts des baleines grises du Pacifique nord, celui de l’ouest et celui de l’est, et son parcours pour arriver en Méditerranée pourrait s’expliquer différemment s’il s’agit de l’un ou de l’autre (respectivement par Bonne Espérance ou le passage du nord-ouest)

Eric Hansen.

Sauvez Wally

Baptisé Wally, le baleineau observé ces dernières semaines sur le littoral italien puis azuréen a donc d'abord été vu sur les côtes marocaines au mois de mars. Il aurait suivi la rive sud de la Méditerranée vers l'est, avant de remonter vers la Sicile et l'Italie.

Sa trace réapparait le 18 avril à Bacoli, près de Naples en Italie, où il est filmé par des touristes incrédules. Le baleineau est ensuite observé par des documentaristes Italiens à Savone.

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Il  continue son périple vers l'ouest, pour être encore observé à Varazze, entre Gênes et Savone.

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Puis tout près de la frontière franco-italienne, à Bordighera...

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La trace de cette jeune baleine réapparait ensuite côté français : jeudi 29 avril, vers 9h40, au bord de la plage du Fort Carré à Antibes dans les Alpes-Maritimes.

"J'étais à la pêche, j'ai entendu le bruit d'un souffle, j'ai pas compris, elle est montée à 10 mètres de moi !" confie Thibault Dominguez.

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Cette baleine évolue alors dans moins de 2 mètres d'eau. "Elle était très calme, elle remontait de temps en temps pour respirer. Je l'ai suivie 10 minutes, pensant qu'elle risquait de s'échouer. Quand elle est arrivée à la digue du Fort Carré elle est partie vers le large".

En soirée, Wally est aperçue à Mandelieu. Puis elle réapparait - pour la dernière fois à ce jour - à Bormes-les-Mimosas. C'est là qu'Adrien Gannier, vétérinaire membre du Réseau national échouage et du Groupe de recherche sur les cétacés, a pu l'observer.

Amaigrie mais pas blessée

"Vu sa taille, c'est une jeune baleine d'environ 15 mois. Elle avait l'air désorientée dans le port de Bormes, mais pas blessée. En revanche elle est amaigrie. C'est un cétacé qui se nourrit de petits invertébrés trouvés dans le fond et qu'il ne trouve pas en Méditerranée.

Elle n'a probablement pas mangé correctement depuis plusieurs mois. On a peur qu'il perde ses forces avant de retrouver son chemin.

Adrien Gannier, vétérinaire membre du Réseau national échouage et du Groupe de recherche sur les cétacés.

L'enjeu pour le jeune cétacé désormais, c'est de retrouver le chemin de Gibraltar et de réussir à remonter l'océan Atlantique pour rejoindre ses congénères dans le Pacifique.

Un long parcours semé d'embûches, particulièrement sur le littoral Méditerranéen où il risque de se prendre dans des filets de pêche ou de s'échouer.

La préfecture maritime de la Méditerranée, nous a précisé ce lundi matin, suivre son parcours le long des côtes en pointillé. Chaque sémaphore installé le long du littoral relève sa position au fil des heures et des observations aux jumelles.

Ne pas s'en approcher

Pour lui laisser toutes les chances de s'en sortir, il faut absolument éviter de le perturber en s'approchant de lui. Un "code de bonne conduite" préconise de rester à au moins 100 mètres des cétacés et de "ne pas tenter de toucher les animaux ni de se baigner à leur proximité ou de les nourrir" même s'ils s'approchent spontanément.

Depuis le 1er janvier 2021, un arrêté interdit aux plaisanciers d'approcher les cétacés à moins de 100 mètres dans les aires marines protégées. L'arrété datant du 3 septembre 2020 le précise.

L'Office français de la Biodiversité a demandé à "toute personne observant l’animal de noter sa position par GPS et de contacter au plus vite la permanence du service départemental des Bouches du Rhône de l’Office français de la Biodiversité (OFB) au 06 87 91 03 32" et ce afin que des experts puissent intervenir. 

Il est en effet recommandé de prévenir les autorités pour signaler la présence de l'animal, qu'importe le lieu de l'observation.

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