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La représentation des femmes en politique progresse en France, mais bien lentement. Dans le nouveau gouvernement Valls, dans l'ordre protocolaire, on ne note que quatre femmes parmi les douze premiers membres. Le combat n'est pas terminé.

Un long combat

Pendant l’Occupation, de nombreuses femmes ont rejoint les rangs de la Résistance. Un engagement qui conduira la France libre du général de Gaulle à reconnaître l’égalité économique et politique des sexes. Le 21 avril 1944, le comité de libération accorde le droit de vote aux femmes qui se concrétise aux élections municipales du 29 avril 1945.

"C'est pendant l'Occupation que les mentalités ont changé, et c'est dans la Résistance que les femmes ont gagné le droit de voter et d'être élues. Elles avaient montré leur courage, pris des risques fous, reçu les clandestins, assuré la transmission des messages. Il était impossible de leur dénier encore le droit de vote. Ce n'est pas de Gaulle qui le leur a donné. Ce sont les femmes qui l'ont glorieusement gagné", assure Gilberte Brossolette (Les souvenirs d’une pionnière en milieu misogyne).




Des femmes sont élues députées pour la première fois en octobre 1945. L’Assemblée comptait alors seulement 33 femmes sur 586, soit 5,6%. En 1966, l’ORTF dresse le portrait d’un bon maire : "D’un point de vue social, scolaire et pour les cantines, une femme voit souvent plus clair qu’un homme." 

Un décret du 23 juillet 1974 crée le secrétariat d'Etat à la Condition féminine dans le but de remédier aux discriminations dont sont victimes les femmes. Valéry Giscard d'Estaing, nouvellement élu président de la République, nomme à sa tête la célèbre journaliste, fondatrice et directrice de L'Express, Françoise Giroud.

Eh bien, oui, je suis une femme et j'ose me présenter comme candidate à la présidence de cette République d'hommes"


La même année, et pour la première fois, une femme, Arlette Laguiller (Lutte ouvrière), est candidate à l'élection présidentielle. "Eh bien, oui, je suis une femme et j'ose me présenter comme candidate à la présidence de cette République d'hommes", lance-t-elle crânement lors de sa première intervention télévisée.
 



Presque 20 ans plus tard, le 2 juillet 1992, pour défendre la cause des femmes en politique, Ségolène Royal, jeune maman et alors ministre de l'environnement, invite les caméras à la maternité : "Je crois qu’un des gros problèmes aujourd’hui, c’est précisément à l’heure où les femmes accèdent à des responsabilités importantes de pouvoir concilier à la fois l’envie maternelle, affective, familiale et professionnelle."
 



La femme politique est plus souvent vue comme «hystérique» ou «fragile» que son équivalent masculin. La chercheuse Juliette Rennes détaille ce phénomène : "Si le corps et les rôles familiaux des hommes de pouvoir tendent à être neutralisés au profit de la mise en scène de leur rôle statutaire, les femmes politiques sont en revanche très fréquemment catégorisées à partir de leur apparence physique (taille, corpulence, couleur de cheveux, vêtements, etc.) et de leur statut d’épouse et de mère." 

L'association féministe les Chiennes de garde a,  de son côté, décerné le prix de "macho de l'année" au sénateur Les Républicains (LR) Jean-François Mayet, pour avoir dit que les femmes "sont quand même là pour faire des enfants".

Des compétences chez les femmes, il y en a des kilos
 


Marie-Arlette Carlotti, députée des Bouches-du-Rhône (PS) et ancienne ministre déléguée aux personnes handicapées et à la lutte contre l'exclusion au sein du gouvernement Jean-Marc Ayrault du 16 mai 2012 au 31 mars 2014 n’aime pas qu’on associe parité et compétence.

"Des compétences chez les femmes y’en a des kilos. Quand on parle de parité, on dit qu’on va faire arriver des femmes incompétentes mais ça vous dérange quand il y a des hommes qui sont incompétents et qui sont aux manettes? Y’en a dans toutes les collectivités territoriales." 
 

