Vaccin contre le Sida : fausse info vraie intox ?

Dans quelques mois, un chercheur marseillais va tester un vaccin contre le Sida sur l'homme.

Un nouvel espoir de guérison est-il né ? En octobre prochain, un chercheur marseillais du CNRS va injecter une dose de vaccin à 48 volontaires atteints par le VIH.

La recherche contre le VIH avance, ou c’est ce qu’on croit. Quelques semaines après la sortie du Truvada, la pilule anti sida qui fait polémique aux Etats-Unis, le chercheur marseillais Erwann Loret s’apprête à réaliser les premiers essais du vaccin contre le Sida sur l’homme.

48 volontaires répartis en 4 groupes recevront une dose de vaccin différente pour les trois premiers groupes. Aux douze volontaires du dernier groupe, sera inoculé un placebo. « C’est la règle pour démontrer l’efficacité d’un principe actif, nous devons effectuer un essai en double aveugle » précise le Docteur Loret.

Un test positif chez les singes

Une expérience que le chercheur attend depuis une bonne dizaine d’années, faute de moyens financiers pour mettre au point son vaccin à la fois « préventif et curatif ».

En 2001, le vaccin avait été injecté à 7 singes. Un an après, les mêmes singes avaient été infectés par le SHIV (un virus hybride entre le VIH et le SIH, le virus des singes). Deux mois plus tard, aucune cellule infectée n’a été décelée.

Les 48 volontaires testés resteront dans un premier temps sous trithérapie. A l’issue de cette première étape qui durera environ une année, la dose optimale devrait être fixée. Une deuxième phase de tests sera alors lancée sur 80 volontaires.

Une mise sur le marché pour 2017 ?

Si ce nouveau vaccin est porteur d’espoir selon le Docteur Loret, sa mise sur le marché n’est pas encore d’actualité. « Il faut d’abord que la toxicité préclinique règlementaire soit autorisée. Lorsque les lots cliniques seront fabriqués, le vaccin sera à nouveau testé sur l’animal et un rapport sera donné pour études » détaille le chercheur.

Et seulement lorsque toutes ces étapes seront franchies, l’Agence nationale de sécurité du médicament donnera l’autorisation de mise sur le marché… mais pas avant 5 ans !

Un espoir… seulement pour Marseille : « En 2014, le vaccin pourrait être accessible au centre hospitalier de la Conception à Marseille » confie le Docteur Loret.

 Qui paye la recherche?

La recherche française a un coût, les équipes scientifiques se disputent donc les subventions. Erwann Loret l’a bien compris, il a donc fait appel à des investisseurs marseillais, Roger et Corinne Tréger. Ces derniers ont tout de suite cru à la découverte du chercheur et ont créé la société Biosantech. Le vaccin lui est fabriqué par une société de Sophia Antipolis. Le chercheur affirme que les tests cliniques ne dépasseront pas les 500 000 euros ».

 Qu’en pensent les scientifiques ?

 

Pas un article ni même une brève dans les revues scientifiques médicales. Ni sur Internet d’ailleurs où seule La Provence relate la prouesse du chercheur marseillais. Du côté des chercheurs du CNRS, les réactions sont étouffées, ils disent « être passés à autre chose ». Au siège de Sidaction, on nous affirme « c’est pas la révolution ici ! ». Et de détailler, « lorsqu’une étude n’est pas publiée, c’est qu’elle n’est pas prise au sérieux. Ici, le comité scientifique n’a entendu parler de rien, ce n’est pas bon signe ».

Chez Aides, même constat. « C’est toujours enthousiasmant ce type d’annonce mais ça crée surtout de faux espoirs chez les malades et auprès du grand public ». L’association a également pointé une incohérence : « un vaccin ne peut pas être à la fois préventif et curatif » avant de conclure, « le Docteur Loret n’en est pas à sa première fausse découverte ! »

Du 2 au 29 juillet aura lieu une série de conférences sur le VIH, à Washington. Là, les scientifiques tendront l’oreille.