“La violence a migré, elle est partout” : les pompiers toujours victimes d'agressions

Les agressions contre les sapeurs-pompiers ont augmenté de 21% en 2018, en France. / © Mathieu Lerch / MaxPPP
Les agressions contre les sapeurs-pompiers ont augmenté de 21% en 2018, en France. / © Mathieu Lerch / MaxPPP

Les agressions contre les sapeurs-pompiers ont augmenté de 21% en 2018, en France, relève une étude de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) rendue publique mercredi. Des chiffres à relativiser, car les pompiers sont aussi davantage incités à porter plainte.

Par Ludovic Moreau

L'année dernière, 3.411 sapeurs-pompiers ont déclaré avoir été victimes d'une agression contre 2.813 en 2017, expose une note de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP).
    
En moyenne, cela représente sept pompiers agressés pour 10.000 interventions. Un chiffre en hausse exponentielle par rapport à 2016 (5 pour 10.000) et 2017 (6 pour 10.000), constate l'ONDRP.
    
L'Observatoire fait valoir que la hausse a été continue depuis dix ans : en 2008, seuls 899 soldats du feu ont déclaré une agression.
   
"L'augmentation du nombre de déclarations d'agressions peut être due à une augmentation des actes de violences, à une meilleure remontée des informations, à un abaissement du seuil d'acceptabilité des violences ou à une sensibilisation des autorités hiérarchiques sur la nécessité de mieux déclarer les faits", explique l'ONDRP.

Des agressions davantage signalées par les pompiers

A Marseille, où les pompiers sont des militaires, les chiffres de l'ONDRP montrent une augmentation de +18% des agressions, inférieure toutefois à la moyenne nationale. En comparaison, les sapeurs-pompiers de Paris ont enregistré une augmentation du nombre d'agressions de 48%.

"Ces chiffres sont très relatifs, nous incitons les marins du bataillon à déposer plainte systématiquement après une agression. Plus de plaintes ne signifient pas plus d'agressions, c'est juste quelles sont davantage signalées", indique un marin-pompier.

Si la cité phocéenne est souvent le théâtre de scènes de violences, les auteurs des agressions contre les marins-pompiers sont le plus souvent, les personnes secourues elles-mêmes, ou leurs proches.

"On vient les aider ou parfois les sauver et elles nous agressent... Ce sont des personnes alcoolisées, sous l'emprise de produits ou encore des individus souffrant de maladies psychiques", raconte un marin-pompier.
Selon l'ONDRP, plus de la moitié des pompiers qui ont été agressés en 2018 étaient des professionnels (55% du total) alors qu'ils représentent 17% des effectifs.
    
C'est en Nouvelle-Aquitaine que le taux d'agression pour 10.000 interventions est le plus élevé (16) suivi par Bourgogne-Franche-Comté (9). La région Pays-de-la-Loire se caractérise par une forte augmentation entre 2017 et 2018 (+146%).

L'ensemble des services départementaux, y compris les marins-pompiers de Marseille et leurs homologues parisiens, ont déposé 399 plaintes pour dégradations de biens en 2018, contre 326 en 2017, soit une hausse de 22%.

Des caméras piétons pour filmer les interventions

Dans les Bouches-du-Rhône, 30 à 40 agressions par an sont enregistrées en moyenne, pour environ 145.000 interventions, des chiffres stables depuis cinq ans.

"Nous avons mis en place des plans de prévention et de sensibilisation auprès du public et des institutions", indique le commandant Sylvain Besson, porte-parole des sapeurs-pompiers des Bouches-du-Rhône.

"Nous avons formé plus de 300 pompiers, aux risques et à la gestion des agressions et nous avons terminé la protection des engins de secours, avec notamment la pose d'un film protecteur sur les vitres des véhicules", détaille-t-il.
Un camion de pompiers de Cavaillon (Vaucluse), attaqué en novembre 2019, lors d'une banale intervention sur un feu de poubelles. / © SP Cavaillon
Un camion de pompiers de Cavaillon (Vaucluse), attaqué en novembre 2019, lors d'une banale intervention sur un feu de poubelles. / © SP Cavaillon
Prochainement, les sapeurs-pompiers des Bouches-du-Rhône vont également expérimenter les caméras-piétonnes pour certaines interventions. "Pour nous, c'est surtout un outil de dissuasion et de preuve des circonstances de l'intervention", précise le commandant Besson.

Il y a quelques années, les agressions contre les pompiers se déroulaient dans certains quartiers. "Aujourd'hui, la violence a migré, elle est partout. On arrive parfois, avant la police, sur des situations très dégradées, bagarre, conflit familial ou sur des personnes qui ne sont pas dans leur état "normal"".

Face à ces agressions, l'union départemental des sapeurs-pompiers Alpes-Maritimes avait alors dénoncé ces situations de violence dans un clip.

Un numéro d'appel d'urgence unique, le 112

Dans un rapport rendu public mercredi, des sénateurs ont appelé le gouvernement à se mobiliser pour enrayer la hausse de ces agressions.

18 mesures ont été proposées par les sénateurs, parmi lesquelles une sensibilisation du public et le rapprochement entre les pompiers et le SAMU. Le rapport appelle le gouvernement à réunir les ministères de la Santé et de l’Intérieur pour clarifier la répartition des missions de secours entre pompiers et services de santé.

Le Bataillon de Marins-Pompiers de Marseille travaille en étroite collaboration avec le SAMU. Des procédures sont sur le point d'être mises en place entre ces services, pour assurer la sécurité des secouristes et des soignants.

Par ailleurs, les pompiers plaident pour la mise en place d'un numéro d'appel d'urgence unique, regroupant toutes les plateformes de secours (pompiers (18), SAMU (15), police/gendarmerie (17)).

"Il y a des départements comme la Haute-Savoie qui utilise un plateforme unique depuis longtemps", ajoute Sylvain Besson. Il s'agirait de mettre en place un Centre départemental d'appel unique (CDAU) qui permettrait le "débruitage" des appels, c'est à dire un tri des appels en fonction de l'urgence.

La mort de Naomi Musenga, à Strasbourg est une triste illustration du problème de la coordination des secours. La jeune femme est décédée en décembre dernier quelques heures après avoir parlé successivement à la police, aux pompiers, puis au Samu, avant d’être redirigée par l’opératrice vers SOS Médecins.
 

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