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Antisémitisme, sectarisme... : un prof de philo démissionne du lycée musulman Averroès, qui porte plainte pour diffamation

Un professeur de philosophie du lycée Averroès a décidé d'expliquer pourquoi il a décidé de démissionner. L'établissement a annoncé qu'il portait plainte pour diffamation.

  • France 3 Nord Pas-de-Calais web
  • Publié le , mis à jour le
L'entrée du lycée musulman Averroès. © MAXPPP

© MAXPPP L'entrée du lycée musulman Averroès.

Soufiane Zitouni, n'est plus professeur de philosophie au lycée Averroès de Lille. Il a démissionné, cinq mois seulement après avoir commencé à enseigner dans cet établissement musulman, reconnu par l'Etat. Ce vendredi matin, il explique pourquoi dans une longue tribune écrite pour le quotidien Libération

Selon lui, tout est parti d'une autre tribune publiée dans ce même journal suite aux attentats à Charlie Hebdo : "Aujourd'hui, le prophète est aussi Charlie". Une tribune qui aurait été mal reçue dans le lycée. Soufiane Zitouni affirme qu'un proche de la direction lui aurait dit : «Il est très bien ton texte, je suis d'accord avec toi sur le problème des musulmans qui manquent d'humour et de recul par rapport à leur religion, mais tu dois savoir que tu vas te faire beaucoup d'ennemis ici, et je te conseille de regarder derrière toi quand tu marcheras dans la rue…».

«Vous n'auriez jamais dû écrire dans la presse que le Prophète est aussi Charlie !»

Son texte a été retiré du panneau d'affichage de la salle des profs, un autre professeur a écrit une tribune en réponse à la sienne dans l'Obs dans laquelle il affirme que "Charlie Hedbo cultive l'abject", et des élèves ont soutenu que les journalistes de Charlie Hebdo "l'avaient bien cherché." : «Vous n'auriez jamais dû écrire dans la presse que le Prophète est aussi Charlie !», «C'est un blasphème !», «Vous léchez les pieds des ennemis de l'islam !»

Soufiane Zitouni a démissionné parce que ces réactions sont, selon lui, dans la lignée de ce qu'il a vécu pendant cinq mois. Il affirme qu'il a été souvent confronté à l'antisémitisme de nombreux élèves, au sectarisme de professeurs ou membres de la direction du lycée. "Une élève de terminale Lettres osa me soutenir un jour que «la race juive est une race maudite par Allah ! Beaucoup de savants de l'islam le disent !» Après un moment de totale sidération face à tant de bêtise, j'ai rétorqué à l'adresse de cette élève et de toute sa classe que le Prophète de l'islam lui-même n'était ni raciste, ni antisémite, et que de nombreux textes de la tradition islamique le prouvaient clairement. (...) Enfin, combien d'élèves du lycée n'ai-je pas entendu encenser, défendre, soutenir Dieudonné ! Avec toujours cette même rengaine, comme répétée par des perroquets bien dressés : pourquoi permet-on à Charlie Hebdo d'insulter notre Prophète alors qu'on interdit à Dieudonné de faire de l'humour sur les Juifs ?"

"Diffuser de manière sournoise et pernicieuse une conception de l'islam qui n'est autre que l'islamisme"

Selon lui, derrière la façade médiatique, le lycée musulman Averroès, proche de l'UOIF (Union des Organisations Islamiques de France) et des thèses de Tariq Ramadan. joue un double jeu et promeut un islamisme politique : "Je sais pertinemment que les adultes y travaillant et les élèves ne sont pas tous antisémites et sectaires. Mais, j'ai fini par comprendre au bout de cinq mois éprouvants dans cet établissement musulman sous contrat avec l'Etat français (mon véritable employeur en tant que professeur certifié), que les responsables de ce lycée jouent un double jeu avec notre République laïque : d'un côté montrer patte blanche dans les médias pour bénéficier d'une bonne image dans l'opinion publique et ainsi continuer à profiter des gros avantages de son contrat avec l'Etat, et d'un autre côté, diffuser de manière sournoise et pernicieuse une conception de l'islam qui n'est autre que l'islamisme, c'est-à-dire, un mélange malsain et dangereux de religion et de politique."

Le lycée porte plainte

Le lycée Averroès avait, suite aux attentats à Charlie Hebdo, organisé, comme tous les établissements scolaires, une minute de silence en hommage aux victimes.
Ce vendredi vers 12h, le lycée a fait parvenir un communiqué à la presse : "La direction de l'établissement et la communauté éducative de l'établissement s'inscrivent, avec force, en faux contre les allégations mensongères et calomnieuses rapportées dans cet article. Le lycée Averroès porte plainte pour diffamation contre cet enseignant qui méconnait profondément l'esprit de notre institution. L'établissement a été fondé sur des principes d'ouverture et de tolérance et prône invariablement une compréhension authentique de l'islam en parfaite symbiose avec les valeurs de la République." Selon La Voix du Nord, les cours ont été annulés à partir de 11h ce vendredi. 

Mission d'inspection

Vers 16h30, le rectorat de Lille a, à son tour réagi à cette tribune en annonçant qu'une mission d'inspection allait être diligentée : "Suite à un signalement d’un enseignant du lycée Averoes, le rectorat de Lille, en accord avec le directeur de l’établissement, a demandé une mission d’inspection afin de vérifier le respect des termes du contrat d’association signé avec l’Etat. Elle est composée d’un inspecteur d’académie pédagogique régional (IA-IPR) de philosophie ainsi que d’un inspecteur d’académie pédagogique régional en charge de la vie scolaire."

Soufiane Zitouni

Professeur de philosophie, d'origine algérienne, Soufiane Zitouni dit se réclamer du soufisme, un courant de l'Islam, un courant spirituel qui prône un islam "spirituel", attachant peu d'importance aux préceptes ou interdictions. Il a enseigné dans des établissements catholiques et dit vouloir favoriser le dialogue interreligieux. 

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