Leur nombre a explosé dans les parcs d'Ile-de-France. Les perruches à collier, importées pour le plaisir de quelques propriétaires, ont quitté leur volière pour retrouver la liberté. Loin de leurs terres natales, elles ont su trouver de nouveaux repères. Mais au-delà de la sympathie qu'elles inspirent aux promeneurs, leur présence pourrait bien avoir des conséquences insoupçonnées sur la biodiversité francilienne...

La perruche à collier prend son envol d'un des arbres du jardin des Plantes / © Anaïs Recouly
La perruche à collier prend son envol d'un des arbres du jardin des Plantes / © Anaïs Recouly

 

Là-haut, sur la cime des arbres des parcs franciliens, vivent désormais de curieux oiseaux. Venus des forêts tropicales d’Afrique ou des terres fertiles d’Inde, ils se donnent en spectacle, exhibant leur chatoyant plumage vert vif. Soudain, un bruissement d’ailes attire l’oreille des promeneurs. « Kiiiyaaak ! » s’égosillent-ils, dissimulés derrière les feuillages. Les mâles arborent un liseré noir, qui enserre leur robe feutrée. D’où leur nom, perruches à collier.

En France, elles seraient entre 8 000 à 10 000. Plus de la moitié est aujourd’hui installée en Ile-de-France. D’une cinquantaine de volatiles dans les années 1970, leur nombre a été multiplié par 100 en 30 ans. Et si la croissance s’envole littéralement, la situation pourrait devenir incontrôlable.

Classées dans la catégorie des espèces invasives, les perruches risquent-elles de bouleverser l’écosystème francilien ? Espèces menacées d’extinction, cultures agricoles en danger, nuisances… Les conséquences pourraient être nombreuses. Et pourtant, aucune action concrète n’est pour l’instant menée par les autorités publiques pour les réguler.
Au jardin des Plantes, les perruches à collier ont trouvé refuge / © Anaïs Recouly
Au jardin des Plantes, les perruches à collier ont trouvé refuge / © Anaïs Recouly

 

Une drôle d'arrivée

Au cœur des années 1970, l’exotisme est en vogue. Il devient de bon ton pour plusieurs citadins de posséder des perruches en cage. Déracinées, les bestioles embarquent malgré elles à bord d’avions survolant des continents leur étant jusque-là inconnus. Elles débarquent à Orly. Une cinquantaine d’entre elles se serait évadée de leurs conteneurs, ultime fuite vers la liberté. D’autres auraient suivi vingt ans plus tard, parvenant à se défaire des barreaux de leur volière entreposée à Roissy-Charles de Gaulle.

De son côté, Claude Batout, douanier à la retraite de ce même aéroport, explique leur présence autrement : « Dans les années 1990, un vieil homme, résidant à Gonesse (Val-d’Oise), se serait épris de ces animaux exotiques. Il en éleva une dizaine en semi-liberté. A sa mort, les perruches se seraient définitivement envolées. » A cette première colonie, dont l’origine demeure donc mystérieuse, s’ajoutent d’autres spécimens, venus grossir les rangs après des années de captivité. Les propriétaires, lassés de se préoccuper de leurs perruches, dont l’espérance de vie avoisine les 40 ans, les laissent volontairement s’échapper.




vidéo youtube perruche
Dans le parc de Sceaux 10 novembre 2015 - Anne Marie Bernard


Des oiseaux qui prennent beaucoup de place

Les perruches parviennent s’implanter en Ile-de-France. Elles s’installent furtivement dans les cavités qu’elles trouvent. Ces petites cachettes, sont agrandies par leurs soins. Elles deviennent inhospitalières pour les volatiles locaux, qui ne s’y sentent plus à l’abri des prédateurs.

Dès décembre, les perruches se dépêchent de faire des petits. Mais avant de pouvoir pouponner, elles partent en chasse d’un nid douillet. Et quoi de mieux qu’un habitat tout prêt ? Sans gêne aucune, les perruches voleuses, squattent les nids d'autres oiseaux plus tardifs à engendrer leur descendance. À l’heure de la lune de miel, sitelles, pics et autres étourneaux s’en retrouvent délogés. Dans le jargon, on dit que les perruches sont « invasives ».

Elles deviennent un danger pour d’autres espèces comme les mésanges, les rongeurs ou encore les chauves-souris, protégées et menacées d’extinction. André Gattolin, sénateur écologiste des Hauts-de-Seine se sent concerné. En novembre dernier, il a soumis une question écrite au ministère de l’Écologie sur le sujet. Dans son département se trouve le plus grand nombre de couples reproducteurs. Le parc de Sceaux abrite à lui seul plus de 90 nids. « Ce sont des espèces d’oiseaux qui prolifèrent très vite, comme les pigeons. Elles mangent les bourgeons, les marrons et chassent d’autres espèces comme l’écureuil roux, une espèce de plus en plus rare. »


Dans le parc de Sceaux, il y a une pancarte : "Ne pas nourrir les perruches", mais les gardiens n'osent pas trop intervenir. 


 

Philippe Clergeau, Ornithologue au Muséum d’Histoire Naturelle

Très friande de graines, de bourgeons et de baies, la perruche vole la nourriture de ses voisins, dans les mangeoires d’oiseaux plus petits. Au Jardin des plantes, des réservoirs destinés aux mésanges sont picorés inlassablement par les perruches.

