VIDEO. "Avec les loups, je suis dans un jeu vidéo grandeur nature" : Jean-Michel Bertrand signe un nouveau documentaire sur l'animal

"Vivre avec les loups", dernier volet de la trilogie du réalisateur Jean-Michel Bertrand sortira le 24 janvier. Fasciné par l'animal sauvage depuis son retour en France, le réalisateur a emmené France 3 Provence-Alpes sur ses traces chez lui, dans le Champsaur (Hautes-Alpes).

Pour son troisième documentaire sur le loup, la fascination de Jean-Michel Bertrand reste intacte. Dans le Champsaur, où il guette les traces de l'animal dans la neige, il parcourt sans cesse les mêmes sentiers en quête d'indices : "Je me sens aujourd'hui à ma place. Au plus je vieillis, au plus j'avance, au plus je m'éclate. Je m'éclatais déjà quand je venais ado. Là, je m'éclate encore plus", raconte le sexagénaire.

À partir d'une empreinte, il déduit : "Ça va être intéressant là. C'est typique, une postérieure dans l'antérieure. 60 cm entre chaque. Ça fait vraiment penser au loup." À travers les pièges vidéo qu'il dissémine, il observe l'évolution de l'animal dans la montagne. Enthousiaste, comme au premier jour : "C'est pas beau ça ?!", s'exclame le réalisateur en relevant un piège vidéo. "Là, c'est le mâle de la famille locale, on va dire. C'est quand même un coup de bol. Il est passé là, tranquille. Quand j'ai ça, je suis toujours content !"

Une marche en quête de traces

Pour relever sa vingtaine de pièges vidéo et suivre les meutes proches, Jean-Michel Bertrand marche beaucoup.

Je pisse partout pour marquer ma présence. C'est pour ne pas les inquiéter, pour ne pas les mettre sur le qui-vive mais il n'y a pas du tout de relation avec eux, surtout pas ! Les loups doivent rester sauvages. Chacun sa place.

Jean-Michel Bertrand, documentariste

Sur son périmètre, une meute s'est installée. "C’est des couples reproducteurs avec des jeunes, éventuellement des années précédentes, qui restent avec eux, mais toujours en nombre limité. Ils font le ménage eux-mêmes. S'il y a trop de loups, ils mangent trop de proies, et s'il n'y a plus de proies, il y a plus de loups. Tout simplement."

Jean-Michel Bertand ne peut s'empêcher une comparaison avec "l'humain", qui "dépasse les limites". "Ces humains dont nous faisons partie, qui massacrent tout, qui sont vraiment des pilleurs de la nature, viennent se permettre d'expliquer 'vous comprenez, les loups ils mangent tout, il faut les réguler'. J'ai l'impression de marcher sur la tête quand j'entends ça !"

Jean-Michel Bertrand réalise des films, pour dire que notre rapport au sauvage peut changer : "quand on parle du loup, la discussion s'ouvre sur des sujets beaucoup plus fondamentaux et sur notre façon s'être au monde. Cet animal est un révélateur de l'âme humaine."

Des rencontres autour du loup

Menacé de mort pour ses précédents films sur l'animal sauvage qui divise le plus en France, le réalisateur tient à échanger une nouvelle fois avec son public. Face à des collégiens, il explique : "avec les loups, je suis dans un jeu vidéo grandeur nature. Je pars, j'essaie de voir, je ne les trouve pas. J'ai des traces, je reviens, je suis bredouille, et petit à petit, je finis par avancer, par franchir des étapes. Et par voir des loups. Donc, ça devient complètement addictif. Un peu comme dans un jeu vidéo ou une série, où on a toujours envie de savoir la suite."

Rappelant que le loup n'est pas agressif envers l'homme, Jean-Michel Bertrand insiste : "le loup est un animal politique. Je me régale à parler du loup pour justement parler de nous, des humains, de la société, de la politique. Parce que c'est un animal qui est instrumentalisé."

Loin de sa forêt, Jean-Michel Bertrand va défendre son œuvre au cinéma, son manifeste pour que l'homme accepte enfin de vivre avec les loups. Vivre avec les loups sortira au cinéma le 24 janvier.