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“Les envahisseurs”, le documentaire d’Arnaud Gobin sur les espèces exotiques invasives

L'écureuil de Pallas, apparu il y a une soixantaine d'années dans le Cap d'Antibes, fait partie des espèces exotiques invasives. / © France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur / France 3 Corse ViaStella / AMDA Production
L'écureuil de Pallas, apparu il y a une soixantaine d'années dans le Cap d'Antibes, fait partie des espèces exotiques invasives. / © France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur / France 3 Corse ViaStella / AMDA Production

Des centaines d’espèces exotiques, animales et végétales, ont envahi les eaux et paysages du pourtour méditerranéen. Sont-elles une menace ? Quel est leur véritable impact ? Arnaud Gobin a enquêté et son film tord le cou à quelques idées reçues. En replay ici.

 

Par Florence Brun

De sa fenêtre à Antibes, Arnaud Gobin a vu les premiers spécimens arriver. Quelques-unes au début, puis de plus en plus nombreuses, les perruches à collier se sont installées dans l’espace urbain, où leur plumage d’un vert éclatant et leurs cris stridents sont devenus familiers.

Il a observé aussi l’écureuil de Pallas proliférer, au point de déloger l’écureuil roux local et d'étendre son territoire bien au-delà du cap d'Antibes...

Alors, le réalisateur s’est penché sur le phénomène. Quelles sont ces espèces exotiques dites envahissantes ? Sont-elles si nombreuses en Méditerranée ? Quel impact sur la biodiversité, sur la santé humaine, sur l’économie ?
 

Une espèce invasive est une espèce qui a été introduite par l’homme, qui se propage en dehors de son aire de distribution naturelle d’origine et qui pose problème.

François Tassin, chercheur écologue


Des Alpes-Maritimes à la Camargue, du Var à la Corse, son documentaire, extrêmement documenté, analyse l’ampleur du processus et ses conséquences, à travers des exemples typiques du monde animal et végétal.

Donnant la parole à de nombreux spécialistes - botanistes, naturalistes, écologues et sociologue - le film pose un regard objectif sur une situation complexe, qui questionne notre rapport aux écosystèmes.  

Voir un extrait du film "Les envahisseurs" : l'exemple de la berce du Caucase


"Au départ, j’avais une vision plutôt alarmiste de la question" confie Arnaud Gobin. "Beaucoup d’ouvrages, de publications scientifiques ont véhiculé cette approche, avec des discours quasi guerriers. On parlait de catastrophe, de menace majeure, d’énorme danger, notamment pour la biodiversité, etc. Mais au fil de mes recherches, j’ai rencontré des spécialistes qui tiennent un discours plus apaisé, plus pragmatique, justement parce que la situation est complexe, à tous les niveaux. Cette approche-là, plus objective, commence à mûrir dans les esprits et c’est ce que j’ai voulu traduire dans le film".

Alors oui, les espèces exogènes envahissantes sont nombreuses. Très nombreuses. Plusieurs centaines, qui se sont allègrement propagées, au fil des décennies, dans les milieux aquatiques et terrestres du pourtour méditerranéen. Et ce n’est pas fini.

"Le littoral méditerranéen est un peu un laboratoire. D’abord par la présence de la mer, qui est évidemment une porte d’entrée, et puis par le climat, qui est propice aux espèces venant de pays chauds. De fait, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et la Corse sont particulièrement exposées".

Le processus est accentué par l’urbanisation des côtes, l’accroissement des échanges internationaux, le développement des activités touristiques et le réchauffement climatique.
Le moustique tigre est considéré aujourd’hui comme l’une des espèces les plus invasives de la planète / © France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur / France 3 Corse ViaStella / AMDA Production
Le moustique tigre est considéré aujourd’hui comme l’une des espèces les plus invasives de la planète / © France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur / France 3 Corse ViaStella / AMDA Production


Un phénomène d’ampleur, donc. Pour l’illustrer et apprécier son impact, le réalisateur a choisi plusieurs cas représentatifs de faune et de flore invasives.

Balayant au passage quelques idées reçues ou exagérations. Non, toutes ces espèces "venues d’ailleurs" ne sont pas une menace. "Seulement 10% posent problème à la biodiversité ou aux activités humaines" tempère Arnaud Gobin, rappelant que les milieux insulaires sont toujours beaucoup plus fragiles que les milieux continentaux.

On a souvent dit que les espèces exogènes étaient la deuxième cause de perte de biodiversité. On sait maintenant que c’est excessif. 

Jean-Baptiste Mouronval, écologue

Certains spécimens sont aujourd’hui tellement ancrés dans notre paysage qu’on en oublie l'origine... exotique et parfois fort ancienne ! Faisans, lapins de garenne, ragondins… ne sont pas des espèces endémiques. Pas plus que le mimosa, tant apprécié pour sa fleur parfumée.

"Méfions-nous de la charge émotionnelle attachée à certains animaux ou plantes. Le mimosa par exemple acidifie les sols et est très inflammable, tout comme l’eucalyptus. C’est un vrai fléau en cas d’incendie".

Voir un 2ème extrait du documentaire "Les envahisseurs" : en Camargue, l'exemple de l'écrevisse de Louisiane et du ragondin


La menace invisible

Le documentaire ne minimise pas la dangerosité de certaines espèces. Qu’elles soient toxiques, vénéneuses ou porteuses de parasites, de bactéries… et de virus.

Bien que tourné avant la pandémie de coronavirus, le film prend une résonance particulière aujourd’hui car il évoque clairement la menace invisible, mais redoutable que constituent les organismes microscopiques.
Le documentaire "Les envahisseurs" évoque aussi la menace que constituent les organismes microscopiques / © France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur / France 3 Corse ViaStella / AMDA Production
Le documentaire "Les envahisseurs" évoque aussi la menace que constituent les organismes microscopiques / © France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur / France 3 Corse ViaStella / AMDA Production

Qu'en est-il de la lutte contre ces espèces invasives ? Elle nécessite des moyens complexes, coûteux et "souvent illusoires" relève le documentaire.

"Bien sûr qu’il faut surveiller, contrôler, parfois limiter – ça a bien fonctionné pour le charançon rouge du palmier par exemple" reprend le réalisateur. "Mais il faut aussi se donner du temps. Au fond, cela fait moins de 20 ans qu’on s’intéresse à ce phénomène. Or, on a besoin de recul pour savoir comment évoluera telle ou telle espèce et quel sera son impact."

La responsabilité de l’homme

Le documentaire pointe clairement la responsabilité humaine. L’homme qui joue aux apprentis sorciers, importe pour son plaisir des plantes et des animaux exotiques, ou favorise leur propagation par ses activités économiques et touristiques…

Et Arnaud Gobin de s’interroger : "Est-ce que l’homme a besoin de maîtriser la nature ? C’est la question fondamentale. Je crois qu’à l’aune de la pandémie actuelle, nous devons réfléchir à notre relation aux écosystèmes, ne pas chercher à tout contrôler… et faire un peu plus confiance à la nature".


"Les envahisseurs"
Un documentaire de 52’ écrit et réalisé par Arnaud Gobin.
Une coproduction France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur / France 3 Corse ViaStella / AMDA Production.

Diffusion lundi 25 mai à 22h50 sur France 3 Provence-Alpes-Côte d'Azur

 

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