Dans un contexte de hausse des violences et de sentiment de "fatigue républicaine", les maires réunis en congrès

Le thème du 105e congrès de l'Association des maires de France (AMF) "Communes attaquées, République menacée" résonne avec la série d'agressions d'élus qui a eu lieu cette année. La semaine dernière, le domicile du maire de Saint-Mandrier-sur-Mer dans le Var a été tagué d'une croix gammée.

Ce mardi 21 novembre, les maires se réunissent en congrès à Paris sur fond de hausse des violences et de sentiment de "fatigue républicaine", là où le gouvernement préfère mettre en avant le travail accompli pour améliorer leur quotidien.

"Communes attaquées, République menacée" : le thème du 105e congrès de l'Association des maires de France (AMF) résonne avec la série d'agressions qui ont marqué l'année 2023, de l'incendie criminel au domicile du maire de Saint-Brevin (Loire-Atlantique) à l'attaque à la voiture-bélier qui a visé celui de son collègue de L'Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne) lors des émeutes de l'été.

Série qui se poursuit jusqu'à aujourd'hui. Selon le ministère de l'Intérieur, les agressions envers les élus devraient augmenter de 15% en 2023 après une hausse de 32% l'an dernier.

"On représente la République"

Dans la nuit du mercredi 15 au jeudi 16 novembre, le domicile de Gilles Vincent, maire de Saint-Mandrier-sur-Mer (Var), a été tagué d'une croix gammée. C’est son épouse qui a découvert ce tag au petit matin sur un des murs de leur maison : "

Je suis parti très tôt, je ne l'ai donc pas vu. Il se trouve de l’autre côté de la maison donc on ne le voit pas quand on part. Ma femme m’a alerté vers 10 heures et elle a déposé plainte aujourd’hui parce que j’étais en déplacement à Paris pour rencontrer le ministre de la Transition écologique", raconte le maire.

Gilles Vincent, le maire de Saint-Mandrier-sur-Mer (Var).

Le maire de la commune de 6 000 habitants fait un lien avec la réunion publique houleuse qui a eu lieu dans la journée de mercredi : "On a eu une conversation sur une maison de santé, on se serait cru en campagne électorale. Dans tous les villages, lorsqu’on parle de sujets importants, les gens s’enflamment".

Il est donc persuadé que c'était lui qui était visé par cette nuisance : "C’est la seule maison qu’on ait taguée donc c’était moi qu'on voulait blesser. On voit que ce n’est pas fait par un professionnel, c’est du bricolage." Il assure qu'il effacera lui-même le tag injurieux.

À 72 ans, le maire aux cinq mandats ne va pas renoncer, mais demande davantage de fermeté pour protéger les élus de la République : "Je me suis fait traite de noms d'oiseaux en plein conseil municipal par un opposant. L'opposant n'a rien eu, ça a été classé sans suite. Ce n’est pas normal... Quand un maire se fait attaquer et que c'est classé sans suite parce que ce n’est pas grave... Mais si c'est grave parce qu'on représente la République !"

Injures, menaces, agressions...

En France, de nombreux maires s'inquiètent.

Sur la commune du Pradet (Var), Hervé Stassinos a été, lui aussi, victime de tags injurieux il y a quelques mois. L'élu pointe notamment du doigt les dérives des réseaux sociaux : "On parle de quelques énergumènes qui vont faire de la fake news, qui vont mettre en avant un événement qui s'est passé sur la commune et qui vont essayer de fédérer tous les aigris et les insatisfaits. Ça va taper sur le maire, sur les élus, sur les forces de l'ordre... Dans un premier temps sur Internet, mais ça peut déboucher sur un passage à l'acte".

Depuis le début de l'année, 20 maires du Var ont déposé plainte en lien avec leurs fonctions.

Un nombre très élevé de démissions

Sans établir de lien direct de cause à effet, une enquête Cevipof publiée dimanche 19 novembre et à laquelle près de 8 000 maires ont répondu alerte sur un nombre "exceptionnellement élevé" de démissions d'élus depuis 2020, signe d'une "fatigue républicaine" et d'un sentiment d'"empêchement" et d'"impuissance" des élus.

Emmanuel Macron, qui devait initialement se rendre au salon mercredi, a dû annuler sa venue en raison d'un sommet du G20 en visioconférence. Il recevra dans la soirée un millier de maires à l'Élysée.

Interrogés par le quotidien Le Parisien, le président de l'AMF et maire LR de Cannes David Lisnard ont rappelé dimanche 19 novembre qu'il s'agissait du "congrès des maires, pas de l'Élysée" tout en soulignant que "les présents auront raison".

"Le congrès des maires, ça se passe porte de Versailles et non dans les jardins de l'Élysée, mais le président est toujours le bienvenu", a commenté le premier vice-président délégué André Laignel (PS).

Une quinzaine de ministres ainsi que la Première ministre sont néanmoins attendus.

Ils se plaignent d'une recentralisation

Outre les relations de plus en plus tendues avec leurs administrés, les maires se plaignent d'une recentralisation rampante de la part de l'État et d'une surabondance de normes qui complexifie l'action locale. Le gouvernement "nous annonce des plans tous les quinze jours : plan eau, plan vélo, plan chaleur, plan industrie verte, plan petite enfance", avec à chaque fois "des dépenses nouvelles pour les collectivités, sans que les moyens ne soient assortis", avait critiqué André Laignel début novembre, estimant que les maires sont réduits à de simples "sous-traitants" de l'État.

Mais du côté du gouvernement, le sentiment du travail accompli domine. "Le gouvernement n'a détourné le regard d'aucun des sujets compliqués", assure le cabinet de la ministre des Collectivités territoriales, Dominique Faure. "Les maires ont le sentiment d'avoir été entendus sur un certain nombre de points", ajoute-t-on de même source, même s'"il y a toujours des marges de progrès".

C’est aux habitants de choisir la politique fiscale de leur commune, pas à des technocrates.

David Lisnard, maire LR de Cannes et président de l'AMF

Franceinfo ce 21 novembre.

Un plan de lutte lancé en juillet

Contre les violences, le gouvernement met en avant son "plan de lutte" lancé en juillet, avec ses 3400 référents "atteintes aux élus", ainsi que la proposition de loi sénatoriale qui aligne les sanctions pénales en cas d'attaque d'un élu sur celles relatives aux faits visant les dépositaires de l'autorité publique. Sur le plan financier, l'AMF ne cesse d'alerter sur les baisses de dotation et l'absence de compensation à "l'euro près" des recettes perdues.

Interrogée lundi 20 novembre par plusieurs médias, Dominique Faure a au contraire estimé que le projet de loi de finances (PLF) pour 2024 était "très bon pour les collectivités". "On remet 220 millions en plus des 320 millions" de dotations globales de fonctionnement, des augmentations "inédites" depuis 13 ans, même si "cela ne couvre pas l'inflation", a-t-elle jugé. "Au nom de quoi notre pays, qui subit l'inflation, devrait-il faire en sorte que nos collectivités ne la subissent pas ?", s'est-elle interrogée.

L'AMF évalue, elle, à 7 milliards d'euros la perte "de pouvoir d'agir" des maires dans le prochain PLF du fait de la non-compensation de l'inflation.

Plus de 10 000 participants et 230 intervenants sont attendus jusqu'à jeudi 23 novembre porte de Versailles, où 39 thèmes seront débattus, dont celui des conditions d'exercice du mandat. Sur ce sujet crucial, des annonces devraient être faites par Elisabeth Borne jeudi, lors de son discours de clôture.

Avec AFP.

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