SONDAGE. Régionales 2021 : 7 questions sur la possible victoire du RN en Paca

Alors que Thierry Mariani (RN) est toujours en tête devant Renaud Muselier (LR) pour les Régionales en Paca, selon notre nouveau sondage Ipsos Sopra Stéria, Christelle Lagier, politologue, décrypte ces résultats.

Elections régionales 2021, Thierry Mariani en tête des intensions de vote.
Elections régionales 2021, Thierry Mariani en tête des intensions de vote. © Eric Ottino / MAXPPP

A dix jours du premier tour des élections régionales en Paca, notre sondage confirme mercredi une poussée du Rassemblement national. 

Le candidat RN Thierry Mariani vire en tête au premier tour avec 41% des voix devant le LR Renaud Muselier (34%), et est donné vainqueur au second tour "dans tous les cas de figure".

Alliances et désistements au second tour peuvent-ils empêcher le Rassemblement national de s'imposer comme en 2015 ? On a posé la question à Christelle Lagier, politologue. 

Ce sondage nous montre que la possibilité d'une victoire du Rassemblement national en Paca est plus forte qu’ailleurs. Ça fait plus de 20 ans que l’on nous prédit cette victoire.

L’analyse que j’en fais c’est que c’est un petit peu laborieux pour un parti qui essaie de s’imposer dans le paysage national depuis de nombreuses années. Il est certain que le Rassemblement national est plus enraciné en Paca qu’ailleurs.

Il représente pour beaucoup d’électeurs de droite, une option, l’option "vraie droite". Ce sont des électeurs qui ont pris l’habitude d'un va-et-vient régulier entre Les Républicains et le Rassemblement national.

En Paca particulièrement, on note une forte présence du courant de la droite populaire qui est un courant de la droite républicaine, très à droite, très proche des propositions du Rassemblement national.

On le voit aussi sur la constitution des listes départementales, sous l’influence sans doute de Thierry Mariani. Donc, il n’y a pas vraiment de surprise. On sait que le Rassemblement national fera inévitablement le plein des voix et sera en tête au premier tour.

La victoire du Rassemblement national va dépendre du niveau de l’abstention qui, on le sait, est en général très forte sur ce type de scrutin.

Le niveau d’abstention croît d’élection en élection depuis une trentaine d’années. C’est particulièrement vrai sur les scrutins secondaires.

De plus, nous sortons d’une crise sanitaire, dont on a vu l’année dernière qu’elle n’était pas favorable aux déplacements des électeurs, même si cela ne semble pas être un frein dans les résultats du sondage.

Les Républicains peuvent également résister, du fait de la notoriété du président sortant.

Si on tire les enseignements de la séquence électorale de 2017, on a vu que le candidat Fillon, candidat des Républicains, a été éliminé au 1er tour de la Présidentielle.

Mais il a quand même pas mal résisté puisqu’il était autour de 20% des voix. Et par ailleurs, les reports des voix au 2ème tour se sont faits majoritairement sur la liste d’Emmanuel Macron pour les trois-quarts, et pour 10 à 12% sur la liste de Marine Le Pen.

Donc sur ce premier tour, la résistance des Républicains est possible, sachant que Renaud Muselier a su aussi résister aux assauts de la République en Marche et des Républicains, qui au plan national, ont essayé d’influencer la constitution de sa liste.

Renaud Muselier a repositionné l’élection des enjeux régionaux et l’on sait que cette opposition entre le local et le national, c’est significatif pour les électeurs et que cela peut peser dans le scrutin.

Le résultat va dépendre de la mobilisation effective des électorats du Rassemblement national, qui n’était pas en dynamique en 2017.

Le sondage nous montre que la certitude de voter chez les sympathisants du RN tombe de moitié entre le premier et le second tour : 40% contre 84% dans l’hypothèse d’une triangulaire.

C’est moins finalement que les 45% réalisés par Marion-Maréchal Le Pen en 2015. Donc cela traduit le fait des difficultés qu’a encore le RN à élargir sa base électorale, et notamment sur un scrutin secondaire.

Les reports de voix sont encore très incertains. Il y a des marges d’erreur significatives sur ce type de sondage.

On sait très bien que les électeurs se décident de plus en plus au dernier moment. On a vu en 2017 que les électeurs que l’on appelle "intermittents", c’est-à-dire des électeurs qui ne votent pas tout le temps, sont aujourd’hui majoritaires.

Cette éventualité crée des incertitudes sur la mobilisation d’un front Républicain dont on sait qu’il s’affaiblit,  mais dont on sait aussi qu’il se renforce au fur et à mesure que la menace RN se précise.

La victoire du Rassemblement national est possible, mais il faut tenir compte de tous ces facteurs-là.

Il est important aussi de souligner une forte incertitude chez électeurs de gauche. En effet, dans l’hypothèse de triangulaire, de quadrangulaire, on peut se demander si les sympathisants de la liste de Jean-Laurent Félizia vont se repositionner ou pas.

Et si toutefois il y avait un désistement de cette liste, vont-ils alimenter un front Républicain ou pas. Toutes ces choses restent très incertaines aujourd’hui.

On parle toujours de la défiance à l’égard des personnalités politiques qui ne feraient pas le travail demandé, qui ne seraient pas reconnues, et bien là, on voit que ce n’est pas le cas.

Donc finalement la défiance à l’égard du personnel politique ne sert pas à résoudre toute seule l’équation des choix électoraux.

On voit qu’il y a d’autres choses qui pèsent aussi, et qui ne relèvent pas seulement de la crédibilité des élus.

Les thèmes largement privilégiés par les habitants sont les thèmes de prédilection du Rassemblement national.

L’immigration, l’insécurité sont en tête des préoccupations des habitants en Paca devant l’épidémie de Covid qui semble un peu moins inquiéter qu’au plan national.

Ce qui est clair, c’est que les compétences régionales sont totalement méconnues : éducation, développement économique, transport.

Et pourtant, quand on demande aux électeurs de se prononcer sur ces thématiques-là, on se rend compte qu’ils arrivent à se prononcer.

Donc se pose la question sur la capacité du Rassemblement national à imposer ces thèmes dans le débat public, parmi notamment l’immigration, l’insécurité, qui viennent polluer les scrutins régionaux et locaux.

Finalement, ces thèmes-là évincent les compétences traditionnelles des régions aux yeux des électeurs. Se pose aussi la question d’une éducation politique de repositionnement du débat politique sur les enjeux qui concernent vraiment les scrutins locaux.

Enfin, on s’aperçoit que l’on reste sur des élections qui tournent autour de la popularité des candidats, sur la notoriété des formations politiques alors qu’il y a aussi des programmes, des enjeux qui touchent directement le territoire.

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