Stations Services : une recyclerie pour bricoler écolo

Les déchets de l'industrie représentent 15% des ordures françaises. / © FTV
Les déchets de l'industrie représentent 15% des ordures françaises. / © FTV

Pour vos loisirs créatifs, pourquoi ne pas faire du neuf avec du vieux ? Près de Nantes, Philippe Comtesse a créé Stations Services, une boutique qui permet de réemployer les matières premières. On a la solution ! vous présente cette initiative pour créer sans gaspiller.

Par Lisa Macineiras

Bois, peinture, tissu et même mannequins, dans cette boutique de la banlieue nantaise, on trouve de tout pour créer. Mais ces articles ont une particularité : toutes ces matières premières ont été récupérées parmi des déchets.


Dans les rayons, Philippe Comtesse déroule des kilomètres de cordes. Alors qu’il exposait à New York en 2012, cet ancien plasticien a découvert une initiative originale. La fondation Material for the Arts mettait gratuitement à disposition des artistes toutes les fournitures dont ils avaient besoin pour leurs créations. “Ce sont des pionniers, ils font ça depuis plus de quarante ans et cette idée a essaimé un peu partout dans le monde” explique-t-il. 

De retour à Nantes, Philippe a créé Stations Service, une boutique qui vend des matières premières réemployées pour permettre à tous d’utiliser ses mains. On a la solution ! l’émission qui fait le tour de France des initiatives écologiques et citoyennes vous présente cette recyclerie originale.   
 


“Quand je suis rentré en France, j’ai contacté la fondation américaine et j'ai appris qu'ils bénéficiaient de beaucoup de subventions. Comme ce n’est pas notre cas, nous avons dû trouver un nouveau modèle.” Antoine a donc crée cette recyclerie où l’on trouve des matières premières à tous petits prix. Une bobine de fil utilisée par les marques de luxe est en effet vendue 5 euros, contre 25 euros dans le commerce. 


Au départ destinée aux artistes, cette boutique est désormais ouverte au grand public. Ils viennent chercher de quoi faire du neuf avec du vieux : c’est le principe du surcyclage. “ Avec le réemploi, on ne change pas la destination finale de l’objet.” explique Antoine. “Mais le surcyclage nécessite une transformation.”

Dans sa pratique artistique, Antoine prêtait déjà une attention toute particulière à la lutte contre le gaspillage. “C’est aussi un message important quand on est concepteur. Il faut penser à la fin de vie de ses matériaux : je concevais mes installations pour qu'elles soient réutilisables au maximum. Il faut percer et non pas clouer, préférer les liens en corde, ne surtout pas utiliser de colle afin que tout soit démontable...“ Des préceptes écolos qu’il transmet désormais cinq a six fois par an, avec des formations en école d’art et pour les organisateurs d’événements.

Une solution pour les déchets industriels

Station Services récupère les matières premières auprès des petites et grandes entreprises pour les aider à valoriser leurs déchets, invendus et chutes de production. “ C’était un peu difficile de convaincre au début” raconte Antoine. “Les gens nous prenaient un peu pour des extraterrestres. Ils pensaient que ces filières  des gestion des déchets industriels était déjà vertueuse.” Pourtant, les déchets des activités économiques, hors BTP, représentent soixante-dix millions de tonnes chaque année. Et bien qu’une large part soit recyclée, le réemploi des matières premières reste moins énergivore.
© FTV/Lisa Macineiras
© FTV/Lisa Macineiras
 
Une initiative intéressante, aussi pour les entreprises, qui doivent prendre en charge elles-même leurs déchets. “Financièrement, ce sont les entreprises qui payent la collecte de leurs déchets quoi qu’il en soit. Mais on est tout de même beaucoup moins cher qu’une entreprise de recyclage traditionnelle et ça leur permet de participer à l’économie locale avec un impact environnemental moindre”. En 2019, la recyclerie espère atteindre les 500 tonnes de matières collectées.

On ne fait pas de la récup, on crée une filière de réemploi des déchets industriels.

Parmi les 150 entreprises et collectivités territoriales avec qui elle collabore, on trouve par exemple avec la marque d’agendas Quo Vadis qui utilise des textures plastiques difficilement recyclable pour ses couvertures. Mais qui ravissent les amoureux de loisirs créatifs.

L’explosion du "Do It Yourself"

Si cette boutique est, avec la Réserve des arts à Paris,  l’une des pionnières de la vente de matières premières réemployées en France, les recycleries traditionnelles commencent elles aussi à se tourner vers cette pratique. “ Ça permet d’obtenir un meilleur taux de réemploi. L’armoire normande en chêne massif dont personne ne veut depuis bien longtemps, on se rend compte que ça peut faire de superbes planches.” 

Car qu’il s’agisse de jardinage, de mécanique ou encore de couture, les sociologues constatent un vrai retour de besoin de faire quelque chose de ses mains. Huit Français sur dix déclarent pratiquer le “ faire soi-même”  ( ou Do It Yourself) au moins une fois dans l’année. Sur Instagram, le hashtag #DIY comptabilise près de cinquante millions de publications.
 Un pratique qui explose, portée par internet. Désormais, on peut apprendre à tout faire. Des tutos de mécanique pour réparer sa voiture, pour faire ses propres cosmétiques et même apprendre la plomberie… Et avec le BTP, il faut dire que Station Services a matière à faire : 81% des déchets produits en France viennent de ce secteur. “Aujourd'hui, on commence à réfléchir à des solutions pour mieux démonter les bâtiments et la dépose sélective fait partie des préconisations au niveau nationa, pour aider à mieux revaloriser” reprend Antoine. "Nous nous y mettons un peu. Pour l'instant c'est expérimental, avec des chantiers à taille humaine." Un moyen de sensibiliser au réemploi, aussi dans les constructions. 


 

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Nous remercions la Compagnie du Café Théâtre qui a accueilli notre tournage à Nantes. 

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