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EXCLUSIF. Un tir de prélèvement pour tuer un loup autorisé dans l'Ain, une première dans le département

A Hostiaz (Ain), le tout premier tir de prélèvement d'un loup a été autorisé par les autorités pour protéger un éleveur de plusieurs attaques de loups. / © R. Gardette / France 3 Rhône-Alpes
A Hostiaz (Ain), le tout premier tir de prélèvement d'un loup a été autorisé par les autorités pour protéger un éleveur de plusieurs attaques de loups. / © R. Gardette / France 3 Rhône-Alpes

Selon nos informations, un élevage de brebis sur la commune de Hostiaz (Ain) a subi 5 attaques de loup depuis le samedi 8 juin, 25 agneaux ont été tués, et 3 brebis. Plusieurs loups pourraient agir sur le secteur. Pour la première fois dans le département, un tir de prélèvement va être effectué.

Par Renaud Gardette

Depuis le samedi 8 juin, D. et J. ne comptent presque plus les attaques du loup : il y en a eu 5, très régulières, en moins d'un mois. 25 agneaux ont été tués et 3 brebis. D'autres bêtes ont été attaquées. Les 2 chiens, des montagnes des pyrénées, n'ont rien pu faire. 
 

La signature du loup


L'un des deux éleveurs, D., nous a décrit beaucoup de stress pour les animaux, et pour lui-même, après nous avoir contacté directement par mail et pour médiatiser ces attaques, et les conséquences de celles-ci pour les éleveurs. Tout le mois de juin, les attaques du loup ont eu lieu dans la commune, à proximité immédiate des habitations et même de l'église du petit village. Les animaux sont pris à la gorge, avec une attaque et un mode opératoire qui ne laissent pas place au doute, c'est bien l'oeuvre du loup selon l'éleveur. Les gardes de l'ONFCS ont fait leurs prélèvements et constatations, "un très bon travail" pour l'éleveur qui possède plus de 330 brebis, et une installation moderne de découpe et de vente directe. 

 

Un tir de prélèvement, une première dans l'Ain


Selon nos informations, un arrêté préfectoral a été publié : pour la première fois dans ce département, un tir de prélèvement est autorisé. Il pourrait intervenir dès la semaine prochaine. Vendredi 21 juin, un lieutenant de louveterie était présent autour de l'exploitation pour des premiers repérages.

Ce genre de tir de défense est soumis à "une batterie de contraintes réglementaires. Il doit avoir lieu à proximité immédiate du troupeau. Des protections doivent avoir été mises en places dans l'élevage", à savoir des grillages fixes. C'est la DDT (Direction Départementale du Territoire) de l'Ain qui a fourni à l'éleveur, par la solidarité de l'Etat, d'autres grillages complémentaires, électrifiés. Enfin, pour que le tir ait lieu, le loup doit être "en position d'attaque" nous a détaillé Christian Beaudet, président des louvetiers de l'Ain. Enfin, il ne doit y avoir qu'un seul tireur, et un seul fusil. "Il ne s'agit donc pas du tout d'une chasse au loup" précise M. Beaudet.


 
Un loup aperçu dans le Bugey par un chasseur, à Saint-Germain-de-Joux, vendredi 21 juin. / © Cédric Malbranque / DR
Un loup aperçu dans le Bugey par un chasseur, à Saint-Germain-de-Joux, vendredi 21 juin. / © Cédric Malbranque / DR
 

De plus en plus de loups dans le Bugey ?


Pour Jean Royer, de la DDT de l'Ain, "le préfet a autorisé le tir d'un loup. Avant, on avait de simples indices de passage du loup, et des observations visuelles. Aujourd'hui c'est différent. Les éleveurs du Bugey sont habitués au lynx. Le loup est plus intelligent, il sait s'attaquer aux troupeaux même s'ils sont protégés." M. Royer confirme qu'au vu des récentes attaques, la présence du loup s'accroît dans l'Ain, et dans le Bugey particulièrement.

Le loup est protégé par la loi, il est donc interdit de le tuer, sauf sur dérogation de l'Etat et de la Préfecture, dans un cadre très strict. Le 5 juin dernier, un arrêté préfectoral a autorisé des tirs d'effarouchement : il s'agit de balles en caoutchouc, non létales, tirées pour faire peur au prédateur. 

Pour Jean Royer, les tirs de prélèvement, (réalisés pour tuer un loup), "sont possibles si des attaques récurrentes ont eu lieu, s'il y a un intérêt à agir, c'est-à-dire éviter des dommages importants à  l'élevage, et si on ne met pas en péril la population du loup au niveau national." Dans ce cadre précis, on ne peut pas tuer plus de 10% de la population générale du loup en France, qui est officiellement de 530 dans le pays, mais d'autres spécialistes avancent un chiffre bien supérieur.
 

EDITO : Une situation très tendue 


Pour une fois, voici quelques éléments de coulisses de tournage, révélateurs d'une ambiance particulière sur le sujet. Vendredi 21 juin, nous sommes allés à la rencontre de ces 2 éleveurs, que nous garderons anonymes, sur leur GAEC de Hostiaz. Ce sont eux qui nous ont sollicités au départ.

Le loup est un sujet ultra tendu aujourd'hui. A notre arrivée à Hostiaz, le dialogue a tout de suite été complexe avec D. Nous lui avons expliqué que nous allions parler des problèmes liés au loup pour cet éleveur, et du tir de prélèvement qui se prépare. Alors que nous partions en tournage, l'éleveur a rapidement haussé le ton. "Vous mélangez tout, il y a trop de confusion" nous a-t-il lancé. "Si vous parlez du tir de prélèvement, vous ne m'incluez pas dans votre reportage. Vous ne devez parler que de mes brebis." Nous lui avons rappelé que c'était lui qui nous avait contacté, il nous a répondu "ma communication, ce n'est pas le tir d'un loup, mais mes brebis et mes problèmes. Ne parlez pas du tir du loup." Il nous a finalement donné l'ordre de partir de chez lui en refusant tout reportage, dans une ambiance plutôt tendue.

Notre liberté de journalistes est notre moteur. Personne ne peut, et ne doit, influencer le contenu d'un reportage. C'est l'une des bases de notre déontologie. Face caméra, absolument personne n'a voulu s'exprimer sur ce sujet : ni l'éleveur en question, qui voulait que nous communiquions que dans un seul sens, ni le lieutenant de louveterie pourtant présent sur place (et qui avait directement reçu le feu vert du préfet de l'Ain pour parler). 

Notre métier est de donner la parole à chaque partie, de façon contradictoire si besoin. Un reportage journalistique, ce n'est pas un élément de communication. C'est un élément de transparence, de vérifications, et d'équilibre. Chacun a droit à la parole, de façon équitable. Si une personne commence à nous menacer et à faire pression en exigeant que l'on parle d'un sujet et pas d'un autre dans le reportage, il est de notre devoir de tout annuler parce que dans cette situation, c'est la liberté de la presse qui est atteinte. L'épisode de ce jour montre surtout la tension extrême autour du sujet du loup : même quand toutes les règlementations sont respectées, beaucoup d'acteurs ont peur de voir leurs propos interprétés, ou mal compris. En attendant, ce que l'on va entendre de plus en plus dans les années à venir, ce sont peut-être les cris du loup dans la nature ?


 

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