VERIFICATION. Covid 19 : est-ce vraiment efficace de se faire tester juste avant les fêtes de Noël ?

Publié le Mis à jour le
Écrit par Louise Beliaeff
"Avant les cotillons, l'écouvillon", a déclaré Renaud Muselier sur Franceinfo. Mais est-ce vraiment judicieux ?
"Avant les cotillons, l'écouvillon", a déclaré Renaud Muselier sur Franceinfo. Mais est-ce vraiment judicieux ? © Nicolas TUCAT / AFP

Dimanche, le président de la région Paca Renaud Muselier a appellé à un dépistage massif du coronavirus avant les fêtes de fin d'année. Mais pour être efficaces et utiles, ces tests doivent être effectués sous certaines conditions. 

"Avant les cotillons, l'écouvillon", a déclaré Renaud Muselier dimanche sur franceinfo. A moins de trois semaines du réveillon de Noël, le président de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur a appelé les habitants à se faire tester au Covid-19 avant de se retrouver en famille : "Le meilleur moyen d'arriver à trouver une solution pour protéger notre environnement et diminuer les cas contacts".

>> INFOGRAPHIES. Covid 19 : nombre de morts, incidence, places en réanimation... Suivez l'évolution de l'épidémie en Paca

Mais est-ce réellement efficace d'aller se faire dépister avant les fêtes de Noël en famille ? France 3 s'est penché sur la question.

La fiabilité du test antigénique en question

Renaud Muselier appelle à une mobilisation du réseau des pharmacies et annonce la mise à disposition de "pratiquement 100 000 tests antigéniques nasopharyngés pour les 1 850 pharmacies de la région". Réalisé via un prélèvement dans les narines par écouvillon, le test antigénique permet de détecter l'une des protéines du virus. Ce test ne nécessite pas d'être envoyé en laboratoire. Les résultats sont connus dans les 15 à 30 minutes après sa réalisation. 

Depuis la fin octobre, les pharmaciens d'officine peuvent réaliser des tests antigéniques dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire pour lutter contre l'épidémie de Covid-19.
Toutefois, la capacité du test antigénique à détecter le virus en très petite quantité, sa sensibilité, est inférieure à celle du test RT-PCR : 80% contre 95%. Elle dépend notamment de la qualité et des conditions du prélèvement. En d'autres termes : le risque de "faux négatifs" est plus élevé avec les tests antigéniques. En revanche, la fiabilité des tests antigéniques à détecter les cas positifs est de 99% (1% de faux positifs).

Le risque de "faux négatifs"

"Il est à noter que l’efficacité de la détection des antigènes viraux semble corrélée à la charge virale, (...) elle-même diminuant avec le nombre de jours après l'apparition des symptômes", décrit la Haute autorité de santé (HAS) le 8 octobre. La charge virale pourrait donc ne pas être détectée lors du test si la personne tarde à se faire dépister.

"Il faut se méfier de l'interprétation des tests antigéniques chez les personnes asymptomatiques, précise Jean Gaudart, épidémiologiste à l'Inserm. Si le test est négatif, la fiabilité est discutable". "Un test PCR négatif est bien plus fiable qu'un test antigénique négatif", poursuit-il. En cas de test antigénique négatif sur une personne asymptomatique, il est recommandé de le compléter par un test PCR.

"Il faut respecter une temporalité" 

Dans le cas d'un test PCR négatif, le risque d'un "faux négatif" existe également si la personne est testée trop tôt. Comme tout virus, le SARS-CoV-2 a une durée d'incubation : délai entre l'entrée du virus dans l'organisme et l'apparition des premiers symptômes. Pour le virus du Covid-19, cette incubation est de trois à cinq jours mais peut s'étendre jusqu'à 14 jours, comme le précise le gouvernement.

Pendant cette période, le test PCR ne sera pas toujours positif, car il faut un temps pour que le virus soit détectable. "Il faut respecter une temporalité", confirme Lionel Barrand, président du Syndicat des jeunes biologistes, à franceinfo.

