Congé après le décès d'un enfant: le projet rejeté au nom du gouvernement par une députée du Var fait toujours polémique

Le sujet fait polémique depuis fin janvier. L'Assemblée nationale avait retoqué d'extrême justesse la proposition initiale du groupe UDI-Agir d'instaurer un congé de deuil de 12 jours au lieu de 5 jours pour les parents en deuil. La députée du Var Sereine Mauborgne (LREM) a présenté "ses excuses".

Lors des débats en séance sur cette proposition UDI-Agir, la députée LREM Sereine Mauborgne avait estimé que la mesure revenait à "s'achete(r) de la générosité à bon prix sur le dos des entreprises".
Lors des débats en séance sur cette proposition UDI-Agir, la députée LREM Sereine Mauborgne avait estimé que la mesure revenait à "s'achete(r) de la générosité à bon prix sur le dos des entreprises". © Vincent Isore Maxppp
C'est elle qui au nom du gouvernement avait rejeté la semaine passée le projet de loi qui entendait porter de 5 à 12 jours le congé pour le décès d'un enfant. Sereine Mauborgne , la députée La République en marche est revenue sur la situation après deux jours de polémique et un recadrage du chef de l'Etat sur ce vote.

L'ancienne infirmière avait d'abord comparé ce projet d'allongement du temps de congés à "de la générosité à bon prix". Elle défendait la "possibilité pour l'employeur de créer un compte de don de RTT".

Sur son compte Twitter, la députée avait mis en avant les avancées selon elle du texte : Après le rejet du congé de 12 jours, une autre députée Brigitte Kuster (LR) avait tancé une majorité "incapable d'écouter".

Là encore, la Varoise avait répondu vivement :

Quand on s'achète de la générosité à bon prix sur le dos des entreprises, c'est quand même un peu facile", lui avait elle alors répondu suscitant de vives protestations dans l'hémicycle.

La proposition avait été rejetée par 40 voix contre 38, la majorité estimant notamment que le salarié endeuillé pouvait bénéficier de jours de congés offerts par ses collègues.

La députée du Var fait aujourd'hui son mea culpa


"On a manqué de clairvoyance et de clarté dans le message. De ce point de vu là, c’est impardonnable... Il faut sortir de cette situation de crise et en écoutant les familles et en rencontrant les ministres, proposer un travail de longue haleine, qui soit une vraie prise en charge globale."
  

On a été peut-être trop technique, en tout cas pas suffisamment lisible. On doit en prendre chacun notre responsabilité, et moi la première."

Quand le Président de la République s'en mèle

Emmanuel Macron est intervenu samedi 1er février pour demander au gouvernement "de faire preuve d’humanité". De son côté, le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, a demandé un nouveau vote en faveur des 12 jours.

Les députés LREM, qui ont reçu sur les réseaux sociaux de nombreux témoignages de parents souvent outrés, se disent "prêts à revoter rapidement". 

"C'est vraiment important pour ces parents, pour qu'ils soient reconnus dans leur deuil", explique la présidente de l'Association Jonathan Pierres Vivantes sur FranceInfo.
"Quand des parents viennent de perdre un enfant et qu'ils travaillent, soit il y a un arrangement avec les chefs d'entreprise, les chefs de service qui eux-mêmes vont accorder des jours d'absence à ces parents récemment endeuillés, soit ces parents vont voir leur médecin et se font accorder un congé maladie. C'est donc très important que ce congé soit inscrit dans le Code du travail, avec la mention explicite de décès d'un enfant, parce que cela contribue à la reconnaissance sociale du deuil des parents."

Quelle suite ?


Muriel Pénicaud, Ministre du Travail, s'est engagée "à trouver dans les tous prochains jours les solutions pour faire passer ce temps de répit de 5 jours aujourd'hui à 12 jours". 

Le vote ayant eu lieu en première lecture à l'Assemblée, "on proposera, pour la première lecture qui aura lieu au Sénat, quelque chose, j'espère que tous les parlementaires de tous les bords s'y rallieront", a-t-elle précisé samedi soir sur BFM TV.  

Plutôt que de déposer un nouveau texte et "par souci d'efficacité", les parlementaires vont s'appuyer sur la proposition de loi initiale UDI-Agir que le gouvernement va inscrire à l'agenda du Sénat la semaine du 3 mars, selon le groupe majoritaire.

Pour Sereine Mauborgne, ce qu'il faut "c'est proposer quelque chose qui soit lisible pour tout le monde. Il n'y a pas de monopole du coeur en la matière comme si il y avait des bons d'un côté et des mauvais de l'autre".

Un sujet qui ne cesse de faire réagir 


Mardi 4 février, le ministre du travail a affirmé que l'allongement du congé pour le décès d'un enfant "n'est pas un problème d'argent" Une déclaration faite par Muriel Pénicaud, à l'issue d'une réunion avec associations et parlementaires afin d'élaborer "une réponse plus large" à ce "sujet de société".

Yannick Jadot, député européen Europe Écologie-Les Verts, était l'invité du "8h30 franceinfo" ce mercredi. 

Pour lui, "il faut quasiment une vie pour se remettre d’un tel drame, a continué le député européen. Il faut que ce soit inscrit dans la loi, il ne faut pas que ça dépende de la générosité en don RTT de ses collègues ou en demande de congé." Sur ce sujet comme sur d'autres, "on a l'impression que c'est le buzz médiatique qui fait changer", le gouvernement."On a l'impression que ce couac - l'expression a été redite plusieurs fois lors de cette réunion - donne à tout le monde l'opportunité d'avancer, de faire un saut dans l'humanitaire, dans la prise en charge de ces deuils", s'est lui félicite toujours sur franceinfo Jacques Honoré, président de l'association Naître et Vivre.

 
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