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Bébés nés sans bras dans l'Ain : la piste de l'eau

Selon ce groupe de recherche, l'agent responsable pourrait être un pesticide, un rejet industriel, ou un autre produit toxique indéterminé présent dans le réseau d'alimentation en eau courante. / © Pascal Bonniere / Maxppp
Selon ce groupe de recherche, l'agent responsable pourrait être un pesticide, un rejet industriel, ou un autre produit toxique indéterminé présent dans le réseau d'alimentation en eau courante. / © Pascal Bonniere / Maxppp

Emmanuelle Amar, la femme qui a lancé l'alerte sur les bébés nés sans bras dans l'Ain, dévoile les pistes qui pourraient en expliquer les causes. Un groupe de travail, qui s'est constitué à ses côtés après ses révélations, établit un lien suspect avec l'eau courante.

Par Mathieu Boudet


Elle est celle qui a révélé le nombre suspect de malformations à la naissance à partir de 2010, dans l'Ain, mais aussi dans le Morbihan et en Loire Atlantique. Emmanuelle Amar, la directrice du Remera, le Registre des Malformations En Rhône-Alpes, dévoile, ce jeudi 18 avril, les pistes qui se dégagent dans l'enquête qu'elle mène avec un groupe de travail.

Et si c'était l'eau ?

Pour Emmanuelle Amar, l'environnement et l'eau en particulier, bue au robinet ou utilisée pour laver ou cuire des aliments, pourrait être la, ou l'une des causes de ces malformations. Selon les pistes qu'elle a livré ce jeudi matin à nos confrères de France Inter, toutes les localités concernées ont en effet un point commun : "un captage de l'eau en amont, dans des zones potentiellement polluées, et une situation géographique en bout de réseau"

La responsable de l'organisme, que nous avons également interrogé, précise : "un spécialiste en risques sanitaires liés à l'eau s'est aperçu que c'était le même réseau d'eau qui alimentait plusieurs familles impactées." Selon elle, l'agent responsable pourrait donc être un pesticide, ou un rejet industriel toxique qui contaminerait les nappes souterraines. Il pourrait aussi s'agir "du mésusage d'un produit dans le cadre du nettoyage ou de la réparation du réseau d'alimentation en eau". 
 

Une enquête "informelle"

Après avoir lancé l'alerte sur le nombre anormal de bébés sans bras dans l'Ain, Emmanuel Amar avait reçu de nombreux témoignages de France et de l'étranger, de spécialistes notamment, qui évoquaient des situations similaires et des hypothèses. Elle a donc décidé de poursuivre ses propres investigations : "nous avons reçu beaucoup de mails de scientifiques, on s'est dit qu'il fallait réunir ces gens, et c'est comme ça qu'un groupe, informel au départ, s'est constitué", relate Mme Amar.

"C'est la force des petites structures, ajoute-t-elle, qui sont plus agiles. Remera est un simple registre, mais il a permis de réunir des personnes qui se sont présentées spontanément." À partir des données réunies, le groupe de travail, composé d'un biologiste, d'une généticienne, d'un spécialiste de l'eau, des risques industriels, ou encore d'un agronome, a étudié les éventuels liens entre les victimes. Des entretiens avec les mères concernées ont été réalisés, sans permettre d'identifier des causes individuelles. Et c'est la piste de l'alimentation en eau qui semble donc s'imposer comme le lien.
 

Des enquêtes officielles laborieuses ?

Ces révélations nous parviennent alors que 2 comités officiels enquêtent eux-mêmes, sous l'égide, respectivement, du ministère de la Santé et de celui de l'Environnement, dont l'un se réunissait justement ce jeudi après-midi pour un point d'étape. Mais pour l'heure, leurs investigations n'ont donné aucune piste.

En effet, après une première enquête, l'agence sanitaire Santé Publique France avait conclu début octobre que le nombre de cas de l'Ain n'était pas statistiquement supérieur à la moyenne nationale. En Loire-Atlantique et en Bretagne, elle relevait bien un excès de cas mais qui restaient sans explications.

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, et le ministre de l'Environnement, François de Rugy, qui disaient ne pas pouvoir "se satisfaire de ces conclusions", avaient donc relancé l'enquête avec l'ANSES et Santé Publique France, "avec une méthodologie différente".
 


Les cas de bébés sans bras

Ces cas suspects de bébés nés sans avant-bras, sans bras ou sans mains, ont été observés dans l'Ain (8 naissances entre 2009 et 2014), en Loire Atlantique (3 naissances entre 2007 et 2008) et en Bretagne (4 naissances entre 2011 et 2013), à chaque fois dans un périmètre restreint. Ils ont suscité des inquiétudes dans les zones concernées. Dans l'Ain, ces enfants sont nés dans un rayon de 17 kilomètres autour du village de Druillat.
 
Localisation des cas de bébés sans bras dans l'AIn - avril 2019 / © France Télévisions
Localisation des cas de bébés sans bras dans l'AIn - avril 2019 / © France Télévisions



Selon le ministère de la Santé, il y a "entre 80 et 100 naissances par an avec des malformations de membres" en France. Les causes peuvent être génétiques, liées à des contraintes physiques ou dues à des substances toxiques (alimentation, environnement, voire médicaments dans le cas du thalidomide, anti-nauséeux qui avait fait naître des milliers d'enfants sans bras entre 1957 et 1962). 
  
 
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