Selon un communiqué de l'Ordre national des pharmaciens paru le 10 novembre, le risque qu'une personne identifiée comme négative soit porteuse du virus pourrait aller jusqu'à "une personne sur trois"

Dans un arrêté paru le 16 novembre au Journal officiel, il précise que le test antigénique doit être réservé "prioritairement" aux personnes symptomatiques, dans un délai inférieur ou égal à quatre jours après l'apparition des symptômes.

Depuis le 28 novembre, la HAS est "favorable à l’extension des indications des tests antigéniques, afin de les utiliser non seulement chez les personnes présentant des symptômes, mais également chez les personnes contacts détectées isolément ou au sein de clusters". Un arrêté doit encore être pris pour autoriser son remboursement par la Sécurité sociale. Leur utilisation n’est en revanche toujours pas recommandée "pour le dépistage de personnes asymptomatiques isolées, faute de données".

En outre, en cas de dépistage massif, comme l'encourage Renaud Muselier, les laboratoires pourraient être saturés. Les résultats des tests PCR pourraient alors tarder. C'est un élément à prendre en compte : le résultat indique si la personne était positive ou négative au moment "T" du dépistage. Elle a pu être contaminée entre le test et le jour des résultats, sans le savoir. Sans oublier que l'hiver approchant, la détection des symptômes du Covid-19 peut être brouillée par l'arrivée des pathologies hivernales.

 

Les tests ne remplacent pas les gestes barrières

"Le test est très intéressant s'il est positif, il faut alors prendre des dispositions, explique Dominique Rossi, président de la commission médicale d’établissement de l’AP-HM. S'il est négatif, il ne faut absolument pas relâcher la vigilance". Un avis partagé et relayé sur les réseaux sociaux par différents médecins :  "Un test positif doit conduire à l’isolement pendant sept jours", affirme Clarisse Audigier-Valette, pneumo-cancérologue au Centre Hospitalier Intercommunal Toulon - La Seyne sur Mer (CHITS). "Vous pouvez sortir de la pharmacie ou du laboratoire et être contaminé 20 minutes après", met en garde Dominique Rossi. "Il ne faudrait pas que les gens qui se font tester interprètent ce résultat négatif comme une sécurité absolue, poursuit le professeur. Avant tout, ce qui compte, c’est que les gens aient du bon sens, de la responsabilité."
 

Il ne faut pas être faussement rassuré.

Dominique Rossi


Pour Dominique Rossi, être d'une "extrême prudence" avant les fêtes est encore plus important que de se faire tester. D'autant que la seconde vague de l'épidémie ne semble pas derrière nous.  "Les chiffres qui dégringolaient depuis trois semaines dégringolent beaucoup moins vite... prévient-il. On n'est vraiment pas dans une période euphorique."

Stéphane Pichon, Dominique Rossi, Jean Gaudart, tous les spécialistes du Covid-19 le martèlent : il faut continuer à appliquer les gestes barrières. "Je conseille aux personnes qui souhaitent aller voir leurs familles, et notamment les plus âgés, d'appliquer strictement les gestes barrières 15 jours avant", précise l'épidémiologiste Jean Gaudart. "Le nombre de convives à table à Noël a moins d'importance que les précautions que ces convives auront prises à partir du 15 décembre", ajoute le médecin Laurent Fignon sur Twitter. "Le bon sens et le civisme sont aussi sinon plus importants que les tests, conclut le président de la commission médicale d’établissement de l’AP-HM. On peut vivre avec le Covid. Il faut être prudents et vigilants"
 

En partenariat avec France 3 France Bleu et Make.org

Participez à la consultation citoyenne sur la présidentielle 2022

Faites-vous entendre ! France 3 Régions s'associe à la consultation Ma France 2022, initiée par France Bleu sur la plateforme Make.org. Le but ? Vous permettre de peser dans le débat démocratique en mettant vos idées les plus plébiscitées au centre de la campagne présidentielle.