Au lendemain du nouvel accident de camion qui a paralysé l'autoroute A8 de Menton à Saint-Laurent-du-Var, la question mérite d'être posée : existe-t-il une alternative au fret routier en constante augmentation sur la Côte d'Azur ? Lueur d'espoir : la voie ferrée des Brèguières dans le Var vient d'accueillir son tout premier train de marchandises.

Le calendrier ne pouvait pas tomber mieux, si l'on peut dire ! D'un côté, proche du littoral azuréen, un camion accidenté, en plein milieu de l'autoroute A8, paralyse toute une région une journée durant. De l'autre, à quelques kilomètres à vol d'oiseau, dans les terres, un train utilise une voie ferroviaire destinée au transport de marchandises.

La zone logistique des Bréguières : 

Imaginée par le groupe Barjane, en 2005, la voie ferrée de rails non électrifiés qui dessert la zone logistique des Bréguières à la gare des Arcs-sur-Argens, a été livrée il y a un peu plus de dix ans. "Un investissement sur du long terme, qui aujourd’hui paie" déclare fièrement Emmanuel Liscouet, le directeur général adjoint des opérations et du patrimoine du groupe Barjane.

Une zone stratégique pour les équipes de Fret/SNCF qui souhaitent développer les transports de marchandises par voie ferrée.

Au-delà de cet événement, Fret/SNCF, mais également la collectivité Dracénie, Provence, Verdon agglomération souhaitent que cet épisode soit le premier d'une longue série, comme l'évoque Karine Alsters, vice-présidente de la communauté d'agglomération Dracénie Provence." Là, aujourd’hui, ce train prouve que c'est possible de travailler avec le ferroviaire dans notre bassin économique".

Aujourd’hui, ce train prouve que c'est possible de travailler avec le ferroviaire dans notre bassin économique.

Karine Alsters, vice-présidente de la communauté d'agglomération Dracénie Provence

Un souhait qui pourrait, peut-être, devenir réalité puisque, selon, David Escobio, le responsable développement territorial Fret/SNCF, "trois projets seraient à l'étude avec différents industriels pour réitérer cet essai".

Trois projets sont à l'étude avec différents industriels pour réitérer cet essai.

David Escobio -Responsable développement territorial Fret/SNCF

Un moyen de transport, proprement séduisant !

Dans le cadre du Pacte vert, la Commission européenne, souhaite réduire de 50% les émissions de gaz à effet de serre dans l’Union européenne d’ici 2030 et vise la neutralité carbone pour 2050.

Avec plus de 90% des tonnes/km réalisées en traction électrique, la filiale du groupe SNCF se positionne, selon sa campagne de communication, comme l’opérateur le plus respectueux de l’environnement.

Un moyen pour délester la route !

 Au lendemain du bouchon monstre lié à un accident de camion sur l'A8, mercredi 10 avril, le maire de Saint-Laurent-du-Var, Joseph Ségura, invité de France Bleu Azur,ce jeudi 11 avril a lui aussi évoqué le fret ferroviaire comme moyen de délester les routes.

L’autoroute devient une autoroute urbaine, encombrée… D’autres moyens de mobilité peuvent être imaginés, comme le train par exemple.

Joseph Ségura, maire de Saint-Laurent-du-Var

France Bleu Azur

Ce dernier a affirmé que "depuis les années 90, le transport routier de marchandises a augmenté de 56%".

Solution, selon lui, "pour pallier ce phénomène qui n'a de cesse de croître, il faudrait augmenter le trafic de marchandises par voies ferrées" et pour cela donc, "développer cette infrastructure".

Pas gagné, au regard du projet du Parlement européen qui a adopté, le 12 mars, une directive « Poids et dimension » » du transport routier, ouvrant la voie à la circulation des « méga-camions » dans l’Union européenne.

Une directive fortement critiquée par Philippe Tabarot, sénateur (LR) des Alpes-Maritimes.

Le Green Deal doit d'abord, dans une logique de complémentarité, défendre le report modal sur le train et le fleuve, et non permettre le développement de gabarits toujours plus importants sur la route.

Philippe TABAROT - Sénateur des Alpes-Maritimes LR

Question écrite n°10605 au Sénat, publiée le 14/03/2024.

Dans ce contexte, paradoxe de la légère baisse de l’activité de fret ferroviaire, -1,2 % de tonnes/km en 2022 par rapport à 2021, où réseau ferré national (RFN) parvient à regagner un point de part de marché. C'est ce que révèle le bilan annuel de l’Autorité de régulation des transports sur le marché du transport ferroviaire, publié en décembre 2023.

Les principales entreprises ferroviaires de transport de marchandises

En 2022, les activités ferroviaires de fret sont organisées par 23 entreprises ferroviaires :

  • Cinq entreprises ferroviaires de transport de marchandises au sein du pôle Rail Logistics Europe du groupe SNCF, l’opérateur historique : Fret SNCF, Captrain France, Ecorail Transports, Naviland Cargo et Normandie Rail Services ;
  • Cinq entreprises ferroviaires filiales d’opérateurs historiques européens : CFL Cargo, DB Cargo France, Lineas France, Lineas NV, Mercitalia Rail ;
  • Deux entreprises ferroviaires actives sur des sections frontières du RFN : Captrain España et Renfe Mercancías ;
  • Onze autres entreprises ferroviaires ayant eu une activité de transport de marchandises en 2021 : CTSF, ETMF, ESIFER, Europorte France, Millet Rail, Combi Rail, Ouest Rail, RDT13, Railcoop, Regiorail France, Securail ;
  • Dix autres entreprises ont réalisé, en 2022, des acheminements pour les besoins de l’infrastructure (travaux) ou le transport de matériels ferroviaires : Colas Rail, Bombardier, Trackfer, Transifer, Time Fret Express, Eiffage Rail Services, ETF Services, Ferrotract, Claisse Rail et TSO.

Un décrochage du ferroviaire au second semestre 2022

Avec 35,7 milliards de tonnes/km acheminées en 2021, le fret ferroviaire avait retrouvé un niveau de trafic légèrement supérieur à celui constaté en 2017 (35,4 milliards de tonnes.km).

Cette bonne dynamique s’est poursuivie en 2022, les trafics du premier semestre dépassant de 3,9 % ceux effectués en 2021 (4,7 % par rapport au S1 2017).

Mais dès le second semestre 2022, les tonnes/km du fret ferroviaire décrochent. Les premières estimations de l’année 2023 montrent que cette tendance se poursuit sur le premier semestre 2023 : -23 % par rapport au premier semestre 2022.

Une baisse qui peut s'expliquer par des mouvements sociaux, mais aussi et surtout par la hausse des coûts de l’énergie. Mais pas que. Au premier semestre 2023, la production industrielle de plusieurs secteurs clients du fret ferroviaire est en baisse de 23 % pour les produits chimiques de base, 28 % pour la métallurgie ou encore de 8 % pour les produits issus d’extraction de carrières (Indices de production industrielle de l’Insee).

Fret/SNCF : opérateur majoritaire

Fret/SNCF, une des filiales du groupe SNCF, reste l’opérateur majoritaire pour cette activité, avec une part de marché de près de 50 %.

Si au milieu du 20ᵉ siècle, la France pouvait se targuer d'un maillage ferroviaire fin, avec bon nombre de gares de triage, ce n'est plus le cas aujourd’hui. Seuls quatre centres névralgiques ferroviaires destinés aux marchandises perdurent.