Un appel à projet lancé pour récupérer et recycler les filets de pêche perdus en Méditerranée

L'Office français de la biodiversité a lancé fin juin un appel à projet pour retirer et recycler les filets de pêche perdus en Méditerranée. 27% de la pollution marine est provoquée par ce matériel "fantôme" en Europe, qui cause de lourds dégâts sur la faune et la flore.
Les filets perdus en mer nuisent à la biodiversité locale, amassant de la vase sur les fonds marins et emprisonnant les espèces marines
Les filets perdus en mer nuisent à la biodiversité locale, amassant de la vase sur les fonds marins et emprisonnant les espèces marines © Sandrine RUITTON/GhostMed

L'Office français de la biodiversité (OFB) a annoncé fin juin le lancement d'un appel à projet baptisé "Récupmed 2", dans le but de répertorier, récupérer et valoriser les filets de pêche perdus de manière collaborative en Méditerranée.

L'objectif : impliquer des associations, collectivités locales ou établissements publics en région Paca, Occitanie ou en Corse qui oeuvrent déjà au nettoyage des fonds marins, pour leur donner des moyens supplémentaires et les aider à recycler si possible ce matériel "fantôme".

Sur les 85 millions alloués pour la biodiversité dans le plan France relance, la délégation de façade maritime Méditerranée de l'OFB a décidé de consacrer 150.000 euros à ce volet important de la pollution plastique, qui affecte les mers et océans du monde entier. Les candidats ont jusqu'au 6 septembre 2021 pour déposer leur dossier.

Ces dernières années, une "dynamique positive" s'est initiée sur le littoral méditerranéen, constate Anne Salvado, chargée de projet pour l'OFB. Comme elle l'explique, de associations, collectivités ou établissements publics ont initié des efforts pour dégager les engins perdus des fonds marins. 

Souhaitant surfer sur cette mobilisation collective, il a donc été décidé que l'appel à projet se tournerait plutôt vers des initiatives locales, avec des structures déjà opérationnelles et possédant une bonne connaissance de la biodiversité marine, comme c'est le cas de certains clubs de plongées. 

Une fois les filets de pêche retirés, il est tout aussi important d'essayer de leur donner une seconde vie plutôt que des les envoyer à la déchetterie. De plus en plus d'entreprises, en effet, se spécialisent dans la réutilisation du plastique, pour fabriquer des maillots de bain, planches de skate ou bijoux avec ces engins. 

27% de la pollution plastique dans les eaux européennes

Les filets de pêche, généralement perdus en mer par accident, piègent de nombreuses espèces comme les poulpes ou les poissons et altèrent la biodiversité des fonds marins. Ils peuvent, de plus, représenter un danger pour certains plongeurs ou nageurs selon leur lieu de chute. 

Au delà des filets, constitués de plastique et de polymères, les casiers ou les hameçons utilisés pour la pêche endommagent polluer les fonds marins. 

Tous ces objets plastiques représentent une part conséquente de la pollution maritime : d'après la commission européenne, les "engins de pêche abandonnés, perdus ou rejetés représentent environ 27% des déchets marins" en Europe, soit "11.000 tonnes par an" de plastique.

Depuis quelques années, une dynamique portée par des acteurs locaux s'est enclenchée pour commencer à retirer les filets perdus en Mediterranée
Depuis quelques années, une dynamique portée par des acteurs locaux s'est enclenchée pour commencer à retirer les filets perdus en Mediterranée © Sandrine RUITTON/GhostMed

A l'échelle mondiale, on estime à 10% la pollution marine provoquée par ces filets abandonnés.

Depuis 2018, 1.459 engins "fantômes" de pêche ont été recensés sur la façade méditerranéenne. Les pêcheurs, en théorie, ont l'obligation de les récupérer, mais ils ne sont pas toujours en mesure de le faire pour des raisons matérielles.  

Depuis 2015, le projet GhostMed de l'Institut Méditerranéen d'Océanologie vise à faire collaborer pêcheurs, observateurs, scientifiques et gestionnaires d'aires maritimes pour enrayer la destruction des fonds marins. 

Un formulaire a été mis en ligne sur internet pour que tous les usagers de la mer puissent signaler la présence d'un filet abandonné. Il fonctionne selon un processus participatif, qui permet aux acteurs de la mer d'évaluer selon des critères scientifiques s'il est plus bénéfique pour l'environnement de retirer les filets ou de les laisser sur place. 

"Il faut regarder quels sont les impacts sur l'habitat, le relief et les espèces, mais aussi quelles peuvent être les difficultés techniques à la récupération du filet", explique Anne Salvado. 

Quoi qu'il en soit, les chercheurs ont pu constater tous les bénéfices du retrait d'un tel engin dans le parc marin de la Côte Bleue : "dix mois plus tard, l'envasement qu'il avait provoqué s'était résorbé, avec un effet domino positif sur l'habitat", ajoute la chargée de projet de l'OFB.

Depuis le début de cette initiative 127 filets ont été retirés, encore une goutte d'eau face aux centaines d'engins perdus dans toute la Méditerranée. 

 

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