Effet confinement : moins de maladies tropicales liées au moustique tigre

Avec la chute du tourisme, les experts misent sur une baisse de l'importation de maladies tropicales. Ils mettent néanmoins en garde : le moustique tigre reste toujours présent sur le territoire, plus que jamais. La région Sud Provence-Alpes-Côte d'Azur fait partie des régions les plus concernées.

Déjà bien présent en France, le moustique tigre ne voyagera pas cette année.
Déjà bien présent en France, le moustique tigre ne voyagera pas cette année. © Philippe Lambert / MaxPPP
L’été arrive, il fait beau et chaud. Pas de doute, c'est la saison des moustiques. Comme chaque année, elle annonce son retour par un bruit bien particulier : le petit bourdonnement nocturne, qui promet des nuits blanches et quelques démangeaisons. 
 
Depuis le début du mois de mai, l’EID (l’Entente Interdépartementale de Démoustication) a commencé ses campagnes annuelles de démoustications.

Dès la première semaine, les experts avaient déjà traité 800 hectares dans les Bouches-du-Rhône, en Camargue notamment.

"C’est le moment crucial pour lutter contre eux : les moustiques actuels vont être les parents et grands-parents de tout ceux que l'on va rencontrer tout au long de l’été", explique Grégory Lambert, entomologiste médical à l’EID. "C’est le money time".

Dans la famille des moustiques, il en est un qui est particulièrement redouté pour les maladies vectorielles qu'il peut transmettre. Il s'agit du moustique tigre, le cousin asiatique et rayé du moustique dit "commun".
  
Ce dernier passe plutôt une mauvaise année, et c'est l'un des rares effets positifs de la crise sanitaire.
La fermeture des frontières a marqué un coup d'arrêt dans le déplacement des maladies tropicales
La fermeture des frontières a marqué un coup d'arrêt dans le déplacement des maladies tropicales © Josselin CLAIR / MaxPPP

Confiné, le moustique-tigre voit rouge

Avec le confinement, le tourisme international a été figé. La bestiole tigrée et toutes les maladies qu’elle peut transporter sont donc elles aussi privées de déplacement, comme tous les voyageurs.

"Actuellement, il y a une épidémie de dengue en outre-mer et aux Caraïbes. Néanmoins, avec les mesures de confinement, on peut penser qu’il y aura deux fois moins de personnes qui voyagent, donc le risque d’introduction des maladies sur notre territoire est moins fort que d’habitude", se réjouit Grégory Lambert.
 
"Le risque sanitaire sera moins fort cet été", répète-t-il. "Pour l'heure, on ne nous a pas encore signalé de maladie vectorielle cette année. D’habitude, à cette période, on a déjà enregistré et traité plusieurs signalements".

Il prolifère toujours dans la région

Toutefois, le moustique-tigre reste toujours présent en métropole, où il est installé depuis 2004.

"Le moustique tigre vit déjà dans nos jardins, il continuera de se développer. Et confinement ou non, il rentrera dans les maisons pour piquer", prévient Grégory Lambert. 
 
Sur cette carte interactive, on peut voir que l'insecte a déjà colonisé 57 départements français, particulièrement le long de la côte méditerranéenne.
En Paca, selon l’EID, il aurait investi plus de 40 % des communes dans les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse, le Var et les Alpes-Maritimes.

Originaire des forêts du sud-est asiatique, le moustique tigre est considéré comme l’espèce qui s’est le plus largement disséminée au monde ces vingt dernières années. Une invasion en partie liée aux déplacements de populations.

Pour survivre d’une saison sur l’autre sur notre territoire, l’animal effectue une diapause -autrement dit une hibernation de ses œufs- de l’automne jusqu’au printemps.

La période actuelle correspond à la fin de la diapause, d’où leur réapparition dans nos maisons et jardins. 
 
Avant de se faire piquer, des gestes préventifs existent pour limiter sa prolifération. L'EID rappelle la règle d’or : vider toutes les réserves d’eau stagnante et ouvertes, aussi petites soient-elles. 
 
 "Une gouttière ou le fond d’un arrosoir peuvent servir de gîtes larvaires. C’est contre ça qu’il faut lutter", alerte Grégory Lambert. 
L'EID rappelle les gestes préventifs contre la prolifération du moustique.
L'EID rappelle les gestes préventifs contre la prolifération du moustique. © EID
 

On le rappelle, aucun moustique ne transmet le coronavirus.

 Enfin, le chercheur se veut rassurant : en métropole, les risques sanitaires liés au moustique sont très faibles. "On le rappelle, aucun moustique ne transmet le coronavirus. Les rares maladies qu’ils peuvent transmettre sont très spécifiques".

Serein, le professionnel ajoute : "L’EID est le plus gros opérateur en démoustication d’Europe, donc on a les moyens d’intervenir. Notre mission, c’est de surveiller l’évolution du moustique et protéger les populations. Les habitants de PACA peuvent se rassurer".

Actuellement, le budget des Bouches-du-Rhône pour la lutte anti-moustique est de 2,2 millions d’euros. 

Enfin, concernant le moustique "commun", la situation de ce début de saison est tout à fait normale.
 

Alerte rouge, ça n’existe pas.

Face à certaines désinformations, le spécialiste tient à mettre les choses au clair : "On voit passer des messages mentionnant une 'alerte rouge'. Il ne faut pas les croire, c’est n’importe quoi", insiste Grégory Lambert.

"Ces campagnes sont diffusées chaque année par des vendeurs de répulsifs à moustiques. Il n’y a aucune raison d’être en alerte rouge actuellement, c'est une année normale".

 
Sur le site officiel de l’EID, l’organisme développe : "Ces expressions qui ne correspondent à aucune terminologie scientifique et officielle, sont manifestement diffusées à dessein d’interpeller et peuvent inquiéter indûment, surtout s'agissant du moustique tigre"

Pas de panique, donc. Les experts l'assurent, l'année 2020 est une saison habituelle dans la lutte contre le moustique endémique, et plutôt positive quant aux imports de maladies tropicales.
 
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