25 septembre 2013. Comité interministériel sur le handicap. Marie-Arlette Carlotti, ministre déléguée et Jean-Marc Ayralut, premier ministre. / © MAXPPP
25 septembre 2013. Comité interministériel sur le handicap. Marie-Arlette Carlotti, ministre déléguée et Jean-Marc Ayralut, premier ministre. / © MAXPPP


 

La loi sur la parité

Favorable ou pas au départ, "force est de constater que sans cette loi, les femmes n’occuperaient pas les postes qu’elles occupent aujourd’hui", assure Dominique Estrosi-Sassone, sénatrice des Alpes-maritimes (LR).  La loi n° 2000-493 du 6 juin 2000 tendant à favoriser l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives a depuis été modifiée 9 fois.

"Si on ne cadre pas avec des lois, nos partis respectifs s’engouffrent dans la brèche et nous empêchent d’être ce que nous sommes : 50% des citroyens", assène Marie-Arlette Carlotti, députée des Bouches-du-Rhône (PS). "Chaque fois qu’il y a des non-dits dans la loi, les hommes ne laissent pas la place aux femmes. Nos partis politiques ne sont pas capables d’être progressistes et de préparer l’avenir"

Chaque fois qu’il y a des non-dits dans la loi, les hommes ne laissent pas la place aux femmes.



Cécile Muschotti, ex-tête de liste PS dans le Var aux élections régionales et co-fondatrice de Debout la Gauche, a moins de 30 ans et toujours vécu son engagement politique sous la parité: "pour autant, je me suis souvent retrouvée la seule femme entourée de jeunes hommes. Le socle législatif était important. Le combat n’est pas terminé, bien au contraire." 

Loi sur la parité
Extrait La Voix est libre 5 mars 2016


Pour une évolution du statut de l'élu


Au-delà de la parité, les femmes réclament aussi un véritable statut de l’élu. S’il existe un statut de l’élu local (nouvelle version au 1er janvier 2016 ), il semble qu’il soit encore largement perfectible. "Cela permettrait des allers et retours entre la vie active, la vie politique, la vie sociale et ça permettrait aux hommes et aux femmes d’avoir un plus d’oxygène, à la démocratie de respirer. Cela éviterait les professionnels, qui ne font que ça depuis qu’ils sont nés," assure Marie-Arlette Carlotti.

"Etre élu, ce n’est pas un métier. C’est fondamental," précise Guilaine Debras Maire de Biot (SE).


Statut de l'élu
Extrait de La Voix est libre, 5 mars 2016

La notion de pouvoir

"Au-delà de la nomination d’une vice-présidence, c’est une question de portefeuille et de délégation avec plus ou moins de budget et de marge de manoeuvre. On se rend compte que les femmes se retrouvent bien souvent avec des délégations ou des porte-feuilles avec un peu moins de pouvoir.", se plaint Cécile Muschotti.

Des propos confirmés par Valérie Lauprès, conseillère régionale FN en PACA: "La parité a ses limites dans les assemblées car la finalité est quand même de gérer les affaires publiques. 50-50 hommes-femmes, ça ne veut pas dire l’équilibre."


La parité après les municipales de 2015 ?


Au lendemain des élections municipales de 2014, il y a beaucoup à redire sur la vraie place faite des femmes. Au final aujourd’hui, dans les communes de plus de 1000 habitants, à peine un maire sur 10 est une femme. Et parmi les villes de + 100000 habitants, elles ne sont que 6 : Lille, Aix-en-Provence et depuis 2015 Rennes, Amiens, Paris et Nantes, quattre villes avec des femmes nettement plus jeunes que leurs prédecesseurs.

La représentation des femmes en politique progresse, mais bien lentement. Autres exemples: on ne compte encore que 27 % de femmes à l’Assemblée nationale et 25 % au Sénat.

La Voix est libre "Les femmes en politique" - Le REPLAY de l'émission diffusée le 5 mars 2016