L’essentiel de leur nourriture provient pourtant des hommes. La présence de ces grands oiseaux exotiques surprend les promeneurs qui s’arrêtent pour les régaler de quelques miettes de pain. Et ce, malgré l’interdiction de nourrir les animaux dans les parcs. Comme le rappelle Laure Albaric, chargée d’études à l’Observatoire Départmental de la Biodiversité Urbaine de Seine-Saint-Denis (ODBU 93) : « Dans tous nos parcs, nous avons une règlement intérieur qui est placardé à l’entrée dans lequel il est écrit qu’il est interdit de nourrir la faune sauvage. On a des écogardes pour le faire respecter ».

Pour l’ornithologue Philippe Clergeau, les choses sont moins strictes qu’il n’y paraît. « Dans le parc de Sceaux, il y a une pancarte : « Ne pas nourrir les perruches », mais les gardiens n’osent pas trop intervenir ». Et les perruches l’ont bien compris. Elles jouent de cet atout pour survivre, été comme hiver, dans les jardins et parcs franciliens.

Ecoutez le cri des perruches

Fichier audio

 

Ce ne sont pas les écureuils et les chats qui vont les attaquer !

André Gattolin, sénateur EELV des Hauts-de-Seine

En grand nombre, les perruches menacent les cultures. En Israël,elles sont réputées pour faire des dégâts dans les champs de tournesols. Dans certaines zones, près de 70% de la récolte est perdue

En France, les perruches préfèrent pour le moment ne s’attaquer qu’aux fruitiers des jardins privés (cerisiers, pruniers, pommiers). L’impact le plus visible de leur présence reste l’ébourgeonnage des arbres. Ils s’en retrouvent quasiment étêtés. 

Pour les spécialistes de la biodiversité, il faut agir avant qu’elles ne soient trop nombreuses. Car ces oiseaux ont une extrême facilité à proliférer, comme si la France avait toujours été son habitat naturel. Pour le sénateur André Gattolin, rien ne peut arrêter le développement de la perruche à l’état naturel : « La perruche n’a pas de prédateur en Europe, contrairement à l’Asie où elle peut être attaqué par d’autres oiseaux. Ce ne sont pas les écureuils et les chats qui vont les attaquer chez nous ! Elles se défendent bien ! »

Si l’on s’en tient aux prospections de l’ornithologue Philippe Clergeau, il y a de quoi être inquiet : « A Londres, on les a beaucoup nourries. Aujourd’hui il y en a 30 000. C’est gigantesque : on ne peut pratiquement plus intervenir sur l’espèce. Elles se sont reportées vers d’autres productions qui sont en dehors de la ville et les premiers dégâts ont été constatés sur des vignobles, et sur certains camps de céréales ». Un scénario qui pourrait se répéter en France.

 

 

Véritable casse-tête

Depuis 2008, l’Observatoire de la faune britannique (Nature England) autorise les Londoniens à tirer sur les perruches, sans posséder de permis.

Une solution radicale pour le moment écartée en France. La loi reste encore floue. Selon le ministère de l’Écologie, « l’article L.411-3 du code de l’environnement », retranscrit à travers plusieurs articles, « prévoit la possibilité de procéder ou faire procéder à la capture, au prélèvement ou la destruction » des perruches. Tacitement, les autorités comprennent que la « destruction » dont il est question ne devra arriver qu’en dernier recours. « Avec le plan vigipirate en ce moment, ce n’est vraiment pas possible ! », rappelle Laure Albaric de l’ODBU 93.
D'autant que les perruches disposent d'un capital symathie très fort auprès du public :  « La majorité des gens interrogés trouvent cet oiseau “beau” et ne comprendraient pas qu’il y ait une intervention. Ils nous disent : “on aime autant ça que les pigeons ! », explique Philippe Clergeau.
Dans les feuillages, la perruche se distingue difficilement / © Anaïs Recouly
Dans les feuillages, la perruche se distingue difficilement / © Anaïs Recouly

 

Un problème insoluble

Certains experts évoquent la possibilité de stériliser les perruches. Mais le procédé est très complexe à mettre en place : opter pour la voie chirurgicale nécessiterait d’attraper les volatils. Un coût et une dépense humaine trop importante. Laure Albaric suggère, elle, le « secouage d’œuf » qui permettrait d’éliminer les embryons de perruches. Mais atteindre les nids en hauteur, n'est pas une mince affaire...

Pour le sénateur André Gattolin, le remède est ailleurs.  Il réclame « quasi-interdiction » de la vente de ces oiseaux.  « Si elles deviennent plus compliquées à acheter, les gens s’y intéresseront moins. » Il ne croit pas en « l’effet de prohibition » où les achats augmenteraient précisément parce que c’est interdit.

« Je vois mal des dealers en vendre au noir dans la rue ! », ajoute le sénateur, non sans ironie.

Quelque soit le dénouement, les colonies installées en Ile-de-France sont bien ancrées. Au grand dam des riverains, qui se plaignent des piaillements de l’animal. Beau certes, mais bruyant.