Ain. Don de congés : des entreprises à la peine

Le petit Maxime a besoin de toute l'attention de ses parents mais le don de congés à son papa n'a pu être mis en place dans son entreprise. / © France 3
Le petit Maxime a besoin de toute l'attention de ses parents mais le don de congés à son papa n'a pu être mis en place dans son entreprise. / © France 3

La solidarité entre collègues de travail est inscrite dans la loi depuis presque 6 ans maintenant. C'est la loi dite Mathys. Elle permet à chacun d'offrir des congés à un parent dont l'enfant est gravement malade. Mais le don de jours de repos est un dispositif compliqué à mettre en place. 

Par Franck Grassaud


"On m'a d'abord incité à me mettre en arrêt maladie, et puis ensuite on m'a carrément proposé une rupture conventionnelle avec une promesse de retrouver mon emploi 'quand ça ira mieux'. J'ai été très choqué. Imaginez, 'quand ça ira mieux' ça voulait dire quand mon enfant ne sera plus là. Je le sais, on le sait tous, c'est son destin, sa maladie n'a pas d'issue favorable."

Le témoignage anonyme de ce parent est glaçant. La réalité du monde de l'entreprise a visiblement du mal avec les aménagements nécessaires quand son enfant est gravement malade. Pourtant, les employeurs ont un levier : le don de congés.
 

La loi Mathys

C'est l'histoire de Mathys qui a permis de faire avancer les choses. Atteint d'un cancer du foie, la garçon de 10 ans est mort en décembre 2009. En amont, son père a pu passer du temps avec lui. Christophe Germain avait bénéficié de 170 jours de RTT offerts par ses collègues de la société Badoit de Saint-Galmier (Loire). De cet élan d'entraide est né la loi dite Mathys, votée en 2014 grâce à l'investissement d'un député et des parents de l'enfant décédé. Elle encadre le don de RTT. La législation a ensuite évolué pour favoriser plus largement le don de jours de repos

La mise en place de ce don s'est imposée dans les grands groupes mais ça coince dans pas mal de PME. C'est avant tout la paperasse qui rend les entreprises rétives. 

Dans l'Ain, Christophe Bourjon-Guillerminet est père du petit Maxime atteint de la maladie de Zellwegger, un syndrome rare et incurable. Des collègues lui ont proposé de donner des congés pour qu'il passe du temps avec son fils de 19 mois. Mais leur entreprise peine à mettre le dispositif en place. Christophe est chauffeur de bus pour "Les Transports de l'Ain". Cette régie, qui assume principalement le transport scolaire, est passée sous le pavillon de la Région Auvergne Rhône-Alpes récemment. On pourrait penser que ce statut d'entreprise de service public de proximité facilite les choses, mais le problème est administratif.

"Il faut bien comprendre que dans le transport de personnes les chauffeurs ont des contrats tous très différents qui vont de 50 heures par mois au temps plein. C'est la première difficulté", explique Aurélie Renevier, secrétaire générale de la régie. "Il faut aussi savoir que si notre directeur donne un jour de repos, ce congé n'aura pas la même valeur que celui d'un conducteur, en raison de la différence de salaire. Il faut donc faire du cas par cas, monétiser l'ensemble des dons, les ramener à la rémunération du bénéficiaire et diviser, la manip' peut prendre beaucoup de temps si on a beaucoup de donateurs. On espère y arriver d'ici à juin 2020."

C'est le souhait de Christophe qui épuise rapidement ses congés en raison du suivi de son fils à Lyon, à plus d'une heure de son domicile. "C'est un stress permanent", explique-t-il, "à chaque fois que Maxime a une opération je dois compter, m'organiser avec le travail, j'ai pas l'esprit tranquille."

Reportage Franck Grassaud et Maryne Zammit
Complexité du don de congés en entreprise

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