Vaucluse : sept prêtres visés par des lettres anonymes au nom d'Allah

Ils ont reçu la même lettre anonyme sur laquelle il était inscrit "Allah Akbar", en français, et en arabe. Plusieurs plaintes ont été déposées, une enquête est en cours.
Le père Yves Kissi a reçu un lettre anonyme à la paroisse de l'Isle-sur-la-Sorgue.
Le père Yves Kissi a reçu un lettre anonyme à la paroisse de l'Isle-sur-la-Sorgue. © Gérard HOUIN / MaxPPP
En ouvrant son courrier, ce curé découvre, mercredi 2 décembre, une lettre "d'une belle écriture", à son nom. À l'intérieur, une feuille au message écrit en gros caractères : "Allah Akbar" ("Allah est le plus grand"), en français et plus petit en arabe en dessous. Il lâche le papier des mains et contacte immédiatement la gendarmerie de Bonnieux. Au total, ils sont sept curés du diocèse d'Avignon à avoir reçu la même lettre, les mêmes inscriptions, à priori de la même écriture, a appris France 3, mardi 8 octobre, de sources proches.

Les curés des paroisses de Gordes, L'Isle-sur-la-Sorgue, Le Thor, Châteauneuf-de-Gadagne, Aubignan, Saint-Cécile-les-Vignes et Notre-Dame de Lourdes. Sept paroisses qui regroupent 24 communes. Tous les curés qui ont reçu cette missive anonyme sont Africains. Les autres curés du diocèse d'Avignon n'ont pas reçu de lettre. 

"Je n'ai pas considéré cette lettre comme une menace sur le champ", explique à France 3 l'un d'eux qui préfère rester anonyme. 
 

"Dieu est grand, oui, je suis d'accord. Mais comme nous vivons dans un contexte bizarre, je veux protéger les fidèles."

Un des curés visé par une lettre anonyme



Après avoir consulté l'archevêque, il a décidé de porter plainte vendredi 4 décembre au matin. "Pour l'instant, on est plus dans l'interrogation que dans l'interprétation. Qui a fait ça et dans quel but", témoigne un autre curé visé par une lettre identique.

Une enquête en cours

Vendredi après-midi, tous les prêtres concernés ont été convoqués à la gendarmerie d'Avignon pour être entendus. Leurs empreintes digitales ont été récupérées. Les lettres vont être analysées par la police scientifique. "Nous sommes en pleine investigation", confirme à France 3 la gendarmerie. Trois plaintes ont été déposées à ce stade. Une enquête préliminaire a été ouverte, centralisée à la brigade des recherches de la compagnie d'Avignon.

"Il ne s'agit pas de menaces de mort directes, mais dans le contexte de menace terroriste, cette affaire est prise très au sérieux", a confié une source dans la gendarmerieà l'AFP. "Les courriers proviennent du Gard voisin", selon cette même source.

L'archevêché du Vaucluse n'a pas souhaité s'exprimer dans un soucis d'apaisement. 

Alerté par habitants de sa commune, Roger Rossin, le maire de Cairanne dont la paroisse est la même qu'à Sainte-Cécile-les-Vignes, est lui bien décidé à en parler. L'édile est interpellé par le temps qu'a mis l'information à lui parvenir. Des mesures ont été prises, dimanche, pour sécuriser l'office à Cairanne.

L'édile est allé plus loin et a contacté deux sénateurs du département, Alain Milon et Baptiste Blanc. Il a également reçu un appel du président du Sénat, Gérad Larcher. Il souhaiterait savoir si ces lettres sont circonscrites au département. À ce jour, les gendarmes n'ont pas eu de retour d'autres régions concernant des faits identiques.

Une sécurité renforcée depuis l'attentat de la Basilique de Nice

L'un des curés contacté par France 3 a tenu à prévenir ses fidèles avant qu'ils ne l'apprennent par la presse. "Je n'ai pas peur pour moi, je continuerai à vivre seul dans mon presbytère, témoigne-t-il. Mais je suis responsable d'une communauté, je dois être prudent pour les paroissiens".  "Il ne faut pas laisser la peur prendre le dessus", insiste un autre religieux dans le même cas, dont les paroissiens ont été "choqués" d'apprendre la nouvelle. 

Depuis l'attentat à la Basilique de Nice le 29 octobre où trois personnes ont été tuées au couteau, des mesures de sécurité ont été prises pour sécuriser les édifices religieux, assure la gendarmerie : "Pour nous ce n'est pas une nouveauté, on a renforcé le service de sécurité déjà en place""Un grand réconfort, reconnaît un des prêtres concerné par l'affaire. L'essentiel, ce sont les fêtes de Noël qu'il faut sécuriser au maximum".
 
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