Germanwings : bras de fer judiciaire des proches avec la compagnie

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Écrit par AFP
Le copilote, l'Allemand Andreas Lubitz, dépressif et suicidaire, a volontairement précipité l'appareil sur la montagne, le 24 mars 2015, causant la mort des 150 personnes à bord.
Le copilote, l'Allemand Andreas Lubitz, dépressif et suicidaire, a volontairement précipité l'appareil sur la montagne, le 24 mars 2015, causant la mort des 150 personnes à bord. © DENIS BOIS / GRIPMEDIA/AFPTV / AFP

Un an après le crash de Germanwings, une partie des proches des 149 victimes refusent de se satisfaire de l'absence de poursuites contre la compagnie et ont entamé un bras de fer autour des compensations financières.

La cause directe du drame est connue depuis longtemps : c'est le copilote, l'Allemand Andreas Lubitz, dépressif et suicidaire, qui a volontairement précipité l'appareil sur la montagne, le 24 mars 2015, causant la mort des 150 personnes à bord (144 passagers et six membres d'équipage).

Responsabilité

Des extraits de son journal intime ont révélé les angoisses d'un homme qui souffrait déjà de graves troubles dès 2008, lorsqu'il a entamé sa formation de pilote. Autant d'éléments qui, pour les proches, signent la responsabilité la compagnie low-cost Germanwings et de sa maison mère, Lufthansa : jamais elles n'auraient dû l'installer dans un cockpit.
A ce jour toutefois, aucune poursuite n'a été engagée à leur encontre. Le droit allemand ne reconnaît pas la responsabilité d'une entreprise en tant que "personne morale" dans ce type d'affaires et il n'existe pas à ce stade de soupçons suffisants sur d'éventuelles responsabilités individuelles de responsables des compagnies. 

Le ton s'est durci entre les avocats de certaines des familles allemandes et le géant du transport aérien. "Les gens sont plus désespérés que jamais. Ils n'ont pas l'impression que Lufthansa s'implique activement à trouver une solution", tacle l'avocat Elmar Giemulla, qui défend avec Christoph Wellens 71 familles.

'Insultées' 

En juillet, plusieurs de ses clients ont refusé une première offre d'indemnisation, jugée trop basse -- 25.000 euros pour chaque victime assortis de 10.000 euros pour chacun des deux parents, après une première aide de 50.000 euros. M. Giemulla réclame "au moins 200.000" euros par victime. Dans la foulée, des familles ont adressé une lettre ouverte courroucée au patron de Lufthansa, Carsten Spohr, se disant "insultés" par la proposition. "Lufthansa s'emploie à trouver un règlement rapide et juste pour toutes les demandes justifiées de dommages et intérêts", a répondu à l'AFP un porte-parole de la compagnie, précisant que "jusqu'à présent", l'ensemble des familles avaient reçu au total de 11,2 MEUR. Lufthansa a "tout fait pour (..) atténuer les souffrances des proches", a affirmé M. Spohr jeudi.

"Un nombre réduit d'avocats allemands représentant de nombreux proches (...) retardent" la procédure, alors que les pourparlers sont "positifs" avec "la plupart des avocats" (48 au total), soupire-t-on chez Lufthansa. Façon de désigner, sans les nommer, MM. Giemulla et Wellens qui pointent sans relâche les "négligences" supposées des compagnies dans le drame. L'éventuelle responsabilité des deux entreprises est en cours d'examen par la justice française à Marseille, où l'enquête va se "poursuivre jusqu'au bout", a indiqué à l'AFP une source judiciaire. Début mars, MM. Wellens et Giemulla ont fait monter la pression d'un cran, en annonçant le dépôt d'une plainte aux Etats-Unis, où les réparations financières peuvent être bien plus substantielles qu'en Europe. Elle sera déposée mercredi à Phoenix (ouest), a indiqué M. Giemulla au journal Tagesspiegel.

 La seule chose qui m'y intéresse, c'est qu'on trouve" le ou les responsables qui n'ont "pas empêché que Lubitz soit aux commandes d'un avion et qu'on fasse tout pour empêcher qu'un meurtre pareil se reproduise

Quête de sens 

Dans leur viseur : l'école de pilotage de Lufthansa, près de Phoenix, où Lubitz a été formé. "C'est là qu'il a stoppé pendant un temps sa formation en raison de problèmes psychiques. On n'aurait pas dû le reprendre" au sein de l'école, s'agace M. Wellens. Au-delà de l'argent, les proches sont en quête de justice et de sens. "Les jours qui précèdent le triste anniversaire du (...) drame sont particulièrement difficiles pour toutes les familles des victimes", confie à l'AFP Annette Bless, dont la fille, Elena, 15 ans, a péri dans le crash. Elena revenait d'un échange en Catalogne avec des camarades d'Haltern am See (ouest). Seize élèves et deux enseignantes du lycée de la ville sont morts dans la catastrophe.

 "La seule chose qui m'y intéresse, c'est qu'on trouve" le ou les responsables qui n'ont "pas empêché que Lubitz soit aux commandes d'un avion et qu'on fasse tout pour empêcher qu'un meurtre pareil se reproduise", explique Annette Bless. En hommage à sa fille, cette enseignante a créé la "Fondation Elena Bless" pour soutenir les échanges scolaires et les stages à l'étranger. Ses comptes seront abondés avec les sommes "obtenues via la procédure", promet-elle.

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