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Calais : ces migrants qui acceptent d'abandonner leur rêve d'Angleterre

Il y a une semaine, Rachid vivait dans la "Jungle" en cours de démantèlement. Froid et fatigue auront eu raison de ses rêves d'Angleterre : comme 3.000 autres migrants, le Soudanais de 26 ans a finalement accepté de quitter Calais pour réfléchir à l'asile en France.

  • AFP
  • Publié le 09/03/2016 | 15:57, mis à jour le 09/03/2016 | 15:57
Un migrant dans la "jungle " de Calais le 2 mars. © DENIS CHARLET / AFP

© DENIS CHARLET / AFP Un migrant dans la "jungle " de Calais le 2 mars.

A La-Guerche-de-Bretagne (Ile-et-Vilaine) où il est arrivé vendredi avec 12 autres exilés, le jeune homme a été accueilli par des "anciens" de Calais, compatriotes installés pour certains depuis octobre au Centre d'accueil et d'orientation (CAO). Les traits tirés, Rachid assure ne pas regretter la "Jungle" dont il se souvient surtout "du froid" et "des problèmes", et répète un peu mécaniquement combien il est "content d'être ici". L'asile ? Il va lancer les démarches. Ensuite ? Son regard se perd sur les murs blancs de l'appartement un peu vieillot, un peu spartiate, mais surchauffé, où il est logé en périphérie de La Guerche. "Des études de chimie ?", lâche-t-il.


"On leur conseille de demander l'asile mais on n'impose rien."

Le centre de La Guerche a été l'un des premiers à ouvrir en octobre, lorsqu'il a fallu innover face à la crise migratoire de Calais. Cent douze fonctionnent aujourd'hui. Implantés loin des côtes britanniques, parfois comme à La Guerche dans un immeuble privé, parfois dans des centres de vacances, ils visent à prendre temporairement en charge les migrants ayant renoncé à passer en Grande-Bretagne, avant qu'ils entrent dans le processus de la demande d'asile.

"C'est une zone de répit, où ils sont hébergés pour pouvoir réaliser dans les meilleures conditions possibles les procédures de demandes d'asile", explique le sous-préfet de Vitré, Fabien Martorana. Les migrants de La Guerche sont ainsi logés, nourris, et reçoivent un pécule de 50 euros par semaine. Des cours de français et une aide aux démarches administratives leur sont dispensés - pour un coût chiffré à 25 euros par personne et par nuit.
"On leur conseille de demander l'asile mais on n'impose rien. Malgré ce qu'ils ont vécu, ces gens n'ont pas perdu leur humanité à Calais, gardent leur libre arbitre, et font ce qu'ils veulent", indique Damien Bazy, un travailleur social. Ceux qui ne sont pas prêts à demander l'asile ne sont pas mis dehors.

Réticences

Ces migrants ont-ils d'ailleurs abandonné tout rêve de Royaume-Uni ? "Ça les travaille un peu", ajoute M. Bazy. "Mais ils se rendent compte que la frontière est étanche". La moitié environ des 90 exilés (Soudanais, Afghans, Irakiens) ayant transité par La Guerche se sont lancés dans une demande d'asile. Au niveau national, 80% des migrants qui restent dans les CAO choisissent l'asile, selon les autorités. En attendant la réponse, il faut tuer le temps, et cohabiter avec des habitants parfois surpris - beaucoup de centres ayant été ouverts dans des petites villes, là où le logement était disponible.
"La particularité de la Bretagne, c'est qu'il y a une vie associative très active", souligne Odile Grellet, directrice de l'association Coallia qui gère le site. La
mairie a aussi ouvert son terrain de foot deux soirs par semaine, un couscous géant sera organisé en avril...

Une telle perspective suffira-t-elle à convaincre les migrants de quitter Calais ? A l'heure du démantèlement de la moitié sud du bidonville, la question est cruciale pour les pouvoirs publics, sous peine de connaître un engorgement de la partie nord du camp, ou une multiplication de mini- Jungles" sur la côte. Les maraudes sur place se sont donc intensifiées, avec des promesses pour vaincre les réticences des migrants: examen de la demande d'asile en trois mois, pas de renvoi vers un autre pays européen au cas où ils y ont laissé leurs empreintes, possibilité de présenter un dossier à la Grande-Bretagne s'ils y ont de la famille proche...

La semaine dernière, 137 personnes ont accepté de partir vers un CAO. Mais cette mise à l'abri volontariste ne va pas sans susciter des critiques: dans
un récent rapport, la Fnars s'inquiétait de voir des migrants repartir dès leur arrivée dans les CAO, faute d'information suffisante au départ. A La Guerche, on assure qu'il s'agit d'un problème marginal. Ce taux de fuite serait de 25% au niveau national, selon le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve.
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