Paca : la menace de la grippe aviaire confine les volailles et réveille la colère des éleveurs

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Écrit par Fabien Madigou
Depuis le 5 novembre, les poules élevées en plein air sont contraintes à l'enfermement à cause du risque de grippe aviaire
Depuis le 5 novembre, les poules élevées en plein air sont contraintes à l'enfermement à cause du risque de grippe aviaire © BELPRESS/MAXPPP

Depuis le 5 novembre, le retour de la grippe aviaire a incité le ministère de l’Agriculture à confiner toutes les volailles françaises. Une décision incompréhensible pour de nombreux éleveurs en plein air, notamment dans la région Paca où aucune structure n’a pour l’heure était touchée.

Les éleveurs de volailles en plein air sont en colère. Depuis le 5 novembre, un arrêté du ministère de l'Agriculture les oblige à soit enfermer jour et nuit leurs bêtes dans des bâtiments en diminuant les densités de population, soit à restreindre leur liberté de mouvement à un simple parcours de 500m2 maximum pour 1.000 volailles. Le tout sous contrôle vétérinaire. 

Des conditions drastiques que dénonce Virginie Sicard, éleveuse de 500 poules en plein air à Cabasse dans le Var.

"C'est une décision qui va à l'encontre du bien-être animal. En laissant les poules enfermées l'hiver, on augmente le risque de salmonelles (ndlr : une bactérie qui peut se transmettre à l'homme et entraîner des diarrhées, fièvres ou douleurs abdominales). Et on va flouer le consommateur car il va acheter des oeufs de poules bio, en plein air, label rouge, qui en réalité seront des oeufs de poules enfermées"

Malgré la "mise à l'abri" de leurs volailles, les éleveurs ne vont pas perdre leur label, car les consignes sanitaires prévalent sur le cahier des charges de l'agriculture biologique.

"On continue à nourrir nos poules avec du grain bio, mais par contre, au niveau de l'accès au plein air, on n'est plus du tout dans les clous", s'alarme Virginie Sicard.

L'année dernière, un fort épisode de grippe aviaire avait entraîné l'abattage de plus de 3,5 millions de volailles, en grande majorité des canards, dans le sud-ouest de la France.

A l'époque, cette maraîchère bio avait obtenu une dérogation après le passage des services vétérinaires. Une dérogation active depuis fin avril pour une durée de neuf mois, mais qui serait caduque aujourd'hui.

"Il semblerait qu'elle soit annulée par le nouvel arrêté. Je suis dépitée car cela me permettait de sortir mes volailles quelques heures par jour sur un parcours donné. C'était déjà moins bien qu'avant, mais au moins, elles pouvaient gambader sur leur terrain de 1.900m2 arborés".

Depuis le 5 novembre, l'ensemble du territoire hexagonal a été placé en risque "élevé" au regard de la propagation rapide du virus de la grippe aviaire en Europe. En France, trois basses-cours contaminées ont été recensées dans les Ardennes et dans l'Aisne en septembre dernier.

Tous les animaux concernés ont été abattus. Depuis lors, aucune autre contamination n'a été confirmée en métropole. Toutefois, l'État incite donc à l'application de plusieurs mesures préventives comme la mise à l'abri des volailles. 

"On risque d'un point de vue pénal, 2 ans d'emprisonnement et 15.000 euros d'amendes. J'espère qu'il y aura du bon sens de la part de l'administration et qu'ils n'appliqueront pas cela à des élevages isolés, en autarcie, qui se font contrôler pour la première fois. Mais bon, j'avoue que ça refroidit", déplore l'éleveuse varoise. 

Les éleveurs de volailles en plein air ont rapidement reçu le soutien des 138 AMAP (Association pour le Maintien de l'Agriculture Paysanne) de Provence.

"C’est une décision que nous ne comprenons pas alors qu’il n’y actuellement pas eu de cas de grippe aviaire dans toute la région PACA", explique Marie-Françoise Collier, membre de l'AMAP "Le Thor en vert" dans le Vaucluse.

"En tant qu’adhérents de l’AMAP, on est près de nos producteurs locaux, des circuits courts. Toutes ces décisions ministérielles, prises par des gens qui ne sont absolument pas au fait du milieu rural, ce sont des aberrations".

Avec la Confédération Paysanne du Var et des agriculteurs bio, les AMAP de Provence annoncent une action le 17 novembre à Draguignan (voir encadré) pour soutenir les éleveurs et dénoncer cet arrêté. 

En attendant, Virginie Sicard s'interroge sur le futur de son exploitation agricole. "Le maraichage et l'élevage de poules pondeuses sont deux activités totalement complémentaires pour moi. Les poules me permettent notamment d'enrichir mes parcelles grâce à leur fumier. Mais si je dois les confiner la moitié de l'année, je pense que je vais arrêter car ça ne correspond pas du tout à mon approche de l'élevage".

Une manifestation devant la sous-préfecture de Draguignan le 17 novembre

Le mercredi 17 novembre de 10h à 13h, la Confédération Paysanne du Var, les agriculteurs bio du Var et les 138 AMAP (Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne) des Bouches-du-Rhône, du Vaucluse et des Alpes de Haute-Provence appellent à la mobilisation devant la sous-préfecture de Draguignan.

" La mobilisation a été initiée par la Confédération Paysanne avant d’être rejointe par d’autres associations. Cela prouve que le sujet nous fédère et que nous sommes tous d’accord de l’aberration de ces décrets " abonde Isabelle Bouvier, co-porte-parole de la Confédération Paysanne du Var.

Symboliquement, les associations comptent profiter de l’occasion pour y vendre " les derniers œufs bio et plein air ". Sur le web, une pétition en faveur de " l’élevage de volailles en plein air toute l’année " a déjà récolté plus de 80 000 signatures.

PÉTITION POUR L'ÉLEVAGE DE VOLAILLES EN PLEIN AIR TOUTE L'ANNÉE

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