TEMOIGNAGE. "Je suis terrifiée par mon avenir", Frédérique, 46 ans, atteinte de covid long à Aubagne

Frédérique a 46 ans et souffre de covid long. Son corps s'est transformé en un immense champ de douleurs. Son mari est désormais proche aidant. Depuis Aubagne, le couple multiplie les visites chez des spécialistes. Son covid long est particulièrement agressif. Il s'attaque au cerveau.

Frédérique comme des milliers d'autres personnes dans le monde souffre de ce que les médecins appellent Covid long.
Frédérique comme des milliers d'autres personnes dans le monde souffre de ce que les médecins appellent Covid long. © Frédéric Renard /FTV

4,9 millions de personnes ont eu le Covid-19 en France depuis le début de l'épidémie, mais un autre chiffre fait également froid dans le dos : celui des covid longs.  

Pas de chiffre officiel, mais des statistiques : on estime que 33 à 66 % des malades ont encore des symptômes quatre mois après leur contamination par le virus. Un covid long, invalidant, qui a mis du temps à être prise en compte. 

Une personne sur trois qui a surmonté le Covid-19 a eu un diagnostic de troubles neurologiques ou psychiatriques dans les six mois suivant l'infection selon une nouvelle étude, la plus importante réalisée à ce jour sur le sujet, parue mercredi 7 avril dans la revue The Lancet Psychiatry.

Chaque patient présente des pathologies différentes et des degrés différents. C'est pour cela que les médecins ont du mal à quantifier le nombre de patients atteints de covid long.

Le jour où ma vie a basculé

Frédérique Nardari a contracté le virus il y a tout juste un an. Depuis, elle et son mari enchaînent les rendez-vous médicaux. Le corps de Frédérique s'est transformé un immense champ de douleur. 

"C'est important que les gens comprennent, le covid neurologique c'est terrifiant, appuie Frédérique, les douleurs sont atroces. C'est une torture, dans les jambes, tous les jours".

Depuis le début de son covid long, Frédérique ne peut même plus s'assoir correctement. "C'est comme si j'étais poignardée, sans cesse avec de l'acide, avec un couteau", compare Frédérique.

À 46 ans, la vie de cette mère de famille de deux enfants a basculé. Même les gestes les plus simples du quotidien lui sont douloureux et pénibles, "comme faire une lessive ou faire le ménage".

Frédérique passe le plus clair de son temps clouée au lit par les douleurs que lui infligent les séquelles du Covid. 

Et pourtant, impossible de dormir. "Parfois, la nuit, j'ai le corps qui vibre, je ressens comme des décharges électriques, je sens mes vertèbres, mon sacrum qui me brûlent, comme si c'était des braises", témoigne brisée Frédérique.

 Et ses douleurs ne sont pas que physiques, puisqu'elles ne s'estompent pas, elles prennent aussi parfois le pas sur le moral. "J'ai très très peur, pour moi, je suis terrifiée à vrai dire".

"Chaque matin, j'ai quelque chose de différent qui arrive. Je ne sais jamais si au petit matin, je vais retrouver ma capacité de marcher, ou si je vais rester paralysée dans mon lit". Des angoisses et un stress quotidien qui la poursuivent depuis un an.

Je suis terrifiée chaque minute de chaque jour, en me disant qu'est-ce qui va m'arriver ?

Frédérique, 46 ans, malade d'un covid long

"J'essaye de regarder le côté positif, j'essaye de garder espoir qu'avec un traitement et avec le temps cela va passer. Mais nous n'avons aucune certitude", essaye de positiver Frédérique.

Sportive et toujours occupée dans sa vie d'avant, Frédérique reconnait que le plus dur c'est de "se sentir diminuée physiquement alors que la tête va très bien". 

Difficile pour cette maman active de faire face à son handicap, surtout devant ses enfants. 

"Le plus important c'est de rester une maman pour mes enfants, mais quand je vois mon état, je suis vraiment terrifiée chaque minute de chaque jour, en me disant qu'est-ce qui va m'arriver pendant la journée? Et dans une semaine? Ou dans un mois ?".

Alors pour faire face du mieux qu'elle peut, Frédérique s'adapte, avec l'aide de son mari et adapte son quotidien.

Mais sans cesse, la maladie lui rappelle qu'elle est là, et que certaines choses ont changé, au plus profond de sa féminité, de son intimité.

"J'ai perdu toute sensation, dans mes parties intimes, ma vessie, pour aller aux toilettes, c'est terrifiant, c'est choquant, c'est humiliant", confesse-t-elle, la voix chargée d'émotions.

Courage et détermination

Ne pas penser au corps qui n'obéit plus, ne pas penser que la situation peut durer et être irréversible, ne pas penser que cela peut aussi empirer. Voilà comment Frédérique tente de faire face à la situation.

"Avec le covid long, c'est important d'être courageux, d'accepter les changements qui arrivent et qui vont arriver. Parce que l'on n'est jamais sur, il y a toujours de nouvelles sensations surprises, bizarres. Cela touche mon système nerveux", martèle courageusement Frédérique, qui essaye de puiser toutes les forces possibles pour garder le cap.

"Et ne croyez pas que cela ne touche que les femmes de plus de 45 ans, je connais des femmes de 20/30 ans aussi qui sont touchées, des enfants aussi".

Pour faire face à la maladie qui la ronge, Frédérique est présente sur différents groupes d'entraide entre patients atteints de covid long sur réseaux sociaux. 

Reste toujours une question : pourquoi moi ? "D'autres femmes de mon âge n'ont pas de covid long, je ne sais pas pourquoi moi je suis dans cet état", se questionne Frédérique.

Et à cette question, aucun médecin ne sait encore répondre.

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